Navigation à la voile et le triptyque du portefeuille d’investissement

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Quels sont les composants essentiels d’un portefeuille d’investissement ? Car investir, c’est bien, mais savoir quelles sont les classes d’actifs qu’il est nécessaire de détenir en portefeuille, c’est mieux.

Pourquoi ne pas faire de l’investissement 100% en actions, comme le préconise Warren Buffett ? Faut-il une part d’or ?

Un portefeuille équilibré, performant et solide doit comporter ces trois éléments: des actions, des obligations, et de l’or.

Voyons ensemble pourquoi.

Pour cela, nous allons faire appel à une analogie: la navigation maritime. Vous allez comprendre ce choix.

Supposons que vous souhaitiez prendre la mer. Sur un bateau, il y a également trois éléments qui sont indispensables: les voiles (imaginons que vous avez un voilier), la coque, et le gouvernail. S’il manque un de ces trois éléments, votre bateau va avoir un problème: vous ne pourrez pas vous en servir, et dans le pire des cas, vous finirez au fond de l’océan.

En quoi ces trois éléments sont-ils indispensables ?

Les voiles: les actions

Les voiles permettent d’attraper les puissants vents porteurs afin de faire avancer le bateau. De manière similaire, les actions permettent d’attraper les grands marchés haussiers. Il n’y a pas toujours de vent, comme il n’y a pas toujours de marché haussier. Et il y a parfois des vents contraires, comme il y a parfois des marchés baissiers.

Cependant, un bateau sans voile fera du surplace. Et un portefeuille sans actions fera à peu de choses près du surplace, peu importe l’état du marché.

Les actions donnent toute la puissance qui fera la vélocité d’un portefeuille. Votre bateau voguera à bonne vitesse grâce à ses voiles, et votre portefeuille sera performant grâce aux actions qu’il contient.

Bon, avoir des actions en portefeuille ne lève aucun mystère: chacun sait presque intuitivement qu’il faut en avoir, tout le monde s’accorde là-dessus. Il n’y a pas besoin d’argument supplémentaire. En revanche, les obligations et l’or sont plus souvent discutés.

La coque: les obligations

Sans une coque solide, un bateau ne naviguera pas bien longtemps: il risque de sombrer dès qu’il rencontrera une vague plus haute que les autres. Une coque solide résistera aux évènements marins imprévus que le bateau est susceptible de rencontrer. Elle assure une navigation sure, même en pleine tempête et avec des creux de 10m.

Les obligations sont la coque de votre portefeuille. Elles lui assurent de rester à flot, de ne pas sombrer lors des marchés baissiers ou pendant les grands crises économiques, financières ou géopolitiques.

Beaucoup d’investisseurs quittent les marchés avec de lourdes pertes (comme en 2008), l’esprit en colère contre « ce marché qui fait n’importe quoi ». Ils se promettent alors de ne plus jamais y revenir. Ceux-là sont sortis du jeu, définitivement. L’épave de leur portefeuille et leur esprit d’investisseur gisent au fond de l’océan.

Mais leur portefeuille avait-il une coque solide ? Ou bien espéraient-ils faire le Tour du Monde à la voile en solitaire sur un Optimist ? Autrement dit, avaient-ils équilibré leur portefeuille avec suffisamment d’obligations, ou bien pensaient-ils pouvoir battre le marché ?

Évidement, chaque règle à ses contre-exemples: Il y a par exemple les Warren Buffett et les Ray Dalio, qui surpassent le marché avec dans le cas du premier, aucune obligation en portefeuille.

Warren Buffett, c’est un peu le Michel Desjoyeaux de la finance. Warren Buffett a roulé sa bosse dans les trois océans de l’investissement, il a eu un maître parmi les maîtres (Benjamin Graham), et il a derrière lui plus de cinquante ans de pratique, une psychologie et un esprit d’analyse hors du commun.

Ray Dalio s’appuie (comme François Gabart) sur une équipe constituée de centaines de professionnels, travaillant depuis des années à temps plein à construire le nec le plus ultra du portefeuille d’investissement (ou du bateau de course).

Si vous ne couvrez pas votre risque avec des obligations, c’est un peu comme si vous voudriez vous lancez dans une traversée de l’Atlantique sur une planche de bois.

Alors certes, regarder des graphiques devant son ordinateur est moins impressionnant qu’être seul en haute mer sur une planche de bois, mais la bêtise est presque du même niveau. Car il y aura encore des tempêtes et des crises, mais aussi des requins et des investisseurs plus malins et mieux équipés que vous

Crédit photo: https://www.guide-plaisance-mobile.fr/photo-insolite-un-optimiste-qui-coule

Le gouvernail: l’or

Sans gouvernail, un bateau peut avancer, il peut aussi flotter, mais par contre il risque de ne jamais arriver à bon port, et de s’égarer sur sa route.

En naviguant, vous maintenez le gouvernail droit vers le port que vous souhaitez atteindre. Il vous sert à résister aux courants contraires qui pourraient vous emporter très loin de votre destination initiale.

En investissement, ces courants contraires sont ceux de l’inflation. L’or est le gouvernail qui permet à votre portefeuille d’investissement de ne pas se laisser emporter par l’inflation.

Historiquement, l’or grimpe en flèche dans les périodes d’inflation: ou plutôt, il reste au même niveau, car c’est la valeur des devises qui chute (d’où l’impression que l’or s’apprécie).

En cas d’inflation, l’or permet à votre portefeuille de conserver sa valeur, comme un gouvernail qui permet de maintenir le cap dans des courants violant.

Le gouvernail est également capital lors des grosses tempêtes. Il permet de positionner votre bateau afin d’affronter les vagues de face, pour éviter de se faire retourner.

Les grandes crises sont comme des tempêtes pendant lesquelles les investisseurs perdent confiance dans le système financier et/ou dans la valeur des actions. Beaucoup se tournent vers l’or qui devient la valeur refuge: si la monnaie devait disparaître, l’or aurait toujours une valeur d’échange.

En conséquence, lors des crises, l’or évolue de manière inverse par rapport au marché et s’apprécie, ce qui permet de compenser mécaniquement la chute des actions.

L’or est votre gouvernail pendant les tempêtes. Si vous avez de l’or, vous affronterez les plus grandes crises sans avoir à frémir. Les gros chocs de volatilité, ces creux de 10m, ne vous submergeront pas.

Triptyque actions obligations or
Crédit photo: https://www.freepng.fr/

La synergie

Ces trois éléments sont interdépendants: ils s’équilibrent mutuellement, et mieux encore: leur synergie produit un meilleur résultat que pris séparément.

Un bateau complet voguera bien mieux qu’une coque seule, que des voiles sur une planche de bois ou qu’un gouvernail sans les voiles (oui, dit comme cela ça parait évident…). De même un portefeuille d’investissement composé des trois éléments sera plus solide et plus performant.

Sur la période 2000-2018, on constate qu’un portefeuille équilibré « Toute Saison » comportant des actions, des obligations et de l’or offre un meilleur rendement que ces trois actifs pris séparément. Le portefeuille équilibré offre également une meilleure stabilité avec volatilité réduite (mesurée par l’écart-type) et le recul maximum le plus bas.

Période 2000-2018RendementÉcart-typeRecul maximum
Actions5,15%14,94%-50,89%
Obligations6,32%8,96%-13,41
Or/Matières premières5,81%15,95-45,94%
Portefeuille équilibré6,89%6,58%-12,66%

J’espère que cette petite balade en mer aura vivifié votre esprit d’investisseur, et qu’elle vous aura donné les éléments pour affronter le prochain coup de tabac avec la sérénité d’un vieux loup de mer.

La question que vous devriez vous poser maintenant est: quelle proportion de ces trois éléments (actions, or, obligations) dois-je avoir dans mon portefeuille ? Il n’y a en fait pas de réponse toute faite à cette question.

Faire varier les proportions de ces éléments aura un impact sur le rendement et la volatilité d’un portefeuille.

Notre psychologie et notre personnalité face au risque, comme nos objectifs personnels et le stade auquel nous sommes rendu dans la vie sont autant de choses à considérer pour définir la proportion de chaque actif. Le but est de trouver l’équilibre qui vous conviendrait le mieux, en fonction du rendement souhaité et de la volatilité tolérée.

Il existe beaucoup modèles de portefeuilles, parfois très différents les uns des autres (avec plus ou moins d’obligations, avec ou sans or, avec de l’immobilier, ou différentes sous-classes d’actifs). L’étude du comportement historique de ces portefeuilles et leurs différences en termes de résultats serait particulièrement éclairante.

Je développerai ce sujet en détail dans un prochain article. 🙂

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2 commentaires sur “Navigation à la voile et le triptyque du portefeuille d’investissement

  1. Je n’ai que des actions dans mon porte-feuilles. Pour un investisseur long terme, qui profiterait des marchés baissiers pour acheter des actions de qualité, est-ce vraiment utile de regarder du côté des obligations ? Cela limiterait la volatilité du porte-feuille mais j’ai des doutes sur le fait que la rentabilité serait meilleure. Je te remercie pour ta réponse !

    1. C’est une très bonne question.
      Le marché chute de temps en temps de 50%, c’est déjà arrivé deux fois dans les années 2000, et ça arrivera à nouveau un jour ou l’autre.

      Dans l’absolu, si tu te sens capable de voir ton portefeuille perdre la moitié de sa valeur (lors des crises, même les actions de qualité chutent) sans être tenté de revendre, alors oui: avoir un portefeuille 100% en actions sera probablement plus rentable sur le long terme. Je dis probablement car un portefeuille composé d’actions sélectionnées manuellement aura encore plus de volatilité qu’un portefeuille constitué d’un large indice d’actions.

      Cela dit, depuis 2000 les obligations ont un rendement supérieur aux actions, du fait des deux crises de 2000-2002 et 2008.
      On peut le voir sur ce graphique avec les actions en rouge et les obligations en bleu.

      Actions vs Obligations

      Il faut voir à plus long terme encore pour être sûr à 100% que les actions auront un meilleur rendement que les obligations.

      Maintenant, les flux de capitaux entrant et sortant des fonds de placement montrent que la grande majorité des investisseurs est soumis à la psychologie des foules, qui les fait acheter haut et vendre bas. Ce phénomène est amplifié par la panique propagée par les médias.

      Donc pour la grand majorité des investisseurs long terme qui investissent passivement sur le marché, oui, détenir des obligations en portefeuille est indispensable à mon sens.

      Cela n’empêche pas qu’un portefeuille 100% actions puisse avoir un rendement supérieur à un portefeuille équilibré sur les 10 prochaines années. C’est ce qui se passera si les années 2020 sont aussi fastes pour les actions que les années 2010 l’ont été jusqu’à présent. Mais ça on n’en sais rien, ça peut aussi être comme entre 2000 et 2012 où les actions ont fait du surplace pendant plus de 10 ans (la décennie perdue). Un portefeuille équilibré protège contre cette incertitude. Il ne cherche pas à générer le meilleur rendement possible, mais un rendement optimal accompagné d’une volatilité réduite.

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