
Épargner est la base de tout investissement. Sans épargne, point d’argent à investir. Et sans argent à investir, point d’investissement. Voyons ensemble trois techniques qui permettent d’épargner à coup sûr.
On entend souvent qu’il faut gagner davantage pour commencer à investir. En réalité, le véritable point de départ n’est pas le revenu, mais la capacité à conserver une partie de ce que l’on gagne. Deux personnes percevant le même salaire peuvent ainsi construire des patrimoines très différents selon leurs habitudes d’épargne.
Avant de parler d’investissement, il est nécessaire d’avoir une gestion saine de ses finances personnelles. Cette saine gestion se concrétise par le fait de dépenser moins que ce que l’on gagne. Si cette hypothèse mathématique n’est pas vérifiée, non seulement l’investissement restera un concept, mais les dettes, elles, seront bien réelles.
Tout le monde ou presque sait qu’il ne faut pas dépenser plus que ce que l’on gagne. Pourtant, beaucoup de gens n’y arrivent pas.
Pourquoi ? La société nous pousse constamment à agir selon certains biais comportementaux :
- Le besoin d’importance. La société de consommation nous fait croire que c’est en possédant des choses que les autres personnes vont s’intéresser à nous et nous considérer comme quelqu’un d’important.
- Céder à la gratification immédiate, au lieu de nourrir ses projets de vie est un piège dans lequel on peut facilement tomber quand on est soumis à de nombreuses tentations dans une journée.
- Vivre dans le présent. C’est très bien en termes de développement personnel, de pleine conscience, de paix mentale et de joie intérieure. Mais pour vos finances, il est important que ce présent n’hypothèque pas votre avenir pour autant.
Les technologies ont également changé notre rapport à l’argent. Les achats en un clic, le paiement sans contact ou encore le paiement en plusieurs fois rendent la dépense presque instantanée. Les abonnements mensuels (Netflix, Spotify, Amazon Prime, logiciels, salles de sport…) paraissent souvent anodins pris individuellement, mais leur accumulation finit par peser lourd sur le budget. Enfin, les réseaux sociaux entretiennent en permanence la comparaison avec le mode de vie des autres, ce qui peut nous pousser à consommer davantage sans réel besoin.
Cette liste n’est pas exhaustive, et il peut y avoir bien d’autres raisons de dépenser son argent sans épargner, comme pour compenser un manque, ou une frustration.
Le fait est que nous sommes prévus pour dépenser tout notre argent, quel que soit notre niveau de vie.
C’est également ce que les économistes appellent l’« inflation du niveau de vie » (lifestyle inflation) : à mesure que les revenus augmentent, les dépenses progressent elles aussi. Sans vigilance, une augmentation de salaire améliore souvent davantage le confort quotidien que le patrimoine.
C’est pour cela que toutes nos promesses d’épargne (« j’épargnerai avec ma prochaine augmentation, ou quand j’aurais un boulot mieux payé ») sont si difficiles à tenir.
La Loi de Parkinson stipule que:
Tout travail tend à se dilater pour remplir tout le temps disponible.
Lorsque vous étiez petit(e), quand votre maman vous donnait 15mn pour ranger votre chambre, vous vous exécutiez en vitesse. Si elle vous donnait 1h, il était probable que votre chambre ne soit pas mieux rangée malgré ce temps supplémentaire. Vous preniez simplement plus de temps pour faire la même chose, et arriver au même résultat.
L’équivalent de la loi de Parkinson pour l’argent serait que « les dépenses tendent à s’adapter pour consommer tout argent disponible. »
C’est aussi pour cette raison que beaucoup de personnes ont l’impression de ne jamais réussir à s’enrichir malgré plusieurs augmentations de salaire au cours de leur carrière : leurs dépenses progressent au même rythme que leurs revenus.
C’est pour cela que la grande majorité des avocats et des médecins ont un niveau de vie d’avocats et de médecins, plutôt que celui d’une personne au SMIC.
Passons en revue trois techniques pour épargner qui vont vous permettre d’échapper à ces biais et à ces lois qui en veulent à votre épargne.
1. Faire de l’épargne LA priorité financière
N’épargnez pas ce qui reste après avoir dépensé, mais dépensez ce qui reste après avoir épargné.
Warren Buffett
Quand on parle de gestion du temps, on sait que l’on doit faire les choses les plus importantes en premier, et les moins importantes en dernier (si nous avons encore le temps).
En matière d’épargne, c’est la même logique qui prévaut. Si épargner n’est pas la priorité, on va dépenser pendant tout le mois, et mettre de côté ce qu’il reste à la fin du mois. Mais vous vous doutez de ce qu’il peut bien rester sur un compte courant avec ce raisonnement: pas grand-chose, rien du tout, voire moins que rien !
La première des techniques pour épargner, c’est d’en faire LA première des priorités du mois.
Même commencer par 50 € ou 100 € par mois est souvent suffisant. Le plus important n’est pas le montant initial, mais la régularité. Une habitude installée vaut bien plus qu’un objectif ambitieux que l’on abandonne après quelques semaines.
Concrètement, épargner doit être la première chose à faire après avoir touché votre revenu. Votre revenu arrive sur votre compte et avant toute dépense, une partie va alimenter votre épargne. Viendront ensuite le logement, la nourriture, les factures, et les dépenses récréatives. Il en restera alors moins pour les tentations et les gadgets à la mode. Mais tout est une question de choix.
On appelle cela se payer en premier, car l’argent reste pour soi et ne repart pas immédiatement dans la poche de quelqu’un d’autre (commerçants, banques, assurances, L’État…).
2. Épargner sans y penser
Se payer en premier: OK. Mais encore faut-il y penser tous les mois. Les routines ne sont pas toujours simples à suivre, surtout celles qui nous enlèvent de l’argent à dépenser.
La meilleure façon de tenir une routine, c’est de l’automatiser le plus possible. Le faire sans y penser (un peu comme se brosser les dents).
Pour cela, programmez un virement automatique depuis votre compte courant vers le support le plus adapté à votre objectif : un Livret A, un LDDS, un fonds monétaire, une assurance vie ou, pour certains objectifs de retraite, un PER.
Si vous êtes payé le 3 de chaque mois, programmez un virement le 5. De cette manière, vous n’aurez plus à y penser et vous ne pourrez dépenser que ce qu’il reste sur votre compte « après épargne ». Vous pouvez même acheter une babiole qui vous fera culpabiliser: ce n’est pas si grave puisque vous aurez déjà épargné.
Une fois le virement automatisé en place, votre épargne est assurée d’être alimentée chaque mois. Sauf si…
Si vous avez un « petit diable » dans votre tête qui vous murmure des pensées perfides telles que « Tu as trop envie de te l’acheter, vas-y, juste pour cette fois, prend un peu d’argent de ton épargne sur ce compte, je ne dirai rien à ta conscience, promis ! », alors il faudra passer au niveau supérieur de protection de votre épargne.
Si vous savez que vous êtes tenté de reprendre régulièrement votre épargne, choisissez un support qui introduit une légère friction. Une assurance vie ou un PER rendent les retraits moins immédiats qu’un compte courant et peuvent ainsi limiter les dépenses impulsives.
L’assurance vie reste une excellente solution dans de nombreux cas, mais ce n’est pas la seule. Le choix du support dépend avant tout de votre horizon de placement, de votre objectif et de votre tolérance au risque. Faire un retrait depuis une assurance vie est plus compliqué et demande plus de temps que depuis un compte ordinaire.
Ce délai imposé est une protection efficace: impossible d’utiliser son assurance vie pour acheter un truc quand on est déjà dans un magasin, ou qu’on prévoit d’y aller le week-end. Et il n’y a pas de carte MasterCard reliée à votre assurance vie !
Si votre épargne est une épargne de précaution ou pour un projet à court/moyen terme, les fonds en euros restent une solution pertinente, mais les fonds monétaires sont aussi redevenus attractifs avec la remontée des taux d’intérêt. Là encore, le choix dépend essentiellement de votre horizon de placement et de votre besoin de disponibilité.
De plus en plus d’assurances vie proposent des versements programmés. De nombreuses banques et plateformes permettent également de programmer automatiquement des investissements réguliers sur des ETF ou d’autres supports d’investissement. Plus vous automatisez votre épargne, moins vous laissez de place à vos émotions.
3. Donner du sens à votre épargne
Épargner, cela reste rébarbatif à court terme. On se prive de tout un tas de petites possibilités de se faire plaisir, au profit d’un futur plus ou moins lointain. Ce n’est pas très fun…
C’est pour cette raison que relier votre épargne à un projet important dans votre vie rendra cet effort plus digeste et positif.
Notre cerveau supporte beaucoup mieux une contrainte lorsqu’elle est reliée à un objectif concret. En donnant une raison précise à votre épargne, vous augmentez considérablement vos chances de conserver cette bonne habitude sur le long terme.
Et si épargner vous permettait de réaliser un rêve:
- Faire un tour du monde ?
- Constituer un apport pour acheter la maison dont vous avez toujours rêvé ?
- Passer votre permis bateau ou moto ?
- Aller voir le carnaval de Rio ?
- Apprendre le tango ?
- Faire un tour en hélicoptère au-dessus d’un volcan ?
Peu importe de quoi il s’agit. Vous avez sûrement en tête quelque chose que vous voulez réaliser, et qui a un prix supérieur à votre budget mensuel.
Cela n’a pas forcément à être pour un rêve. Vous pouvez aussi épargner pour quelque chose de plus terre à terre, mais qui fait tout aussi sens. Par exemple, épargner pour votre petit dernier en vue de ses études et de son entrée dans la vie active.
Épargner dans un but bien précis est beaucoup plus motivant (et gratifiant une fois l’objectif d’épargne atteint) que d’épargner comme un robot sans objectif précis, juste parce qu’on vous a dit que c’était bien d’épargner…
4. Technique bonus pour augmenter automatiquement son taux d’épargne
Bon, ce n’est pas vraiment une des techniques habituelles pour épargner, mais elle est redoutablement efficace : chaque augmentation de salaire est une excellente occasion d’augmenter automatiquement votre taux d’épargne.
Par exemple, si vous obtenez une augmentation de 200 € par mois, décidez à l’avance d’en consacrer 50 €, 100 € ou même 150 € à votre épargne automatique.
Votre niveau de vie continuera à progresser, mais votre patrimoine progressera lui aussi.
Cette méthode, connue en finance comportementale sous le nom de « Save More Tomorrow », est particulièrement efficace car elle permet d’épargner davantage sans avoir le sentiment de se priver.
Conclusion
Épargner est indispensable, mais laisser durablement son argent dormir sur un compte courant revient à voir son pouvoir d’achat diminuer progressivement sous l’effet de l’inflation.
Une fois votre épargne de précaution constituée, il devient pertinent d’investir progressivement l’excédent afin de préserver, puis de développer votre patrimoine sur le long terme.
J’espère que ces 3 + 1 techniques vous aideront à installer une habitude d’épargne durable.
Beaucoup pensent que l’épargne est une question de revenus. En réalité, c’est surtout une question d’habitudes. Les personnes qui bâtissent un patrimoine ne sont pas celles qui prennent une bonne décision une fois dans leur vie, mais celles qui prennent une petite bonne décision chaque mois, pendant des années.

Salut, merci pour ta participation au Carnaval d’articles….ton billet est bien détaillé et donne de bonnes techniques alors je suis sûr qu’il va cartonner ! Peux-tu s’il te plaît relayer mon article de présentation du concours auprès de ta liste d’abonnés et sur tes réseaux sociaux ? Ca va contribuer à lui donner une plus grande visibilité.
Merci pour ton commentaire Cédric ! C’est fait 😉
Tout juste! Pas facile à tout concilier mais la discipline est reine des vertus dans le chemin que nous empruntons.
En effet, et pour arriver à être régulier dans sa discipline à épargner, le mieux est d’automatiser l’épargne (en mettant en place des virements automatisés) pour ne pas avoir à y penser.