Faire du trading ou investir ?

Faire du trading ou investir

Lorsque l’on souhaite investir en bourse et que l’on fait ses premières recherches sur internet, on tombe assez rapidement sur le trading.

Il y a même de quoi penser que la bourse, c’est forcément du trading, et que les deux sont assimilés. Il est alors logique de croire que pour investir en bourse, il va falloir passer ses journées devant 3 écrans d’ordinateurs alignés, à essayer d’analyser des graphiques compliqués  !

Et pourtant, le trading n’est qu’une des façons d’aborder la bourse. Et ce n’est assurément pas la plus simple, ni même celle qui donne les meilleurs résultats.

Si l’on s’intéresse aux études qui ont analysé les performances des tradeurs, on se rend compte que leurs résultats sont en majorité très loin d’être excellents.

Alors pourquoi sommes-nous malgré tout attirés par le trading ? Pourquoi pense-t-on qu’investir passe forcément par la maîtrise de techniques d’analyses compliquées ?

Dans cet article, je ne vais pas décrire en détail ce qu’est le trading. Il y a déjà suffisamment de contenu sur le web qui en parle (et même beaucoup trop à mon goût !).

Abordons plutôt ce que cela implique de faire du trading, et quelles en sont les conséquences. Comment évaluer réellement les résultats d’un tradeur ? Et pourquoi le trading attire-t-il autant, alors que très peu de personnes obtiennent des résultats ?

Trading : la fausse promesse

La promesse du trading est simple : en apprenant à maîtriser l’analyse technique, les bons indicateurs, et si vous avez les bons screeners d’actions, vous pourrez trouver quels sont les titres sur le point d’exploser à la hausse.

Donc, si vous êtes assez rigoureux dans l’application de votre méthode de trading, votre compte en banque va se remplir.

Pourtant, les études sur la performance des tradeurs montrent que la quasi-totalité d’entre eux perdent de l’argent, ou sous-performent le marché.

Une étude menée conjointement par des chercheurs des Universités de Berkeley et Pékin a analysé la performance de plusieurs milliers de day-traders sur une période de 14 ans.

Leur conclusion est sans appel : la performance agrégée des day-traders est négative, une vaste majorité n’est pas rentable, et plus surprenant : beaucoup persistent pendant un certain temps malgré leurs pertes.

Pourcentage de tradeurs qui sont rentables
La proportion des tradeurs qui sont réellement rentables est… en bleu !

Si on regarde à plus long terme, le taux de survie des day-traders est d’environ 40 % au bout de 12 mois. Mais il n’est plus que de 10 % au bout de 48 mois. Le trading est donc une jungle : bien peu de ceux qui s’y aventurent en sortent vivants (ou du moins, c’est leur portefeuille qui n’en sort pas vivant !).

Taux de survie des tradeurs au cours du temps

Le trading est donc une activité :

  • Qui permet à une petite minorité de personnes de générer des gains
  • Qu’il est très difficile de pratiquer sur le long terme

Ce que nous dit cette étude, c’est que finalement, le trading ne convient tout simplement pas à la grande majorité des gens.

L’AMF a également réalisé une étude sur les résultats en trading sur le Forex et CFD, en arrivant aux mêmes conclusions : environ 90% de perdants, cumulant 11 000 € de pertes en moyenne.

AMF – Étude des résultats des investisseurs particuliers sur le trading de CFD et de Forex en France

Mais alors, pourquoi est-ce qu’on entend autant parler de trading lorsque l’on s’intéresse à comment investir en bourse, alors que si peu de traders sont rentables ?

Le trading, ou comment travailler plus pour gagner moins

Une des raisons de la prévalence du trading dans le monde de la bourse se trouve dans notre éducation : pour réussir, on nous a dit qu’il fallait beaucoup travailler, et qu’il fallait travailler dur.

Et c’est vrai dans la plupart des domaines. Généralement, plus on travaille, plus on a de résultats.

Mais en ce qui concerne la bourse, c’est en fait l’inverse. Plus on agit, plus on diminue sa performance. La bourse est un monde contre-intuitif, en décalage avec nos repères habituels.

Dans un papier paru dans « The Journal of Finance », deux chercheurs ont suivi la performance de 70 000 tradeurs sur 5 ans. Le titre de leur étude ? « Le trading est dangereux pour votre santé financière ».

Ils ont mis en évidence que ceux qui ont le plus tradé avaient sous-performé l’ensemble du marché de 6,5 point par an, alors que les tradeurs n’ont en moyenne sous-performé le marché que de 1,5 points seulement (ce qui constitue déjà en soi une contre-performance).

Ces statistiques confirment l’avis des plus grands investisseurs, tel John Bogle :

À maintes reprises, des statistiques claires ont confirmé que plus les investisseurs négocient, plus leur rendement est inférieur au rendement du marché boursier.

John Bogle

Ceux qui pratiquent l’investissement actif (le trading, ou le stock picking) le payent donc au prix fort.

Un investisseur passif, qui se contente d’investir dans l’ensemble du marché (par exemple dans le CAC 40), est donc assuré d’obtenir une performance supérieure à la quasi-totalité des tradeurs. Et sans produire le moindre effort.

Ne vous ai-je pas dit que la bourse avait un fonctionnement contre-intuitif ? Plus d’efforts = moins de résultats.

Les résultats ne sont donc jamais proportionnels à la quantité de temps passé à faire des analyses, ni aux efforts fournis. C’est même le contraire la plupart du temps, et le trading génère souvent de la frustration (beaucoup d’efforts, peu de résultats).

Oui mais je connais une technique secrète !

Notre tendance à croire que plus, c’est mieux, n’est pas la seule raison qui explique l’attrait démesuré des investisseurs pour le trading.

Le trading a aussi un côté un peu mystique et divinatoire terriblement excitant : imaginez qu’il existe quelque part, une technique secrète connue par très peu de monde, et qui permet de trouver avec une forte probabilité les titres sur le point d’exploser. Génial ! Je veux la connaître !

On aimerait tellement être en possession d’une technique/méthode/botte secrète et presque magique, qu’on se convainc qu’elle existe vraiment, comme une sorte d’Eldorado.

Mais imaginez s’il existait une façon de deviner quel cheval gagnera la prochaine course hippique. Tout le monde miserait sur le même cheval, et sa cote s’effondrerait. Il deviendrait alors impossible de gagner de l’argent en pariant sur ce cheval.

De même pour la bourse, si un indicateur technique permettait de repérer avec une grande certitude les titres qui vont le plus progresser, beaucoup de spéculateurs finiraient par être au courant, et donc ces titres susciteraient déjà de l’intérêt en amont, et donc leur prix serait déjà ajusté à la hausse pour refléter leur potentiel de progression (potentiel qui serait donc déjà largement réduit).

La bourse est un marché dans lequel se rencontre des forces acheteuses et des forces vendeuses. Ce marché est rattaché à l’économie réelle, qui est influencée par tellement de facteurs différents que l’existence d’une technique gagnante qui soit réplicable par tout un chacun est tout simplement une illusion.

Le trading, un sport à handicap

Le trading n’est pas gratuit. Chaque ordre d’achat et de vente représente des frais prélevés par le courtier.

Faire du trading ou investir n'est pas gratuit
Extrait des tarifs de Binck sur Euronext

Imaginons un tradeur qui ne ferait que 10 opérations par semaine (soit seulement 2 par jour), et que chaque ordre lui coûte en moyenne 4€. Cela représente un montant annuel de 2 000€, rien que pour les frais d’ordre.

Par ailleurs, chaque plus-value réalisée sur un compte titres est imposée. L’addition finale peut donc très vite devenir salée. Certes, un PEA permet de limiter l’imposition, mais le choix des titres accessibles est bien plus restreint.

Pour rentabiliser son activité, un tradeur doit donc battre le marché net de frais et d’impôt. Sa performance brute doit donc être relativement supérieure à celle du marché, pour simplement pourvoir l’égaler en performance nette.

Faire du trading, c’est un peu comme démarrer une course avec un handicap, par exemple 1 kg attaché à chaque pied : on est obligé de faire plus d’efforts pour arriver suivre les autres (le marché), et on a donc relativement moins de chances de finir dans les premiers. (être rentable)

De son côté, un investisseur passif, n’a quasiment aucun frais d’ordre, ni d’imposition puisqu’il revend rarement ses positions. Il ne fait aucun effort, et puisqu’il ne s’est pas imposé de handicap, il aura de meilleurs résultats.

Un coût d’opportunité conséquent

Faire du trading, c’est s’exposer à un coût d’opportunité par rapport à l’investissement passif : ce coût d’opportunité peut se chiffrer en temps, et en argent.

Le coût d’opportunité en argent

Un tradeur fait statistiquement moins bien qu’un investisseur passif qui se contente de suivre le marché. On pourrait alors calculer le coût d’opportunité du trading de cette manière :

Coût d’opportunité = Performance du tradeur – performance du marché – frais – impôts.

Prenons par exemple un tradeur dont le portefeuille est de 50 000€. En 2019, le S&P 500 a progressé de quasiment 29%.

Performance 2019 du S&P 500
https://www.macrotrends.net/2324/sp-500-historical-chart-data

Si notre tradeur a obtenu une performance de +25%, qui paraît excellente à première vue, nous pouvons calculer sont coût d’opportunité par rapport à un investisseur passif :

  • Performance du trader : +25% sur 50 000€ = 12 500€ de gains
  • Performance du marché : +29% sur 50 000€ = 14 500€
  • Frais d’ordre : 2000€ (10 ordres/semaine de 4€ chacun)
  • Imposition (si on considère que notre tradeur a réalisé 50% de ses gains sur PEA, sans imposition, et 50% sur compte titre, imposition à 30%) : 30% de 6 250€ (50% des gains) = 1 875€

Ses gains réels sont de : 12 500 € (sa performance) – 2 000€ de frais – 1 875€ d’impôts = 8 625€.

Combien aurait obtenu un investisseur passif avec le même portefeuille (50 000€) ? Il aurait obtenu la performance du marché (+29%) en déduisant les frais de l’ETF (0,15%/an) qu’il utilise pour suivre le S&P 500. Il aurait eu des frais d’ordres très limités, et n’aurait pas été imposé (aucune revente dans son portefeuille) :

  • Performance de l’investisseur passif : +29% sur 50 000€ – frais d’ETF (0,15%/an, soit 75€) = 14 425€
  • Frais d’ordre : 48€ (1 ordre/mois de 4 €)
  • Imposition : aucune

La même année, l’investisseur passif aurait donc obtenu : 14 425€ – 48€ = 14 377€.

Le coût d’opportunité du tradeur par rapport à l’investisseur passif est donc de 5 752€.

Malgré sa belle performance de +25% et ses 12 500€ de gains apparents, notre trader a en réalité perdu, sans s’en rendre compte, 5 752€ par rapport à un investisseur passif qui suivrait le marché sans effort.

Bon, j’ai peut-être eu la main un peu lourde sur les frais (un tradeur peut probablement s’en tirer pour moins de 2000€ de frais annuels), et il n’a peut-être pas revendu toutes ses positions en fin d’année (donc l’imposition pourrait être un peu moins élevée).

Mais ça ne change rien à la conclusion : faire du trading génère un coût d’opportunité caché, qui existe même quand on pense avoir réalisé de bonnes performances.

Dès 1949, dans son livre « L’investisseur Intelligent », Benjamin Graham, l’un des investisseurs les plus célèbres du 20ème siècle, et qui fut le mentor de Warren Buffett, mettait déjà en garde les investisseurs contre le trading et la spéculation :

Si vous voulez spéculer, faites-le les yeux ouverts, en sachant que vous serez certainement perdants en fin de compte.

Benjamin Graham

Le coût d’opportunité en temps

Évoquons maintenant le coût d’opportunité en temps : faire du trading demande d’y passer du temps chaque jour.

Même en ne passant qu’une demi-heure par jour à trader, cela représente 120 heures à l’échelle d’une année. Et c’est sans compter le temps passer pour se former, ce qui peut prendre plusieurs mois au rythme de 5h/semaine.

Bien sûr, il y a différentes façons de faire du trading, qui seront plus ou moins consommatrices de temps. Mais elles seront toutes consommatrices de temps : ce temps que vous ne passerez ni avec votre famille, ni avec vos amis, ni à faire ce qui vous passionne.

Évidemment, si le trading est votre grande passion, là c’est différent, et le coût d’opportunité en temps n’existe alors pas pour vous !

La performance du marché comme point de référence

Pratiquer le trading revient à passer beaucoup de temps à faire moins bien que le marché, comme le montrent les études sur le sujet.

Si vous souhaitez malgré tout vous essayer au trading, et tenter de faire partie de la faible minorité qui obtient des résultats, rappelez-vous que le but du trading n’est pas d’être rentable en produisant une performance supérieure à zéro.

L’objectif du trading est de générer des gains supérieurs au marché. Pourquoi supérieurs ? Parce qu’on peut investir de manière totalement passive dans le marché grâce aux ETF, et obtenir ainsi le rendement moyen de tous les titres sans aucun effort. Si on veut faire des efforts (faire du trading), le but devient alors de faire mieux que le marché.

Objectif du trading - battre le marché
L’objectif du trading : battre le marché (ici le S&P 500) – Source : Tradingview

Si vos résultats en trading ne vous permettent pas de battre le marché, soit vous perdez votre temps (et votre argent), soit vous avez trouvé un passe-temps pour vous occuper.

Comment savoir si vous générez des gains supérieurs à ceux du marché ?

  • Si vous tradez sur le marché français et européen, le CAC 40 et le STOXX Europe 300 sont de bons points de référence pour évaluer votre performance.
  • Si vous tradez sur le marché américain, le S&P 500 pour les grosses sociétés ou le Russell 2000 pour les petites et moyennes capitalisations seront les indices de référence.

Comparer sa performance avec le marché est essentiel, car autrement toute performance peut induire en erreur : un tradeur peut afficher une performance de 20 % sur 4 mois, mais si les indices ont eux aussi progressé de 20 % sur ces 4 mois, la performance relative du tradeur est en fait nulle.

Dernier point à considérer : à moins de vivre dans un paradis fiscal (et je ne vais pas parler ici de moralité, chacun est libre de faire ce qu’il veut, tant que c’est autorisé), vous serez taxé sur les plus-values (en France, c’est 30%). Il faudra alors que vos gains soient suffisamment conséquents pour que vous fassiez toujours mieux que le marché après avoir été taxé sur vos plus-values.

Conclusion : faire du trading ou investir passivement ?

Cet article est bien sûr orienté en faveur de l’investissement passif (donc en défaveur du trading), car les chiffres et les arguments rationnels vont dans ce sens.

Cela n’empêche pourtant pas certains tradeurs de réaliser de belles performances, et de battre le marché parfois très largement. Mais les personnes qui en sont capables appartiennent à une espèce rare, et surtout : leurs performances ne peuvent pas être reproduite par tout un chacun.

Alors voici LA QUESTION À UN MILLION :

Pensez-vous pouvoir faire partie de la petite minorité de personnes capables de battre le marché en faisant du trading, au prix de votre temps et d’une rigueur constante ?

Si vous pensez que oui, allez-y ! Autrement, vous serez bien avisé d’opter pour l’investissement passif, en sachant que vous battrez sans efforts la quasi-totalité des tradeurs et des gestionnaires de fonds professionnels ! (plutôt sympa, non ?)

La réponse bien sûr, vous appartient. Mais gardez en tête les propos de Warren Buffett, l’investisseur actif qui recommande l’investissement… passif.

Je pense que 98 ou 99% des gens qui investissent devraient diversifier au maximum et non pas trader. Cela veut dire qu’ils doivent se tourner vers des fonds indexés à coûts faibles.

Warren Buffett

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