Comment investir en bourse (Interview live)

Comment investir en bourse - Interview live

J’ai été interviewé par Frank Kengne, qui anime une chaîne pour investir et entreprendre en Afrique. Le sujet de l’interview était : « Comment investir en bourse ? ».

Cet article est la transcription de l’interview donnée en live, que vous pourrez également retrouver en vidéo en fin d’article.

Comment investir en bourse : l’Interview live

On a ce soir un live avec notre expert en bourse, Antonin. Merci aux personnes qui nous ont rejoint. Antonin va partager sont expérience avec vous. Voici notre planning :

  • Qu’est-ce que la bourse ? Comment fonctionne-t-elle ?
  • Pourquoi investir en bourse ? Comment fait-on pour investir ?
  • Différentes stratégies pour investir en bourse
  • Quelle plateforme choisir ?
  • L’investissement en bourse quand on vit en Afrique
  • La bourse à l’heure du Covid-19

Antonin, je te laisse la parole, pour te présenter.

Bonsoir à tous. Je suis investisseur et blogueur sur le site https://apprendre-a-investir.net/. J’investis depuis 2015 sur les marchés financiers, et j’accompagne les personnes qui souhaitent mettre en place leur portefeuille d’investissement.

Et donc tu as un blog ?

Oui, j’écris des articles, et il y a aussi quelques vidéos, pour débuter et faire ses premiers pas en bourse.

C’est un domaine qui intéresse ma communauté, donc on va pouvoir en parler. Je te laisse commencer avec le premier sujet : Qu’est-ce que la bourse ?

La bourse est un grand marché dans lequel on peut acheter et vendre différents types de produits financiers. Ces produits ont une cotation (un prix), qui va fluctuer selon l’offre et la demande.

On peut prendre comme image un marché aux oranges dans lequel on pourrait acheter ou vendre des oranges. Comment fluctuerait le prix des oranges ? S’il y a un seul vendeur et beaucoup d’acheteurs, la demande serait difficile à satisfaire, ce qui ferait monter le prix des oranges.

Inversement, s’il y a beaucoup de vendeurs, et peu d’acheteurs, cela ferait baisser leur prix. C’est la mécanique de l’offre et de la demande.

La bourse est un marché accessible aux particuliers, et dans lequel on trouve beaucoup de produits, qu’on aura l’occasion de détailler, et qui est régi par l’offre et la demande.

Les produits financiers sont disponibles sur différentes places boursières : le NYSE (New York Stock Excnahge), le LSE (London Stock Exchange), la DB (Deutsche Börse), Euronext (Paris, Lisbonne, Bruxelles, Amsterdam), JSE (Johannesburg Stock Exchange)…

Pourquoi investir en bourse ?

La bourse monte à long terme. Si on prend le marché des actions, on peut observer qu’il monte de 9 à 10% par an, depuis plusieurs décennies. Ce type de rendement correspond pleinement à l’objectif de faire travailler et fructifier son argent, de développer son patrimoine, ou encore dans l’objectif de mettre en place sa sécurité financière.

On rattache souvent la bourse à la notion de risque. Si on regarde à long terme, la bourse monte, c’est la Big picture. Par contre, si on zoom et qu’on se positionne sur des échelles de temps qui sont beaucoup plus courtes, on peut voir que c’est beaucoup moins régulier.

Parfois, les cours vont monter très fortement. Mais parfois, ils vont baisser encore plus fortement, lorsqu’il y a des crises. Les crises font partie du jeu, il faut l’admettre quand on investit en bourse. La bourse est rattachée à l’économie réelle, ce n’est pas un casino virtuel qui tourne dans le vide. Les crises font partie de l’économie, qui est cyclique par définition.

À partir du moment où on va investir dans des actions, on sait que tous les 10-15 ans, une crise va se présenter. Le marché peut alors perdre jusqu’à 40 à 50% de sa valeur. Sur les 50 dernières années, on va trouver plusieurs crises :

  • Le choc pétrolier (1973-1974)
  • L’explosion de la bulle Internet (2000-2002)
  • La crise financière (2007-2008)
  • La crise actuelle liée au coronavirus (2020)

Récemment, on a même vu le pétrole américain, qui était gratuit au plus profond de la crise…

Cela ne semble pas du tout logique que le pétrole puisse être négatif. C’est quelque chose de très particulier qui est arrivé à un instant T à un endroit précis.

On parle du pétrole américain (le WTI), mais sur le marché du pétrole, les acheteurs ne sont pas forcément des États ou des organisations qui ont besoin de pétrole. Il y a aussi des spéculateurs, qui ne vont pas acheter du pétrole directement, mais des contrats future.

(C’est un type de produit particulier, un peu technique, mais il n’est pas nécessaire de comprendre ce type de produit pour investir en bourse. On peut rester sur des choses très simples.)

L’économie a énormément ralentie, et on s’est retrouvé avec une grosse baisse de la demande en pétrole, qui est un marché très spéculatif. Les spéculateurs achètent le pétrole pour le revendre plus cher, pas pour l’avoir physiquement. Ils sont dans des bureaux, et donc ils ne veulent pas se retrouver avec du pétrole.

Ils achètent donc des contrats future : ils payent aujourd’hui, pour une livraison de pétrole dans un mois. Ils font rouler leur position, ils achètent pour revendre rapidement, comme ça ils ne se font jamais livrer le pétrole.

Sauf que là, l’économie a ralentie, la demande a chuté, mais l’offre était toujours là. Les producteurs de pétrole ont dû le stocker jusqu’à un point ou ils ne pouvaient pas conserver plus de stocks. On en arrive à un stade où il faut payer pour se débarrasser du pétrole qu’on ne peut plus stocker.

C’est une anomalie assez particulière, mais qui a été assez courte dans le temps, et localisée sur un marché particulier. Quand on parle du pétrole, il n’y a pas UN prix du pétrole, il y a aussi le schiste, le Brent, qui n’ont pas forcément le même prix car ils ne sont pas de la même qualité.

On a fait un aparté sur le pétrole, qui est un cas spécifique, mais tu nous parlais de « pourquoi investir en bourse ».

Voilà, on a vu que la bourse montait à long terme de 9-10%/an, et c’est ce qui fait tout son intérêt.

On parlait des crises juste avant le pétrole. On a donc connu plusieurs crises sur les 50 dernières années, et même au-delà (1929 est considéré comme une des plus grandes crises de l’histoire). Mais malgré toutes les crises, la bourse monte à long terme.

Les crises n’enlèvent rien au fait que la bourse soit un outil d’enrichissement. Si on prend les 50 dernières années, et qu’on avait investi 10 000 $ en bourse au début des années 70, ces 10 000 dollars se seraient transformés en 1 million de dollars aujourd’hui (en prenant la performance du marché américain).

Cela montre que sur des longues périodes, la progression est très significative.

D’accord, donc 10 000 investis en 1970 sont aujourd’hui 1 million de dollars. C’est très intéressant. Comment investir en bourse ?

Effectivement, on n’a pas besoin de faire plus de commentaires !

Quand on investit en bourse, on achète des actifs, et on va pour cela passer pas des intermédiaires, qui sont les courtiers en bourse. Les courtiers vont nous permettre d’acheter des produits financiers (par exemple, des actions, des obligations).

Concrètement, on va ouvrir un compte chez un courtier, qui nous donne accès à un large éventail de produits, et au marché. On va donc pouvoir investir en fonction de nos choix, de notre stratégie.

Si on parle des principaux acteurs en bourse, on a les courtiers, les places financières, sur lesquelles les actions sont échangées, mais on entend aussi parler des brokers. C’est quoi un broker ?

Un broker est un courtier, broker est le nom anglais. C’est la même chose.

Et donc le courtier donne accès et propose plusieurs produits, et on vient faire son marché pour choisir là où veut mettre son argent.

Exactement. Si on prend les différents types de personnes qui interviennent sur les marchés, on a d’un côté l’investisseur, ensuite on a un courtier qui va lui donner accès à plusieurs produits financiers. De l’autre côté, il y a les entreprises qui veulent proposer leurs actions sur le marché, et des organismes qui mettent en place d’autres produits.

Le courtier sert d’intermédiaire entre les entreprises qui ont des actions, et les investisseurs qui veulent investir dans les actions de ces entreprises (sachant qu’on ne trouve pas que des actions, il y a une multitude de produits différents).

Est-ce que tu peux nous présenter un éventail de produits auxquels on a accès sur le marché ? Quand je passe par un courtier, je peux investir dans quoi ?

On retrouve différents types de produits :

  • Les actions, qui sont des parts d’entreprises. En achetant des actions, on va posséder une portion d’une entreprise. Leur prix va fluctuer selon la santé financière de l’entreprise, mais aussi selon la santé de l’économie en général. Les actions ont une cotation qui évolue en permanence lorsque le marché est ouvert. Après, on peut mettre en place différentes stratégies pour investir plutôt à court terme, ou à long terme.
  • Les obligations, qui sont des titres de créance. Concrètement, c’est de la dette. Par exemple, un État peut émettre des obligations, que les particuliers vont acheter. Cela revient à prêter de l’argent à l’État. L’État va rendre l’argent investi aux investisseurs à l’échéance de l’obligation, qui peut être variable (d’un mois à 30 ans), mais qui est fixée à l’avance. Le taux d’intérêt, que l’investisseur va percevoir chaque année est également défini à l’avance. Les entreprises peuvent aussi émettre des obligations. Cela leur permet de se financer, en se faisant prêter de l’argent par des investisseurs particuliers, des fonds de pension, etc. Et en échange, les préteurs sont rémunérés via les intérêts.

En fait c’est simple : je te prête de l’argent, et en échange tu me donnes un intérêt annuel, et à la fin tu me rembourses mon argent.

Donc tu as parlé des actions, des obligations…

On va aussi trouver des matières premières. Cela peut être des métaux précieux, comme l’or ou l’argent, de l’énergie (pétrole, gaz), des matières agricoles (blé, soja, jus d’orange).

Les matières premières sont des constituants de base pour l’économie, mais qui ne sont pas en elles-mêmes productrices de richesse. Dans le cas d’une action, il y a une entreprise derrière, qui va produire des biens et des services, et qui va ainsi créer de la richesse.

Pour les matières premières, le prix va fluctuer en fonction de l’offre et de la demande, en fonction de leur valeur perçue (et non en fonction de leur valeur intrinsèque, qui n’existe pas en soi car elles ne produisent rien).

Les actions, les obligations et les matières premières sont les trois principaux types de produits qu’on va trouver sur les marchés.

Il y en a en un quatrième : les produits dérivés (turbos, warrants, futures). On ne va pas les développer ici, car ils ne sont pas nécessaires pour investir en bourse. Ils servent pour des cas très particuliers, pour des fonds de pension ayant des problématiques spécifiques. Les particuliers peuvent les utiliser, mais ils n’en ont pas besoin.

Avec les actions, les obligations et les matières premières, il y a largement de quoi faire pour faire croître un capital. Souvent, les produits dérivés posent problème, car les particuliers ne les comprennent pas. Quand on investit dans quelque chose qu’on ne comprend pas, il y a un risque.

L’exemple type, c’est 2008, les subprimes. Les investisseurs professionnels et institutionnels se savaient pas ce qu’il y avait dedans. Les subprimes étaient des produits complexes, composées de prêts immobiliers extrêmement bancals, à l’origine de la crise de 2008.

En tant qu’investisseur particulier, il n’y a pas d’intérêt à investir dans les produits dérivés.

Souvent, on parle d’investir dans l’or, dans les ETF. Est-ce qu’on a accès à tout ça en tant que particuliers ? Si je veux investir dans l’or, comment je fais ?

C’est une très bonne question. Il y a plusieurs manières d’investir dans l’or :

  • On peut investir dans l’or physique. Là, on va recevoir l’or chez soi. On peut aussi le faire stocker dans un coffre, dans une banque. Pour les matières premières type agricoles ou énergie, cela n’a pas forcément de sens (on ne va pas se faire livrer une tonne de blé). Les matières premières sont très spéculatives, donc on s’écarte ici un peu de l’investissement.
  • Une autre manière d’investir dans l’or, c’est l’or-papier. Cet or-papier peut valoir par exemple une once d’or, sachant que le prix de l’once d’or va fluctuer au cours du temps.

Les ETF sont une autre manière d’investir. L’avantage, c’est qu’ils vont nous permettre d’acheter un large panel d’actions ou d’obligations, réunies dans un seul fonds.

Par exemple, si on veut investir dans les entreprises du CAC 40, on va pouvoir acheter les 40 entreprises du CAC en une fois, via un ETF CAC 40. Un ETF CAC 40 est un fonds qui va répliquer la performance du CAC 40, car il possède les actions des 40 entreprises.

En tant qu’investisseurs, ça nous facilite la vie, puisqu’au lieu d’investir individuellement dans les 40 entreprises du CAC (ce qui serait un peu fastidieux), l’ETF nous permet d’investir d’un seul coup dans toutes ces entreprises. C’est d’ailleurs un outil de diversification extrêmement intéressant.

Je prends mon cas, car c’est un sujet qui m’intéresse beaucoup, si demain je suis intéressé par la bourse et que je veux investir, quelles sont les stratégies et les approches possibles ?

Globalement, on va avoir deux types de stratégies qui sont opposées. Et à l’intérieur de chacune, on va pouvoir trouver différentes sous-stratégies. Mais ce sont deux façons très différentes d’aborder la bourse :

Le spéculateur/tradeur, qui a pour objectif de repérer les titres qui vont exploser à la hausse. Pour cela, le tradeur à deux outils à sa disposition : l’analyse technique (analyser des graphiques pour repérer certaines figures) et l’analyse fondamentale (analyser le bilan financier des entreprises).

Spéculer, ou faire du trading, demande donc un certain bagage technique, mais aussi de suivre de près les titres qu’on achète, parce qu’on est dans un logique d’investissement à court terme.

Après, il y a différents types de tradeurs : ceux qui se situent sur des unités de temps extrêmement petites (à la seconde ou à la minute), d’autres à la journée ou à la semaine. Si on descend encore dans les unités de temps, on va trouver des robots de trading qui vont opérer sur des unités de temps qui sont des millièmes de secondes.

Tout le monde à déjà reçu un coup de fil de Londres ou ailleurs, et qui nous propose de faire du trading ou d’investir en bourse sur certaines plateformes. J’ai déjà été victime de ce appels-là, il y a beaucoup de sites qui font ça, il faudrait éclaircir ce point, car souvent c’est que du trading, c’est pas très intéressant.

Effectivement, on peut recevoir des appels, et parfois c’est même par mail, on peut être spammé par ce type de sites. Alors il faut toujours se méfier un peu. Quand il y a des gens qui nous appellent pour nous inciter à faire quelque chose, c’est qu’il y a un fort intérêt de leur part derrière.

Il faut comprendre quel est l’intérêt pour eux, quel est l’intérêt pour nous en tant qu’investisseurs, et faire la part des choses. On pourra y revenir dans la session de questions/réponses.

La deuxième manière d’aborder la bourse, c’est celle de l’investisseur à long terme. C’est une logique totalement différente, dans le sens où on ne cherche pas à deviner quels sont les titres qui vont exploser, mais où on va investir dans l’ensemble du marché.

On sait que la bourse monte à long terme, et si on investit dans l’ensemble du marché, on ne parie pas sur un titre en particulier, on se contente de suivre passivement le mouvementent général de hausse.

La différence par rapport au spéculateur, c’est que l’investisseur long terme n’a pas besoin de connaissances poussées en analyse technique ou fondamentale. Il a seulement besoin de connaître sa tolérance au risque, de construire un portefeuille qui soit en rapport avec sa tolérance au risque, puis de laisser faire le temps, puisque la bourse va monter.

Maintenant, la question peut être : comment choisir entre ces deux approches-là ? Qu’est-ce qui fait qu’on va plutôt se diriger vers l’une ou l’autre ?

Pour choisir, on peut d’abord se demander ce qu’on a envie de faire. Est-ce qu’on a envie de passer du temps à analyser des graphiques ou des bilans d’entreprises, parce que ça nous intéresse. Dans ce cas-là, on va plutôt se diriger vers du trading.

Ou bien, est-ce qu’on a plutôt envie d’investir en mode automatique, sans trop y penser, sans avoir besoin d’y passer du temps, ni de se former pour comprendre des graphiques ou des bilans. Dans ce cas-là, on va plutôt se diriger vers l’investissement à long terme.

Le point important, c’est de bien faire la différence entre la spéculation et l’investissement. Quand on tape « bourse » ou « formation en bourse » sur Internet, on va souvent trouver des choses en rapport avec le trading. Cela nous conduit directement vers cette approche, sans qu’on sache dans quoi on va tomber.

Il faut être conscient qu’il y a deux approches totalement différentes, et de part ce qu’on trouve sur Internet, on ne peut pas forcément faire cette différence par soi-même lorsqu’on débute entre :

  • La spéculation, qui consiste à acheter un ou plusieurs titres, parce qu’on pense qu’ils vont fortement progresser, et dans le but d’obtenir des gains à court terme. On fait un pari, qui peut être gagnant ou perdant, car on n’a pas de boule de cristal : on ne sait pas à l’avance ce qu’il va se passer.
  • L’investissement, qui consiste à investir régulièrement dans l’ensemble du marché, avec un portefeuille beaucoup plus large qu’en spéculant. On ne fait aucun pari, car on investit sur tellement de titres à la fois, que s’il y en a un qui tombe à zéro, on va être très peu impacté. L’évolution des titres individuels ne nous intéresse pas. On s’intéresse seulement à l’évolution globale du marché, et à la santé de l’économie

J’ai noté les références d’une étude assez intéressante, réalisée par l’Université de Berkeley en Californie. Cette étude a analysé les performances de plusieurs centaines de milliers de day-traders, pendant 17 ans. Elle montre que moins de 5% des tradeurs sont rentables (c’est-à-dire qu’ils arrivent à gagner de l’argent) sur le long terme.

On a donc une toute petite minorité de tradeurs qui gagnent de l’argent. C’est quand même intéressant de méditer là-dessus, et sur l’incohérence entre le fait que sur Internet, tout le monde ou presque parle de trading, alors que quand on regarde leurs résultats, concrètement, il y en a extrêmement peu qui arrivent à générer des gains.

Si je comprends bien, soit on fait du trading, et on investit à court/moyen terme en pariant à la baisse ou à la hausse, soit on choisit une stratégie d’investissement long terme, en prenant en compte sa tolérance au risque, pour qu’au bout du compte on soit rentable dans X mois ou années. C’est bien ça ?

Exactement, on a deux approches complètement différentes.

Qu’est-ce qu’on peut avoir comme approche, en termes de diversification ?

En bourse, on n’a pas de boule de cristal. Donc soit on a l’approche du trader, et on fait plein de petits paris sur l’évolution des cours, soit on va diversifier ses investissements, comme ça on sera couvert quoiqu’il se passe.

S’il y a une partie de mes investissements qui se portent mal, je sais qu’il y en aura une autre partie qui, potentiellement, vont bien se porter. Ce qui fait que les investissements en difficulté pourront ne pas se voir en regardant la globalité du portefeuille.

La diversification, c’est le fameux adage : on ne veut pas mettre tous ses œufs dans le même panier.

Donc on peut diversifier avec des actions, des obligations d’état, des matières premières, et faire un panier avec tout ça à l’intérieur ?

Tout à fait. Quand on investit, on peut d’ailleurs distinguer cinq niveaux de diversification :

  1. La diversification dans l’ensemble du marché plutôt que d’investir sur un ou quelques titres (par exemple sur le CAC 40 en France, ou sur le S&P 500 aux États-Unis). Si vous avez 500 entreprises en portefeuille, vous avez un niveau de diversification bien supérieur à un portefeuille composé de trois ou quatre titres. On peut investir dans l’ensemble du marché avec les ETF.
  2. La diversification géographique : si un jour il y a une crise en France, il peut être intéressant de ne pas avoir tous ses œufs en France, et investir dans d’autres pays en Europe, mais aussi sur d’autres continents (Amérique, Afrique, Asie). Comme ça, en cas de crise régionale comme en 2011 avec la crise de l’Euro, le fait d’investir sur d’autres continent nous couvre par rapport à ce qu’il se passe en Europe.
  3. La diversification en devises. L’idée est de se couvrir contre une possible dévaluation de sa propre devise, ou d’une devise en particulier. C’est pour cela qu’il est intéressant d’investir dans des actifs qui sont cotés dans différentes devises. Quelqu’un qui investirait uniquement aux États-Unis serait tributaire du taux de change Euro/Dollar, qui en cas de baisse du dollar, ferait chuter son portefeuille, même si es actions américaines n’ont pas chuté.
  4. La diversification en classes d’actifs, qui est une forme de diversification souvent oubliée par les investisseurs. Souvent, les investisseurs n’investissent que dans des actions. Le problème, c’est que lors des crises, on sait que les actions chutent violemment, de 40 à 50%. Mais tout le monde n’est pas prêt à accepter un tel niveau de baisse. C’est pour cela qu’il peut être intéressant de posséder d’autres classes d’actifs, comme des obligations d’État et de l’or, qui sont des valeurs refuges (des actifs vers lesquels les investisseurs se tournent lorsque les actions sont en difficulté). Si on imagine un portefeuille avec des actions, des obligations, et pourquoi pas des matières premières ou de l’or, si les actions chutent fortement (comme en février-mars 2020 suite au Covid), on peut observer que les autres classes d’actifs ont monté, ou bien sont restés stables. Voilà comment on peut équilibrer un portefeuille, de manière à ne pas subir les baisses des actions, qui sont parfois très violentes.
  5. La diversification dans le temps. On ne peut jamais savoir à l’avance quel est le meilleur moment pour investir. Si le marché perd 30%, on peut se dire : « super, c’est le moment d’investir, c’est les soldes ! ». Mais qui nous dit que ça ne va pas continuer à descendre jusqu’à -60% ou -70% ? Encore une fois, personne n’a de boule de cristal, y compris les meilleurs spécialistes. Donc la meilleure chose à faire est d’investir le plus régulièrement possible, sans se demander si le marché est trop haut ou trop bas. Le meilleur moment, c’est toujours aujourd’hui. Même si on se dit que le marché est trop haut et qu’on arrête d’investir, il peut très bien encore monter pendant un ou deux ans, auquel cas on sera privé de cette hausse. Il n’y a pas de seuil ni de limite sur lesquels les cours vont forcément buter pour repartir dans l’autre sens. Rétrospectivement, on peut facilement tirer des conclusions : en 2008, c’est descendu jusqu’à -55%, puis c’est remonté (sous-entendu, c’est là qu’il fallait investir). Mais pendant la crise, on ne savait pas jusqu’où ça allait descendre. En investissant régulièrement, si le marché monte, on est content cas nos actifs prennent de la valeur; et si le marché baisse, on ne réalise pas de gains dans l’immédiat, mais on va pouvoir acheter des actifs à meilleur prix, et en bénéficier lorsque les cours auront remonté.

Ces cinq niveaux de diversification sont très intéressants. On pense souvent qu’investir en bourse c’est investir dans des actions, et donc dans le CAC 40. C’est intéressant de voir qu’on peut diversifier bien au-delà. Les courtiers donnent accès à tous ces actifs ?

Oui, après il peut y avoir certains courtiers, comme des banques en ligne, qui ont une offre moins complète, mais les principaux courtiers donnent accès à un choix de produits extrêmement large. Il y a beaucoup plus de choses que ce qu’on peut acheter, et le risque, c’est de se perdre dans tout ça. D’où l’importance de savoir à l’avance ce qu’on veut faire, et ce dans quoi on veut investir.

Pour finir sur la diversification, on a parlé du CAC 40, qui regroupe des grandes entreprises. Mais on peut aussi diversifier dans des petites entreprises. On a souvent le réflexe d’aller vers les grandes entreprises (Apple, Tesla, Microsoft aux États-Unis, et à Total, Airbus et LVMH en France), parce qu’on les connaît. Il faut aussi se dire qu’il y a plein de petites entreprises qu’on ne connaît pas forcément, et dans lesquels on peut investir, par exemple via les ETF.

Les petites entreprises sont une forme de diversification supplémentaire. Dans les phases où les grandes entreprises sont en difficulté, si les petites sont dans une phase ascendante, cela peut amener de l’équilibre dans le portefeuille.

Il y a donc des façons très diverses de diversifier (pour faire un joli pléonasme).

Sans être accompagné, c’est compliqué de savoir tout ce qui existe et de pouvoir faire de bons choix. Quand je vois mon banquier, en matière d’investissement, il me parle tout de suite d’actions, sans avoir ce niveau de détail pour diversifier selon ta tolérance au risque. Les banques ont encore un peu de chemin à faire en ce qui concerne la bourse, notamment parce que ce n’est pas leur travail. Quelle est la différence entre les banques en ligne qui propose des offres de courtage, et les courtiers ?

Effectivement, il a y pas mal de banques en ligne qui proposent des offres (Boursorama, ING, Fortuneo, etc). Il faut faire attention au frais : à court terme, cela peut paraître assez peu important, mais à long terme, cela peut complètement gréver notre performance.

Les banques en ligne qui proposent des offres en bourse ont souvent des tarifs prohibitifs par rapport à des courtiers spécialisés, comme Degiro ou Interactive Brokers, qui ont des tarifs bien plus bas. Ces courtiers ne sont QUE courtiers, contrairement aux banques en ligne dont les offres de courtage représentent une petite partie de leur activité, et une source de revenus complémentaire.

Mais la bourse n’est pas le cœur de métier des banques. Ce n’est pas en entrant dans une banque que l’on va trouver les meilleurs conseils pour investir.

En termes de frais, leurs tarifs sont souvent corrects (bien que supérieurs) pour les places boursières européennes. Par contre, pour avoir accès au marché américain, je vais prendre l’exemple de Fortuneo (ma banque), les frais sont de 50 euros minimum. C’est juste monstrueux quand tu compares avec des courtiers comme Degiro ou Interactive Brokers, qui peuvent avoir des frais de courtage inférieurs à 1 euro.

Donc les banques en ligne, si on veut juste investir sur quelques titres du CAC 40, à la limite, pourquoi pas. Mais si on veut construire un portefeuille plus diversifié, il faut bien regarder les tarifs en détails, car on peut avoir de très grosses surprises.

Donc tu ne conseilles pas de passer par les banques en ligne, car ce n’est pas leur métier, elles proposent moins de choix, et elles sont plus chères.

Souvent, les courtiers proposent un accès à plus de produits, et leur offre globale est supérieure aux banques.

Quelque part, les banques qui proposent d’investir, c’est un peu comme la poste qui vend des téléphones. Le lien n’est pas évident. Si demain, tu es malade, tu vas chez ton médecin, et tu vois que tu peux lui acheter des pantalons, des chemises, des téléphones… Tu te dis, est-ce que j’ai vraiment envie de me faire soigner par ce médecin-là ? J’ai plutôt envie d’avoir quelqu’un de spécialisé dans son domaine, plutôt que quelqu’un qui fait un peu de tout (et donc rien sérieusement).

En France, quels sont les différents types de compte pour investir ?

On les appelle aussi des enveloppes fiscales, car elles n’ont pas la même fiscalité. Il y en a trois qu’on peut distinguer :

  • Le Compte Titres Ordinaire (CTO), qui est le type de compte le plus courant, et qui va donner accès au plus large choix de produits d’investissement.
  • Le PEA (Plan d’Épargne en Actions), qui donne accès à des actions et à des ETF d’actions.
  • L’Assurance Vie, qui n’est pas du tout une assurance contrairement à ce que son nom semble indiquer, mais un compte d’investissement. Elle donne accès à plusieurs types d’ETF, ainsi qu’aux SCPI, pour investir dans l’immobilier non coté. Par contre on ne peut pas investir dans des actions en direct, seulement des dans ETF (et dans les fonds communs, qui sont bien moins intéressants). Il y a aussi les fonds en euros, qui sont sécurisés, mais inintéressants en termes de rendement (1,5% par an seulement).

Donc 3 types de compte, mais avec l’assurance vie qui est moins intéressante à cause du rendement ?

Sur assurance vie, tu as quand même accès à des ETF et des SCPI, donc tu peux quand même investir en bourse et dans l’immobilier. En termes de rendement, l’assurance vie est aussi intéressante que le PEA ou le compte titre. Mais il y a aussi des fonds en euros, qui sont constitués d’obligations peu risquées, et dont l’assureur reverse une partie du rendement sous la forme d’un fonds en euro, totalement sécurisé, mais avec un rendement extrêmement faible.

L’assurance vie n’est pas à jeter : les fonds en euros ne sont pas spécialement intéressants, mais il y a ce qu’on appelle les unités de compte, qui permettent d’investir dans des ETF et SCPI.

Quel type de compte tu conseillerais pour investir à long terme ?

Cela va dépendre des stratégies, et de ce qu’on veut faire. Ils n’ont pas tous la même fiscalité, et ne permettent pas d’investir de la même manière.

Sur compte titre, toutes les plus-values réalisées et tous les dividendes touchés seront fiscalisés. Par contre, tant que tu ne vends pas, tu n’es pas imposés sur les plus-values non réalisées. On réalise une plus-value quand on vend un actif avec bénéfice.

On est imposé à quelle hauteur pour les plus-values ?

30% maximum, c’est la flat-tax Macron. Mais ça dépend aussi de ton taux d’imposition personnel, ça peut être moins.

Sur assurance vie et sur PEA, lorsqu’on va réaliser une plus-value, tant qu’on ne retire pas les gains, on ne sera jamais fiscalisé. C’est pour cela qu’on parle de niches fiscales.

Au niveau fiscal, le compte titre est donc moins intéressant, mais la fiscalité n’est pas le seul critère à prendre en compte.

Les 3 types de compte correspondent aussi à des stratégies différentes, même si souvent, les investisseurs choisissent leur compte uniquement en se basant sur la fiscalité.

Si on veut mettre en place un portefeuille diversifié, on ne pourra pas le faire avec un PEA, qui est limité aux actions. Le PEA correspond donc à des stratégies agressives, parce que les actions sont assez volatiles lors des crises.

Si on veut investir en direct sur des actions, on ne pourra pas le faire sur assurance vie. Le choix est largement restreint par rapport au compte titre, même si on peut quand même investir en bourse.

Si on fait des opérations régulières, et revendre ses actifs, il vaut mieux éviter de le faire sur un compte titre, sinon on va être fiscalisé sur toutes les plus-values réalisées. Dans ce cas, qui correspond au trading (ou au market timing), le PEA sera plus indiqué. On ne pourra cependant pas tout mettre dans le PEA, qui est une niche fiscale qui autorise les actifs cotés en France et en Europe uniquement.

Donc au-delà de la fiscalité, on ne peut pas faire la même chose sur PEA, compte titre ou assurance vie. C’est pour ça qu’il est intéressant de définir en amont la stratégie qu’on souhaite mettre en place. Une fois qu’on a notre stratégie, on peut se demander sur quel type de compte on va l’appliquer.

Souvent, les investisseurs font l’inverse. Ils vont se dire : « Tiens, je vais ouvrir un PEA parce que c’est une niche fiscale, et ensuite je regarderai ce que je peux faire avec. » Cela revient à prendre les choses à l’envers.

Donc il faut déjà commencer par définir sa stratégie, qui est lié à sa tolérance au risque. Puis choisir le type de compte.

Par exemple, si on a une tolérance au risque assez élevée, on va pouvoir investir très majoritairement dans des actions. Dans ce cas-là, cela va être intéressant d’ouvrir un PEA.

Si mon PEA est en moins-value, est-ce intéressant de le fermer avant les 5 ans ?

Non, parce que la fiscalité la plus intéressante arrive au bout de 5 ans. Il n’y a pas forcément d’intérêt à le fermer. Tout dépend de la stratégie, mais si on se place du point de vue d’un investisseur, à long terme, ça va monter. Le PEA reste intéressant malgré les baisses temporaires.

Par contre, si lors d’une année, on réalise des moins-values, on peut les reporter au niveaux des impôts, et déclarer ses pertes. L’année suivante, si on a réalisé des gains, on va alors pouvoir déduire les pertes de l’année précédente pour réduire l’imposition.

Quelle est ton analyse pendant cette période du Covid ? Est-ce que tu conseillerais d’acheter parce que les actions ont baissé ? Quel est ton avis sur le comportement du marché boursier ?

C’est difficile de donner des conseils comme ça, à une personne que je ne connais pas. Un même conseil peut-être bon pour quelqu’un, et mauvais pour une autre personne.

Ce qui est important, quand on investit en bourse, c’est de bien connaître sa propre tolérance au risque. Si une personne est prête à voir son portefeuille baisser de -40 à -50% lors des crises, sans revendre, dans ce cas-là elle peut investir uniquement dans des actions à long terme.

Par contre, pour quelqu’un qui a une tolérance au risque beaucoup moins élevée, et qui ne tolère pas les baisses supérieures à -15 ou -20%, s’il n’investit que dans des actions, on sait que son portefeuille va un jour dépasser sa tolérance au risque.

La personne va commencer à avoir peur, à avoir des sueurs froides, à ne plus dormir la nuit. Elle va rentrer dans un zone de risque. Vu qu’au niveau émotionnel ou psychologique elle ne va pas se sentir bien, elle se dira que la meilleure solution pour qu’elle se sente bien c’est de tout revendre.

C’est dommage de terminer son aventure d’investisseur sur une perte, non pas à cause de la crise, mais pour avoir dépassé sa tolérance au risque. Le risque n’est pas tant lié aux crises qu’à notre tolérance au risque, qui est propre à chacun. C’est pour cela qu’il est difficile de donner un conseil qui puisse s’appliquer à tout le monde.

Il faut se dire que si on investit uniquement dans des actions, un jour ou l’autre, notre portefeuille perdra -50%. On ne sait pas quand ça va arriver, mais ça va arriver un jour ou l’autre. Si on n’est pas prêt à voir son portefeuille baisser de 50%, il ne faut pas aller sur du 100% actions. Dans ce cas, on va plutôt se diriger vers un portefeuille plus diversifié, avec d’autres classes d’actifs, comme les obligations ou les matières premières.

Pour en revenir à cette période du Covid-19, ce n’est pas la première crise. Les crises font partie du jeu quand on investit. Ce qui est particulier avec cette crise, c’est qu’une partie de l’économie a été mise à l’arrêt (secteur aérien, tourisme, restauration), avec certains secteurs mis sous perfusion pour ne pas sombrer.

On a vu le CAC 40 descendre jusqu’à -35% à la mi-mars, le S&P 500 est également descendu entre -30 et -35%. Aujourd’hui, en mai, les cours sont pas mal remontés, même s’ils ne sont pas encore revenus aux niveaux d’avant-crise. Mais les effets de la crise sont en partie toujours à venir. Il ne faut pas oublier que la bourse est liée à l’économie.

Et en ce moment, il y a une crise économique, avec des déficits monstrueux pour les États, et il est possible que le marché replonge à nouveau. Quoi qu’il en soit, on ne peut pas anticiper l’évolution et la direction des cours. En ce qui concerne la bourse, il est impossible de savoir si le plus dur est passé. Cela peut replonger ou repartir à la hausse, mais il faudrait une boule de cristal pour le deviner.

Et personne ne l’a, cette boule de cristal…

C’est pour cela que la diversification est importante.

Pour résumer, on a vu les différents types de produits et de supports, mais ce qui est important, c’est de définir sa stratégie avant tout. La stratégie est basée sur la tolérance au risque et sur l’objectif d’investissement, à court ou long terme. Quels sont les points supplémentaires à retenir ?

Tu as bien résumé ! La première étape est de se former, pour comprendre comment tout cela marche, de voir quels sont les différents types de stratégies possibles.

On peut aussi commencer à évaluer sa propre tolérance au risque en se posant la question : « Si demain, mon portefeuille chute de 20%, comment est-ce que je réagis ? » Est-ce que je panique et que je revends, ou est-ce que c’est ok pour moi, parce que je sais que la bourse monte à long terme, et donc je suis prêt à accepter ce type de baisse.

On peut se poser la question pour plusieurs niveaux de baisse, jusqu’à -50%, car les actions vont chuter à ce niveau-là un jour ou l’autre. Cela va donc jouer sur la manière dont on va construire notre stratégie.

Il y a donc la tolérance qui va jouer, mais aussi l’objectif qu’on va se fixer à long terme. Si on n’a pas une grosse tolérance au risque, on va se tourner vers des actifs qui ont une bonne résistance en période de crise, mais qui vont produire un peu moins de performance sur le long terme.

Si on a une tolérance au risque plus élevée, on peut accepter plus de volatilité à court terme, avec une espérance de gains et de rendement plus élevée à long terme.

Mais il ne faut pas oublier que pour obtenir le rendement, il va falloir passer à travers des crises. C’est là où la tolérance au risque est importante. Il ne faut pas construire un portefeuille uniquement en fonction des objectifs de rendement qu’on veut atteindre; le critère le plus important reste la tolérance au risque.

Il y a un chiffre très intéressant par rapport à la crise de 2008. Avant la crise de 2008, il y avait 7 millions de PEA en France. À la fin de la crise, il n’en restait plus que 3,5 millions. Cela veut dire qu’il y a 3,5 millions d’investisseurs qui ont clôturé leur PEA. C’est probablement parce que leurs pertes étaient supérieures à ce qu’ils pouvaient tolérer.

La moitié des investisseurs sur PEA sont sortis du jeu. Et quand on quitte la bourse sur une perte, psychologiquement, c’est très dur de revenir un jour.

Les personnes qui ont conservé leur PEA en 2008, soit elles l’avaient complètement oublié et elles n’ont pas vu les baisses, mais il y en avait une bonne partie qui savaient ce qu’elles faisaient. Ces personnes-là ont accepté les règles du jeu : quand tu as un PEA avec des actions, il faut s’attendre à prendre un jour ou l’autre une claque à -50%. Si tu es ok avec ça, tu peux avoir un PEA.

Si tu n’es pas ok avec ça, cela ne veut pas forcément dire qu’il ne faut pas utiliser le PEA. Tu peux par exemple combiner un PEA qui sera plutôt offensif et volatil en période de crise, avec une assurance vie ou un compte titre, dans lesquels tu vas pouvoir loger des actifs qui sont des valeurs refuges, comme des obligations ou de l’or.

Tu auras un PEA qui sera offensif et risqué, mais qui sera combiné à d’autres actifs qui vont contre-balancer la volatilité du PEA lors des crises.

Je te remercie pour cet exposé très constructif. On va prendre des questions : en tant que français, est-il prudent d’investir dans d’autres pays, ou mieux vaut-il investir en France ?

On préfère souvent investir dans son pays, parce qu’on le connaît mieux. Si on regarde le CAC 40, on connaît presque toutes les entreprises: Renault, Peugeot, LVMH, Airbus, Total…

On a tous ce biais psychologique de se dire : « si j’investis dans une entreprise que je connais, je suis rassuré ». Un investisseur au Pays-Bas pourrait se dire la même chose, et investir dans des entreprises qu’il connaît. Mais ça ne veut pas dire que s’il investit en France, ça serait plus risqué pour lui que pour un Français.

Ce biais psychologique nous expose à un risque : si un jour il y a une crise dans notre pays, qui ne touche pas les autres pays, si on a tous nos investissements en France, on va être beaucoup plus impacté que si on a aussi investi dans d’autres pays, afin de mitiger le risque.

Si on veut observer les 5 niveaux de diversification, cela va être intéressant de dépasser les frontières nationales.

À partir de quel montant on peut commencer à investir en bourse ? Est-ce qu’il y a un montant minimal ?

C’est une bonne question, car il faut bien commencer quelque part. Il n’y a pas de limite minimum dans l’absolu. Certains courtiers vont nous permettre d’ouvrir un compte avec zéros euros. On a le droit d’ouvrir un compte sans rien mettre dessus.

Par contre si on veut commencer à investir, en regardant la valeur de la part des ETF ou des actions, on voit que certaines entreprises vont coter à plus de 1 000€ l’actions, d’autres à moins de 1€. Donc il n’y a pas de limite minimale, on peut commencer avec 100€ ou 200€.

Chacun peut faire avec ses moyens, mais il faut par contre se dire que pour tous les ordres qu’on va passer, sur un compte titre ou sur un PEA, il y aura des frais de courtage. La question est plus : « Est-ce que c’est pertinent de payer 1€ de frais pour 10€ d’actions ? ». Dans ce cas, les frais de courtage représentent 10% du montant de l’ordre, ce qui est énorme.

C’est pour cette raison que la limite de 100€ ou 200€ me semble pertinente par rapport aux frais de courtage.

Une personne utilise le courtier FXCM. Quels sont les autres courtiers que tu conseillerais ?

Tous les courtiers qui commencent par FX-quelquechose, c’est l’abréviation de Forex (Foreign exchange), qui est le marché des devises. On peut acheter du Dollar contre de l’Euro, etc. C’est un marché assez particulier, qui est ouvert en permanence, la nuit aussi, 5j/7.

On est sur un marché qui est très volatil. Les devises varient non seulement par rapport à l’offre et à la demande l’offre, mais aussi en fonction des relations entre États, des questions géopolitiques.

S’il y a une guerre commerciale (comme cela a été le cas entre les États-Unis et la Chine), ça peut faire varier le marché des devises. Le Forex est un marché uniquement spéculatif. Les devises qu’on achète ne produisent pas de richesse, ce ne sont pas des actifs en soi. Je ne dis pas qu’il n’est pas intéressant de détenir des devises, mais un dollar détenu dans mon portefeuille ne va pas produire d’autres dollars.

Ce n’est pas comme avec les actions qui prennent de la valeur au cours du temps, parce que derrière il y a des entreprises qui produisent des biens et des services, qui crée de la richesse. Une obligation qui verse un intérêt va aussi prendre de la valeur.

Les devises peuvent être des valeurs refuges dans certains cas, comme les matières premières. Mais ce ne sont pas des outils de création de richesse. À partir de là, on rentre dans le cadre de la spéculation, on est moins du côté de l’investisseur.

Si depuis la crise, les obligations dans lesquelles on a investi ont pris 20%, est-ce qu’il est intéressant de les revendre pour jouer la sécurité ?

Cela rentre dans une logique d’équilibrage de portefeuille. Si on regarde l’évolution des obligations pendant la crise, on voit notamment que les obligations d’État américaines ont pris de la valeur. Les obligations européennes sont restées stables depuis janvier, mais elles avaient beaucoup monté en 2019. Cela confirme le rôle de refuge des obligations d’État.

Mais c’est différent pour les obligations d’entreprises. Les obligations sont un prêt, et si la personne à qui on prête ne peut pas rembourser, l’obligation ne peut pas être une valeur refuge. Les obligations d’entreprises n’en sont pas. En temps de crise, les entreprises souffrent. Il y a une incertitude sur le remboursement de certaines obligations d’entreprises.

C’est la grosse différence par rapport aux obligations d’État, car l’État peut techniquement imprimer de la monnaie. Il est alors beaucoup plus dur de faire faillite.

La différence entre une obligation d’État et une obligation d’entreprise est beaucoup plus importante qu’entre une action et une obligation d’entreprise. Les deux dernières vont toutes deux être affectées par la santé de l’économie.

Les obligations américaines ont pris 20% depuis janvier. Quand on dit que la bourse s’effondre, c’est le cas en effet pour les actions. Mais il y a des actifs cotés en bourse qui ont été en pleine progression pendant la crise du coronavirus (les obligations américaines en font partie, l’or aussi).

Pour répondre à la question, si on a des actions en portefeuille qui ont baissé, et des obligations qui ont monté dans le même temps, en proportion, on aura plus d’obligations qu’avant la crise. Le rééquilibrage consiste à revendre une partie de ses obligations, qui ont pris de la valeur, et je rachète à la place des actions, dont le prix a baissé.

Quand les actions baissent, leur potentiel de croissance à long terme augmente. Inversement, quand les obligations progressent fortement, leur potentiel de croissance à long terme s’épuise en partie.

On se prémunit donc contre la situation inverse : les obligations ne vont pas monter indéfiniment. En diminuant leur part en portefeuille, on se prémunit contre une éventuelle baisse qui suivrait leur hausse. De même, si on rachète des actions pour ramener leur proportion en portefeuille à son niveau de départ, on sera bien mieux exposé à leur future hausse.

Le rééquilibrage est vraiment intéressant pour profiter de la fluctuation des différents actifs.

Donc vu que les obligations ont monté et que les actions ont chuté, on peut vendre une partie des obligations pour se prémunir contre l’inversement de la situation. Tu appelles ça l’équilibrage ?

Oui, on parle de rééquilibrer son portefeuille. Ce n’est pas uniquement utile pour investisseurs particuliers, et les plus grands hedge funds au monde pratiquent le rééquilibrage. C’est simple à comprendre à mettre en place, et c’est extrêmement bénéfique pour maintenir un portefeuille, afin qu’il ait une évolution plus constante à long terme.

Faut-il obligatoirement passer par un courtier pour investir en bourse ?

Oui, le courtier est l’intermédiaire qui va nous donner accès au marché des actions, entre autres. Pour acheter des actions, tu ne vas pas aller toquer à la porte de l’entreprise pour leur dire : « Ok, je veux acheter vos actions ! À combien elles sont ? ».

Il faut passer par courtier, et une place boursière, qui est régulée. La bourse, ce n’est pas le marché du dimanche matin au village. Il y a des régulateurs, qui sont derrière, on ne peut pas faire n’importe quoi. C’est un marché très bien cadré, beaucoup plus que le Forex d’ailleurs, où c’est un peu la jungle.

Pour quelqu’un qui vit en Afrique, est-ce qu’il y a des restrictions géographiques pour ouvrir un compte et investir ?

Il y a des courtiers « régionaux », à partir desquels on ne peut ouvrir un compte que dans certains pays. C’est le cas avec Degiro, ou il faut être en Europe, et BourseDirect, en France.

Je ne connais pas bien les courtiers localisés en Afrique, qui permettraient d’ouvrir un compte depuis un pays africain. Par compte, il y a des courtiers internationaux qui autorisent l’ouverture d’un compte depuis quasiment tous les pays dans le monde. Avec un courtier international, la question de la localisation géographique ne se pose pas.

Si on prend l’exemple d’Interactive Brokers, un des courtiers les plus connus, et considéré comme faisant partie des plus solides, on va pouvoir ouvrir un compte depuis la plupart des pays africains.

Il y a aussi un autre courtier, Lynx, basé en Europe, qui est Interactive Brokers mais avec une plateforme faite pour les européens, on peut aussi ouvrir un compte depuis l’Afrique.

Il y a aussi probablement des courtiers africains qui vont permettre d’investir, mais ma connaissance s’arrête là !

Donc Interactive Brokers, et Lynx ?

Oui, sachant que Lynx, c’est un apporteur d’affaire qui utilise les services d’Interactive Brokers. Interactive Brokers est un courtier international basé aux États-Unis. Depuis l’Europe, Lynx permet d’accéder à Interactive Brokers en ayant un support en Français, avec une plateforme un peu plus conviviale. Mais derrière, c’est la même structure.

On peut aussi inverser la question « Comment investir en bourse depuis l’Afrique ? », en « Comment investir en Afrique depuis l’Europe ? ».

C’est une bonne question !

Il y a des ETF qui permettent d’investir dans toutes les zones géographiques du monde. Si on veut investir en Amérique du Sud, en Océanie, au Moyen-Orient, en Russie, ou en Afrique, on peut. Il y a des ETF spécifiques, qui sont sur des zones régionales.

Si je prends l’exemple de l’Afrique, puisque tu es spécialisé sur ce continent, et d’un ETF pour y investir, il y a le Lyxor Pan Africa UCITS ETF qui permet d’investir sur le marché africain des actions.

Je précise tout de suite que ce n’est pas un conseil d’achat. Je le cite juste à titre informatif, il y a aussi d’autres ETF qui permettent d’investir en Afrique, ce n’est pas le seul.

Très bien, parfait. Pour ceux qui sont intéressés et qui veulent aller plus loin, je te laisse présenter comment est-ce qu’ils peuvent te contacter pour avancer.

Si vous voulez aller plus loin, je propose un appel de 45mn qui est gratuit. L’idée, c’est évoquer votre situation, vos objectifs, votre profil, pour qu’on puisse voir ensemble ce qu’il est possible de faire. Ceux qui voudront aller plus loin et que je les accompagne dans la mise en place de leur portefeuille, on a mis en place une réduction avec Frank, pour toutes les personnes ayant assisté au webinaire.

Si vous réservez un appel gratuit, cela ne vous engage à rien. Et si voulez ensuite allez plus loin, et qu’on travaille ensemble pour mettre en place votre portefeuille d’investissement, pour vous remercier de votre présence ce soir et d’être rester jusqu’au bout, on s’est mis d’accord avec Frank pour que vous puisiez bénéficier de 20% de réduction.

Je mettrai le lien sous la vidéo pour qu’on puisse te contacter, et le code qui donnera accès aux 20% de réduction pour la phase accompagnement.

Il y a deux étapes. On peut avoir un appel gratuit ensemble, pour voir ce que vous pouvez mettre en place, et pour que vous puissiez avoir plus d’informations sur la manière dont vous pouvez investir. Ensuite, si vous êtes intéressé pour aller plus loin, je pourrai vous faire une proposition pour qu’on travaille ensemble, et dans ce cas, vous pourrez utiliser le code « Afrique20 ».

Le lien qu’on va vous donner renvoie vers un formulaire, où vous pourrez choisir la date et l’heure qui vous conviennent le mieux pour avoir cet appel gratuit avec moi. Vous écrirez simplement « Afrique20 » à côté de votre prénom. Cela nous permettra de savoir que vous êtes venus par le biais de cette conférence, ou du replay pour les personnes qui regarderont la rediffusion.

Et donc tu formes les gens pour qu’ils soient ensuite autonomes pour investir en bourse, pour qu’ils n’aient plus besoin de toi ensuite ?

Oui, c’est un accompagnement pour mettre en place un portefeuille d’investissement. On travaille ensemble pour la mise en place concrète du portefeuille, en faisant en sorte qu’il soit adapté à la personne. On l’a vu tout à l’heure par rapport à la tolérance au risque. L’idée est d’avoir un portefeuille en cohérence par rapport à ça. Une fois le portefeuille en place, mon rôle s’arrête là, et le personne est libre de suivre la stratégie définie aussi longtemps qu’elle le souhaite, et elle est 100% autonome pour gérer son portefeuille.

On va prendre une dernière question : est-ce qu’il y a des secteurs d’activité plus attractifs que d’autres ?

Un marché global se divise en différents secteurs d’activité, qui ne vont pas tous avoir la même performance en même temps. Est-ce qu’il y en a certains qui sont plus attractifs que d’autres dans l’absolu, je dirai que non. Par contre, ils vont tous avoir des phases différentes. Certains vont bien se porter dans certaines phases, en lien avec l’économie.

En ce moment, les secteurs du tourisme et de l’aérien sont particulièrement touchés par la crise du Covid, et ils se portent beaucoup plus mal que tous les autres secteurs. Même si tous les secteurs ont chuté lors de la crise actuelle, certains ont beaucoup plus chuté que d’autres, qui ont bien mieux résisté, comme les nouvelles technologies, qui ont même progressé depuis janvier, malgré la crise.

Quand on investit, l’idée n’est pas de deviner quel secteur sera le plus intéressant, sinon on fait des paris. On se rapproche plus de la spéculation. Si on se focalise sur un secteur particulier, on sera plus diversifié qu’en investissant sur un seul titre, mais ça reste un paris. Qu’est-ce qui nous dit que sur la prochaine décennie, l’énergie va mieux fonctionner que le secteur de la santé ? On n’en sait rien.

Plus on a un investissement concentré et peu diversifié, plus on va rentrer dans la logique de la spéculation et du trading, des paris. Plus on prend de recul en investissant dans le marché en englobant les différents secteurs, moins on fait de paris, moins on est dans la spéculation, et plus on est dans l’investissement.

Pour préciser, ce que je propose rentre plus dans le cadre de l’investissement que de la spéculation. On a vu que c’était deux manières différentes d’aborder la bourse.

C’était important de la préciser. Merci à tous, et merci à toi Antonin pour ta disponibilité et tes explications.

C’était avec plaisir, et merci à toi Frank pour ton invitation.


Voici le lien pour prendre RDV pour l’appel découverte gratuit de 45mn.

Vous pouvez aussi revoir l’interview sur Youtube (le lien vous amène à 1:09, à l’instant précis où le live commence).

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