Nalo, Yomoni : L’impact des frais de la gestion pilotée

Nalo, Yomoni - L'impact des frais de la gestion pilotée

Les robo-advisors se sont construits une image assez novatrice et high tech de l’investissement. Mais pourtant, la question des frais de la gestion pilotée est rarement étudiée.

Ces fintechs proposent des portefeuilles souvent basés sur des fonds indiciels, ce qui est une bonne chose, avec des modèles d’allocation de portefeuille assez classiques : les allocations les plus risquées contiennent une forte proportion d’actions, tandis que l’on retrouve une proportion variable allouée aux fonds en euros ou aux obligations, dans les moins risquées.

Leur vrai apport se situe plutôt dans le fait de rendre l’investissement plus accessible pour une certaine catégorie d’investisseurs, avec la possibilité de :

  • Souscrire rapidement en ligne, en quelques minutes, sans toute la paperasse pénible.
  • Obtenir une allocation type en fonction de nos objectifs et profils de risque.
  • Profiter d’une interface élégante.

C’est donc un vrai gain de temps par rapport aux services de gestion pilotée ou sous mandat qui existaient avant. Mais il y a un point qu’il ne faut pas oublier : les frais de la gestion pilotée. C’est de cette manière que les fintechs de l’investissement se rémunèrent, en prélevant des frais annuels.

Prenons pour exemple les robo-advisors Nalo et Yomoni, que l’on retrouve souvent dans les comparatifs.

Nalo et Yomoni : la question des frais

Nalo indique que pour un portefeuille en unités de compte, les frais sont de 1,65% par an (pour la part en unités de compte), et correspondent à :

  • 0,55% de frais de gestion de l’assurance vie, ce qui équivaut aux frais des meilleures assurances vie en ligne.
  • 0,25% de frais liés aux ETF, ce qui est ici aussi dans la moyenne les ETF.
  • 0,85% de frais liés à la gestion pilotée, soit le prix du service facturé par Nalo.
Frais gestion pilotée robo-advisor
Structuration des frais chez Nalo

De son côté, Yomoni prélève des frais de 1,6% maximum, tout compris, sans donner de chiffres précis sur leur composition entre les frais de l’assurance vie, des ETF, et les frais spécifiques à Yomoni. Mais si on considère qu’une assurance vie coûte 0,6% par an et les ETF 0,25%/an, la part prélevée par Yomoni est proche de 0,75%, sachant que c’est une moyenne qui peut légèrement varier selon les profils de portefeuille.

En passant par Nalo ou Yomoni pour investir, vous paierez donc grosso modo 0,8% de frais annuels supplémentaires.

Avant de se demander quel peut être l’impact à long terme de 0,8% de frais annuels en plus, étudions la performance obtenue par ces deux fintechs.

La performance réelle des robo-advisors

Peut-être que vous pourriez vous dire : “En passant par un robo-advisor, j’aurai un portefeuille plus performant, donc ça vaut le coup de payer des frais en plus”. Et effectivement, cela peut valoir le coup de payer des frais en plus pour obtenir une meilleure performance. La question est de savoir si la performance que les fintechs permettent d’obtenir est vraiment meilleure que celle d’un investisseur individuel.

Les performances des différents profils de Nalo et Yomoni sont indiquées nettes de frais, il n’y a donc rien à retrancher.

La performance de Nalo

Concernant Nalo, les performances sont indiquées pour deux types de portefeuilles : le portefeuille standard, et le portefeuille éco-responsable.

Performance profils portefeuilles gestion pilotée
Performance des différents portefeuilles et profils de Nalo (certaines barres du portefeuille standard ne sont pas à la bonne hauteur)

Ce qui peut sembler curieux, c’est que le portefeuille éco-responsable s’est montré bien plus performant depuis trois ans, date depuis laquelle Nalo affiche ses performances.

Pourquoi le portefeuille éco-responsable est-il aussi performant ?

Pour trouver une explication à l’écart de performance entre les deux portefeuilles, j’ai regardé la composition du portefeuille éco-responsable, dans lequel on retrouve plusieurs ETF ISR ou ESG Trend Leaders, par zone géographique.

Composition portefeuille éco-responsable gestion pilotée ETF ISR Trend Leaders
Composition du portefeuille éco-responsable de Nalo

La performance de ces ETF est généralement assez proche de leur équivalent classique, car ce sont des ETF diversifiés dans différents secteurs. Leur présence ne peut donc pas suffire à expliquer le différentiel de performance.

Ensuite, on retrouve deux ETF thématiques : iShares Global Clean Energy et Lyxor World Water, qui correspondent aux secteurs des énergies propres et à celui du traitement de l’eau (je laisse de côté le Lyxor Green Bond, dont les obligations vertes ont jusqu’ici des performances similaires aux obligations classiques).

Composition portefeuille éco-responsable gestion pilotée ETF thématiques
Les ETF thématiques du portefeuille éco-responsable de Nalo

Si on regarde la performance de ces ETF sur les trois dernières années, le Lyxor World Water a eu une performance similaire au MSCI World, l’indice de référence des pays développés. Par contre, le iShares Clean Energy a littéralement explosé avec une performance de plus de 200% en trois ans.

Performance ETF iShares Global Clean Energy - ETF Lyxor World Water
Performance des ETF iShares Global Clean Energy et Lyxor World Water face au MSCI World

Je ne sais pas quelle est la proportion exacte de cet ETF dans le portefeuille éco-responsable, mais en tout cas il est certain que cela explique en partie pourquoi il a aussi bien performé.

Cela dit, il ne faut pas s’attendre à ce que de telles performances se maintiennent, et avant que vous ne vous jetiez avec avidité sur l’ETF iShares Clean Energy (ou sur le portefeuille éco-responsable), il suffit d’observer la performance de cet ETF depuis fin 2007 : non seulement elle est largement en dessous de celle du Lyxor Water et du MSCI World, mais en plus, elle est négative (une performance négative sur 13 ans quand même).

Performance long terme ETF iShares Global Clean Energy - ETF Lyxor World Water
Performance des ETF iShares Global Clean Energy et Lyxor World Water depuis fin 2007

Les données historiques nous montrent qu’il faut faire attention aux biais de performance lorsque la période considérée est trop courte : 3 ou 5 ans est une période beaucoup trop courte pour être représentative de quoi que ce soit lorsqu’il s’agit d’un ETF thématique. D’ailleurs, l’ETF Clean Energy d’iShares est en perte de -11% en 2021 (au moment où j’écris ces lignes), dans un marché en hausse de +25%.

Je suis donc curieux de voir quelle sera la performance du portefeuille éco-responsable de Nalo sur l’année 2021, même si dans le même temps, le Lyxor Water affiche une belle progression.

Performance du portefeuille standard de Nalo : allocation offensive

Si on observe le portefeuille standard de Nalo (dont la performance n’est pas biaisé par la présence d’ETF thématiques), on constate que le profil le plus performant est celui qui comporte 85% d’actions, et qui a obtenu une performance de 12,5% nette de frais entre 2018 et 2020.

Performance gestion pilotée avec 85% actions
Performance du portefeuille standard de Nalo avec 85% d’actions

Pour savoir si cette performance est appréciable, on va tout simplement la comparer avec un portefeuille type ultra-simple, composé par :

  • Le MSCI World, l’indice de référence pour les actions des pays développés, via l’ETF Lyxor MSCI World.
  • Des obligations gouvernementales à moyen terme, via l’ETF Lyxor Euro Government Bond 7-10Y.

On obtient ainsi un portefeuille type composé d’actions et d’obligations, ce qui est une manière très classique d’équilibrer un portefeuille, en le répartissant de la même manière que celui de Nalo : 85% d’actions, 15% d’obligations.

Performance ETF Lyxor MSCI World - Lyxor Euro Government Bond 7-10Y
Performance des ETF Lyxor MSCI World et Lyxor Euro Government Bond 7-10Y (2018-2020)

La performance du Lyxor MSCI World entre début 2018 et fin 2020 est de 32,72%, et celle de l’ETF Lyxor Euro Government Bond 7-10Y est de 12,25%.

Pour pouvoir comparer uniquement la performance nette de frais (mais sans frais de gestion pilotée pour notre portefeuille type), j’ai retiré chaque année 0,85% de performance aux deux ETF de notre portefeuille type, afin de voir la performance réelle qu’aurait obtenu le portefeuille type dans une assurance vie.

J’ai donc enlevé 0,6% au titre de l’assurance vie et 0,25% au titre des ETF. Si on retire chaque année 0,85% à ces deux ETF, on obtient une performance respective de 29,64% et de 9,52%.

Puis, si on mixe ces deux ETF dans notre portefeuille type, en allouant 85% pour le Lyxor MSCI World et 15% pour l’ETF obligataire, on obtient une performance de 26,62%.

Comparaison performance Nalo vs Portefeuille type 85% actions
Notre portefeuille type a largement battu celui de Nalo, avec un niveau de risque similaire.

La conclusion est sans appel : notre portefeuille type a très largement surperformé celui de Nalo, avec un niveau de risque similaire (85% d’actions chacun). Il ne faut donc pas penser qu’une Fintech ou un Robo-advisor aura forcément une performance supérieure à ce que vous pourriez pu faire tout seul. Et dans le cas présent, c’est même l’inverse : un investisseur individuel aurait pu facilement faire mieux que Nalo.

Sur cette même période, on pourrait aussi choisir d’autres ETF, comme le ACWI (All Country World Index) à la place de l’ETF World, ou encore un ETF obligataire mondial à la place de l’ETF obligataire européen, et on serait toujours devant Nalo en termes de performance.

Performance du portefeuille standard de Nalo : allocation défensive

Pour être complet, j’ai refait le même test avec une autre allocation de Nalo, plus conservatrice, avec 35% d’actions. Si on reprend la performance de Nalo, l’allocation à 35% a obtenu une performance de 11,3% sur la période 2018-2020.

Performance gestion pilotée avec 35% actions
Performance du portefeuille standard de Nalo avec 35% d’actions

La répartition de notre portefeuille type va donc évoluer, avec désormais 35% de Lyxor MSCI World et 65% de Lyxor Euro Government Bond 7-10Y pour les obligations. Avec cette allocation plus conservatrice, on obtient une performance de 16,56%, plus faible que la précédente, mais qui est toujours devant Nalo.

Comparaison performance Nalo vs Portefeuille type 35% actions
Que ce soit avec une allocation offensive ou conservatrice, notre portefeuille type bat toujours celui de Nalo

Modifier le niveau de risque du portefeuille en jouant sur l’allocation d’actifs, ne change pas la donne : Nalo reste derrière.

Il est donc maintenant possible de répondre à la question : “Est-ce que la gestion pilotée de Nalo permet d’obtenir des performances supérieures à ce qu’un investisseur pourrait mettre en place tout seul ?”

La réponse est NON.

Toutefois, on peut considérer qu’une période de 3 ans est trop courte pour tirer des conclusions définitives, mais l’historique de Nalo ne va malheureusement pas plus loin (le robo-advisor Yomoni, auquel on va s’intéresser, a une performance historique plus longue).

Néanmoins, on peut considérer qu’étant donné que Nalo fait de la gestion indicielle passive, c’est-à-dire qu’ils se contentent de coller à la performance du marché, et que c’est aussi ce que fait notre portefeuille type, avec une allocation qui n’a rien à envier à celle de Nalo (avec des frais de gestion en moins), on peut s’attendre à ce à qu’à long terme, notre portefeuille type continue de surpasser le portefeuille standard de Nalo.

La performance de Yomoni

Pour ne pas faire de jaloux, on va maintenant s’intéresser à la performance de Yomoni sur assurance-vie (Yomoni propose aussi un PEA et un compte-titres).

Ce dernier a un plus long historique de performance que Nalo, puisqu’il remonte à septembre 2015. Il a, de plus, le mérite d’être à jour, puisqu’il prend en compte les mois de l’année 2021 qui sont déjà écoulés (jusqu’à mi-octobre). On dispose donc d’une performance sur 6 ans pour Yomoni, contre 3 pour Nalo.

Performance de Yomoni : allocation offensive (Profil P10)

Le profil le plus performant chez Yomoni est le P10, avec 72,6% de performance sur 6 ans. Et si on regarde la composition des profils, on peut voir que le profil P10 ne comporte que des actions.

Composition profil 100% action gestion pilotée
Composition du profil P10 de Yomoni

Nous allons comparer la performance du P10 avec un portefeuille type ultra-simple, qui sera composé à 100% du MSCI World. Entre le 1er septembre 2015 et le 15 octobre 2021, le Lyxor MSCI World a progressé de 111,19%.

Performance de l’ETF Lyxor MSCI World (septembre 2015- octobre 2021)

Pour que la comparaison soit juste avec Yomoni (de même que pour Nalo), j’ai retranché 0,85% de frais annuels au titre des frais de l’assurance vie et des ETF, ce qui nous donne une performance nette de frais de 98,9% sur 6 ans, pour notre portefeuille type composé du MSCI World.

Comparaison performance Yomoni vs Portefeuille type 100% actions
Notre portefeuille type a largement battu celui de Yomoni, avec un niveau de risque similaire.

La conclusion est la même avec Yomoni que pour Nalo : en investissant simplement dans le MSCI World, on aurait largement surperformé le meilleur portefeuille de Yomoni, avec un écart de 30% dans la performance, ce qui n’est pas négligeable.

Performance de Yomoni : allocation défensive (Profil P4)

Refaisons le même test avec une allocation différente, plus défensive, pour voir si ça change la donne. Cette fois, on va prendre le profil P4 de Yomoni, qui comprend 30% d’actions.

Composition profil 30% action gestion pilotée robo-advisor
Composition du profil P4 de Yomoni

Ce profil a obtenu une performance de 25,9% entre 2015-2021.

Performance gestion pilotée avec 30% actions
Performance du profil P4 de Yomoni avec 30% d’actions

Nous allons comparer cette performance avec notre portefeuille fictif, en faisant évoluer son allocation : elle sera cette fois composée de 30% d’actions, représentées par le MSCI World, et de 70% d’obligations, avec le même ETF obligataire utilisé dans la comparaison avec Nalo : le Lyxor Euro Government Bond 7-10Y.

On connait déjà la performance du Lyxor MSCI World pour la période 2015-2021, qui est de 111,19%, et que l’on va mixer avec la performance de notre ETF obligataire, qui est quant à elle de 17,88%.

Performance des ETF Lyxor MSCI World et Lyxor Euro Government Bond 7-10Y (septembre 2015- octobre 2021)

On va toujours retrancher 0,85% de frais par an, pour que la comparaison puisse être objective avec Yomoni. Ce qui nous donne une performance de 13,17% nette de frais pour l’ETF obligataire.

En mixant les deux ETF avec une allocation de portefeuille de 30% en actions, on obtient une performance proche de 40% pour notre portefeuille type, qui est là encore relativement au-dessus de celle de Yomoni, qui plafonne à 26%.

Comparaison performance Yomoni vs Portefeuille type 30% actions
Que ce soit face au profil P10 ou P4, notre portefeuille type bat toujours celui de Yomoni

Résultat final : Nalo et Yomoni sont battus par un investisseur individuel avec un portefeuille type très simple

Quelle que soit l’allocation choisie, le constat reste le même : un investisseur individuel aurait pu battre nettement Nalo et Yomoni, sans effort.

Comment se fait-il qu’un investisseur individuel puisse battre Nalo et Yomoni avec autant de facilité ? La réponse ne tient pas uniquement aux frais de gestion supplémentaires qu’ils facturent au titre de la gestion pilotée (même si l’impact des frais est gigantesque à long terme, comme on va le voir).

Les raisons pouvant expliquer la sous-performance des robo-advisors

Pour moi il y a une deuxième raison, qui est l’utilisation des fonds en euros. L’allocation d’actifs des fintechs est en effet basée en partie sur des fonds en euros. C’est le cas pour la moitié des profils de Yomoni, et probablement aussi le cas chez Nalo.

Or, on sait très bien que les fonds en euros sont très peu performants, et qu’ils offrent une sécurité à un prix démesurément fort, puisqu’ils ne produisent presque aucun rendement. Ainsi, n’importe quel portefeuille qui comporte des fonds en euros verra sa performance pénalisée sur le long terme.

Les fonds en euros ne sont pas une vraie classe d’actif, ils ont été créés artificiellement pour les investisseurs français qui ont peur de la bourse. Pourtant, il y a d’autres façons de réduire la volatilité d’un portefeuille, qui sont plus efficaces qu’en passant par un fonds en euros : par exemple, avec des obligations gouvernementales. C’est ce qu’on a d’ailleurs fait avec notre portefeuille type.

J’ajouterai une troisième raison pouvant expliquer la sous-performance des portefeuilles des robo-advisors, qui est spécifique à Yomoni : les arbitrages tactiques sur son allocation, qui peut changer au fil du temps.

On peut le voir avec la composition de son profil P4, qui a évolué dans le temps. Le pourcentage de chaque actif utilisé évolue en fonction de ce que Yomoni pense être bon. Par exemple, en 2018, on peut voir que le P4 était composé jusqu’à 20% de matières premières, mais qu’elles ont disparu depuis 2020.

Arbitrages tactiques profil portefeuille robo-advisor
Évolution de la composition du profil P4 de Yomoni

Je ne sais pas sur quoi Yomoni se base pour faire évoluer ses profils, mais en tout cas cela s’apparente à de la gestion active, et les études montrent que la gestion active a tendance, dans la majorité des cas, à sous-performer le marché.

Les arbitrages tactiques peuvent donc nuire à la performance à long terme de Yomoni.

Je précise que cet article n’a pas pour but de décrédibiliser Nalo, Yomoni, ou les robo-advisors en général, ni de dire que la gestion pilotée ne sert à rien.

Simplement, il me semble important de montrer que les fintechs ne sont pas des services qui permettent de mieux investir, comme elles le prétendent : il ne faut pas se fier à leur discours marketing. Ce sont avant tout des services qui permettent de déléguer l’investissement.

La gestion pilotée : avantages et inconvénients

La gestion pilotée, telle qu’elle est proposée par les fintechs, offre des avantages indéniables :

  • Elle constitue une solution pour les personnes qui n’ont pas envie, ou pas le temps, de comprendre comment fonctionne l’investissement. Elle offre donc la possibilité d’investir facilement à une large part de la population.
  • Car investir en déléguant la gestion, malgré les frais de gestion en plus, est toujours mieux que de ne pas investir du tout.

Toutefois, à partir du moment où vous vous intéressez un minimum à l’investissement et à la manière de construire un portefeuille, vous pouvez faire au moins aussi bien, voir mieux, que les fintechs en termes de performance finale nette de frais, puisque vous n’aurez pas les frais de la gestion pilotée qui vous ralentissent.

L’impact des frais de la gestion pilotée à long terme

Si on revient à la question initiale, en début d’article, qui était : “Quel peut être l’impact à long terme de 0,80% de frais annuels en plus ?”, qui correspondent aux frais supplémentaires liés à la gestion pilotée, on prendra deux exemples concrets pour répondre à cette question.

Premier exemple : Investissement mensuel de 300 €

Imaginons un investisseur de 25 ans, qui va investir 300 € / mois pendant 40 ans dans un portefeuille fixe, en assurance vie, composé à 70% d’actions et à 30% d’obligations. Évidemment, dans la vraie vie, la somme que l’on va investir va évoluer avec le temps, en suivant notre niveau de vie, ainsi que l’allocation de notre portefeuille, pour s’adapter à l’évolution de notre aversion au risque, et de nos objectifs.

Mais pour ne pas compliquer inutilement les choses, on va considérer que la somme investie ne change jamais, et que le portefeuille reste le même, avec 70% d’actions. Cette allocation d’actifs, composée avec les deux ETF que l’on a déjà utilisé (le Lyxor MSCI World et le Lyxor Euro Government Bond 7-10Y), a généré un rendement annuel de 7,32% sur les 15 dernières années.

Partons du principe que les rendements resteront les mêmes sur les 40 prochaines années, et qu’ils seront identiques entre notre investisseur individuel et un portefeuille en gestion pilotée, qui servira de point de comparaison (même si on vient de voir qu’il était possible de faire mieux qu’une gestion pilotée).

Pour mesurer l’impact des frais, nous allons retrancher 0,85% de performance en guise des frais du portefeuille de notre investisseur individuel, et 1,65% pour le portefeuille en gestion pilotée.

Impact des frais de la gestion pilotée - investissement de 300 euros par mois
Impact de 0,80% de frais annuels en plus sur un investissement de 300 € / mois

Si ma calculette ne s’est pas trompée, on obtient un rendement net de frais de 6,47% pour l’investisseur individuel, et de 5,67% pour la gestion pilotée.

On peut voir que les premières années, payer 0,80% de frais en plus pour la gestion pilotée ne va pas changer grand-chose. Mais plus le temps passe, plus l’impact des frais se fait sentir. Il est toujours difficile de se projeter dans 20, 30 ou 40 ans, mais la réalité mathématique est incontestable. Plus longtemps vous investirez avec des frais supplémentaires, plus la part de votre capital qui va être rognée par ces mêmes frais sera importante.

Si au bout d’un an, la différence est presque imperceptible, d’ici 30 ans, c’est plus de 15% de votre capital qui pourra avoir été absorbé par les frais de la gestion pilotée, qui pourront même vous avoir coûté un quart de votre capital d’ici 40 ans.

On a souvent du mal à se représenter l’impact des frais sur le long terme. C’est lié au fait que notre cerveau pense de manière linéaire, et qu’il a du mal à se représenter l’effet cumulé à long terme.

L'effet cumulé d'une croissance à long terme
Notre cerveau est habitué à penser linéairement, et a du mal à se représenter un effet exponentiel

Les frais fonctionnent comme des intérêts composés négatifs. Ils se cumulent avec le temps, mais au lieu de vous profiter en faisant du temps votre allié, ils sont comme un fardeau qui devient de plus en plus lourd à porter.

Finalement, 0,80% de frais annuels en plus, c’est potentiellement 25% de capital en moins. Avouez que cela fait réfléchir !

Je vous laisse imaginer si vous souhaitez léguer ensuite votre capital à vos enfants, le gap va continuer de se creuser et ils subiront à leur tour l’impact des frais, peut-être même s’en jamais s’en rendre compte.

Et encore, dans cet exemple, les versements mensuels de 300 € vont atténuer l’impact négatif des frais, car on a une même somme d’argent qui va alimenter continuellement l’investissement.

Deuxième exemple : Investissement unique de 50 000 €

Si on prend un autre exemple : imaginons que vous receviez en héritage une somme de 50 000 €, que vous souhaitez faire travailler, sans faire de versements, parce que vous avez d’autres projets ailleurs, un crédit immobilier ou un autre compte d’investissement.

Nous gardons les mêmes paramètres que précédemment, si ce n’est qu’au lieu d’investir 300 € / mois en partant de zéro, vous laissez évoluer cette somme de 50 000 €, sans y toucher.

Impact des frais de la gestion pilotée - investissement unique de 50 000 euros
Impact de 0,80% de frais annuels en plus sur un investissement unique de 50 000 €

On se rend compte que lorsqu’on laisse travailler une somme sans aucun apport régulier supplémentaire, les intérêts composés (négatifs) vont avoir plus d’importance et peser plus lourd dans la balance, c’est-à-dire dans la part du capital qui va être rognée par les frais de la gestion pilotée.

Dans ce second exemple, en seulement 10 ans on est déjà proche de 10% de capital en moins. Et à plus long terme, c’est plus du tiers du capital qui pourra être rogné en 40 ans.

Imaginez, vous confiez la gestion de votre argent à un robot qui vous a pris 37% de votre capital tout au long de votre vie d’investisseur ! Bien sûr, il se gardera bien de vous dire que ses services vous auront couté 180 000 euros…

37% de capital rogné : ce n’est pas le Pac-Man qui mange le robo-advisor, c’est bien l’inverse !

Cela fait cher, simplement pour avoir défini une allocation de portefeuille que vous auriez pu faire vous-même en quelques heures, et qui ne vous aurait demandé que quelques minutes de gestion par an !

Gestion pilotée : la vraie question à se poser

C’est pour cette raison que je ne fais pas de comparatifs entre les robo-advisors. Car la première question n’est pas de savoir qui il faut choisir entre Nalo, Yomoni, ou d’autres, mais plutôt de savoir si vous allez investir vous-même, ou bien si vous allez déléguer vos investissements, en acceptant le prix à payer pour cela.

Car désormais, vous pouvez vous faire une idée précise du coût à ne pas passer quelques heures à vous former pour investir, et à laisser un programme s’en occuper pour vous.

J’espère que cet article vous a apporté quelques éléments de réflexion, en particulier si vous vous demandez si vous avez intérêt à déléguer vos investissements à un robo-advisor, ou pas.

2 commentaires sur “Nalo, Yomoni : L’impact des frais de la gestion pilotée

  1. Article intéressant. Qui confirme qu’il est souvent plus intéressant de faire les choses soi même. La question est de savoir si la délégation à un robot advisor vaut le surcoût de 1% par an?
    Si la personne à peur de paniquer cela peut valoir le coût à mon avis car elle perdra plus que 1% par an à cause de ses erreurs.
    Personnellement, j’ai pris un robot advisor et j’ai débuté d’un autre côté une gestion perso simple avec MSCI world.
    Dans les deux cas il y a présence de fonds euros qui la encore ont un inconvénient, l’assurance de faire pas moins de 0 qui se paie par une sous performance. Depuis le début 2021 lyxor euro bond gov 7-10yr est à -3, 7% au 01/11/2021.
    Dans ce cas là, les fonds euros rassurent même si je pense à terme aller vers des vrais obligations car sur la durée c’est mieux.

    Merci encore une fois pour cet article.

    1. En effet, si la personne revend tout à la prochaine baisse et à peur de faire des bêtises, il vaut mieux déléguer ou se faire aider. Dans ce cas, passer par un robot reste mieux que cramer tout son capital, même si ça se paye avec plus de frais et un portefeuille moins performant.
      Dans tous les cas, il reste important de bien définir son allocation d’actifs, de calibrer son risque en évaluant sa tolérance, pour obtenir un niveau de volatilité adéquat et non stressant.

      Pour chaque actif coté, y compris les obligations, on va trouver des phases de baisse ou stagnation, entre les phases de hausse. D’où l’intérêt de construire une allocation avec des classes d’actifs décorrélées, ou peu corrélées, et de rééquilibrer son portefeuille sur une base régulière.
      Dans cet exemple, les obligations ont baissé récemment, en 2021, mais cette baisse survient après une période de hausse significative en 2019 et 2020. Et dans le même temps, les actions ont fortement progressé cette année.

      Les fonds euros rassurent, car ils n’ont aucune volatilité, et comme tu l’as souligné, ils ne descendent pas en dessous de zéro. Mais comme ils ne constituent pas une vraie classe d’actifs, en cas de crise, ils vont toujours produire le même rendement, là où certaines obligations peuvent produire +10/+15%, comme en 2008. Les utiliser rend tout portefeuille d’investissement moins efficient, à la fois en termes de performance pure, mais aussi dans le jeu d’équilibre entre actifs.

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