Pourquoi faut-il investir dans l’or ?

Pourquoi faut-il investir dans l'or

C’est une question qui revient souvent chez les investisseurs : Faut-il investir dans l’or ? Quelle est son utilité dans un portefeuille ?

L’or, c’est ce métal jaune à qui tout le monde accorde instinctivement une grande valeur. Parfois plus qu’aux pièces et billets.

Dans l’histoire de l’humanité, de nombreuses civilisations ont cherché à accumuler de l’or, qui était à la fois un signe de puissance, et une monnaie d’échange.

Mais qu’en est-il pour les investisseurs aujourd’hui ? Est-ce intéressant d’investir dans l’or, et que peut-on en attendre ?

Il faut admettre que les investisseurs sont loin d’être d’accord sur la place à accorder à l’or au sein d’un portefeuille d’investissement.

Certains le considèrent comme un actif indispensable à détenir, d’autres pensent qu’il n’a pas vraiment d’utilité.

Analysons les arguments des détracteurs de l’or, avant de les mettre en perspective face au comportement historique de l’or.

Quels sont les arguments en défaveur de l’or ?

Listons les arguments des investisseurs qui pensent que détenir de l’or est inutile (la liste n’est pas exhaustive, mais contient les arguments qui reviennent le plus souvent) :

  • L’or ne progresse plus depuis de nombreuses années, la bulle sur l’or est passée
  • L’or est un actif spéculatif, au même titre que les actions technologiques
  • L’or ne ne produit pas de richesse, et ne génère pas d’intérêts
  • L’or produit de mauvais rendements à long terme

Essayons maintenant de les analyser.

L’or ne progresse plus

Début 2020, le prix de l’or en euros est à peu près identique à ce qu’il était en 2011-2012 (une once d’or = 1 400 €).

Si on regarde le prix de l’or en dollar, c’est pire, puisque l’or a chuté de 20% par rapport à 2011-2012 (une once d’or = 1 600 $).

Cependant, sur cette période, le dollar s’est apprécié de manière non négligeable par rapport à l’euro. Il est donc normal que l’or en dollar ait souffert par rapport à l’or en euros.

Si l’on regarde les 10 dernières années, l’or n’est donc pas un actif intéressant. En fait, l’or évolue selon des cycles longs. Il faut donc prendre plus de recul pour comprendre son évolution :

  • 1972-1980 : Hausse de 1254% !
  • 1981-2001 : Baisse de 53%
  • 2002-2011 : Hausse de 447%
  • 2012-2020 : Baisse de 2%
Evolution du prix de l'or en cycles longs
Evolution du prix de l’once d’or en dollars depuis 1970 (source : macrotrends.net)

On peut remarquer que les cycles durent entre 10 et 20 ans en moyenne (par comparaison, les cycles haussiers des actions durent entre 3 et 5 ans). De plus, les hausses sont largement supérieures aux baisses.

Alors oui, l’or ne progresse plus depuis une dizaine d’années… Mais il est probable qu’un nouveau cycle haussier soit à venir (et il a peut-être déjà commencé).

L’or est un actif spéculatif

Les matières premières et les métaux précieux sont des objets de spéculation, car ils ne produisent aucune richesse. Leur évolution dépend donc uniquement de leur demande.

Cependant, l’or n’est pas une matière première comme une autre. C’est LA matière première, LE métal précieux par excellence, LA monnaie d’échange historique.

Il est vrai qu’investir dans l’or revient à faire un pari sur sa valeur future. Mais la quantité d’or sur terre est limitée, et les pays comme les banques centrales entretiennent des stocks d’or particulièrement importants, qui leur servent de couverture.

Aucune autre ressource n’occupe une telle place dans le système économico-financier mondial.

Alors oui, investir dans l’or reste un pari, mais dans ce cas précis, c’est un pari maîtrisé, car il y a peu de chances que l’or soit abandonné. Sa valeur est inscrite dans l’esprit des gens et des institutions depuis trop longtemps.

Par ailleurs, il est aujourd’hui très facile d’investir dans l’or : il suffit d’une simple connexion internet. L’or n’était pas aussi accessible 50 ans en arrière, et encore moins il y a 100 ou 200 ans.

Pour cette raison, tirer des conclusions à partir de graphiques d’évolution de l’or sur plusieurs siècles est peu pertinent.

Cette facilité d’accès inégalée dans l’histoire de l’humanité ne peut que renforcer son rôle et sa valeur auprès des particuliers.

L’or ne produit pas d’intérêts

L’or ne vaut que la valeur qu’on est prêt à lui accorder, et il ne produit rien. Il ne permet donc pas de toucher des intérêts, contrairement aux actions (dividendes sur les bénéfices) ou aux obligations (coupons sur le prêt).

Le rôle des dividendes est prépondérant dans l’appréciation des actions à long terme. Le fait que l’or en soit privé n’est pas un avantage, et il est clair qu’investir dans des actions est plus rémunérateur à long terme.

On peut cependant voir les choses de manière inverse, et constater que l’or a augmenté de 7,6%/an en moyenne sur les 50 dernières années, grâce à la seule appréciation de sa valeur (et sans être aidé par des intérêts réinvestis années après années).

L’or produirait de mauvais rendements à long terme

10 000 $ investis dans des actions en 1972 auraient rapporté 1,175 M$ en 2020, contre 0,341 M$ pour les mêmes 10 000 $ investis dans l’or. Soit près de 3,5 fois plus. Et plus on remonte dans le temps, plus l’écart est grand.

Si l’on regarde à plus long terme, l’or est beaucoup moins performant, puisqu’il n’a progressé que de 0,7%/an en deux siècles.

Investir dans l'or, une faible performance historique
Sources : Stocks for the Long Run, de Jeremy Siegel

Les détracteurs de l’or aiment bien citer le graphique précédent. Mais le monde a beaucoup changé depuis 1802. Nous l’avons déjà abordé avec le fait que l’or soit aujourd’hui très accessible.

Mais ce n’est pas tout : il y a aussi eu un changement majeur dans le système économique mondial, il y a 50 ans.

L’ancien système de l’étalon-or (dans lequel toute émission de monnaie était garantie par une certaine quantité d’or, ce qui permettait de maîtriser l’inflation en limitant toute dévaluation monétaire), puis la convertibilité du dollar en or, ont été définitivement abandonnés en 1971.

Depuis, les taux de changes fluctuent, et les États peuvent dévaluer volontairement leur monnaie pour gagner en compétitivité, ou émettre de la monnaie pour se désendetter. Ce type d’actions a bien sûr un effet sur l’inflation.

Si la valeur des devises en général, et du dollar en particulier, n’est plus garantie par un stock d’or, le métal jaune redevient l’actif refuge par excellence en cas d’inflation/dévaluation.

Lorsque l’on observe l’évolution historique de l’or, il y a clairement un avant et un après 1971 : 0,7%/an depuis 200 ans, mais 7,6%/an sur les 50 dernières années.

A partir de 1971, il devient intéressant d'investir dans l'or
Evolution du prix de l’once d’or en dollars sur 100 ans (source : macrotrends.net)

Les années 70, qui ont vu l’abandon de la convertibilité du dollar en or, ont connu une forte inflation : les devises ont perdu beaucoup de leur valeur face à l’or (ce qui revient à dire que le prix de l’or s’est envolé).

Cela dit, il est évident que l’or n’est pas l’actif le plus performant d’un portefeuille sur le long terme (les actions sont historiquement plus performantes).

Mais le rôle de l’or n’est pas là. Tirer des conclusions en observant son comportement historique comme un actif isolé, n’a de sens que si l’on ne souhaite investir QUE dans l’or. Ce qui n’est pas vraiment une bonne idée.

Quelle est donc l’utilité réelle de l’or pour un investisseur ?

Performance inférieure aux actions, pas de dividendes, baisse ou stagnation possible pendant plus de 10 ans : l’or n’est pas forcément séduisant à première vue.

Alors en quoi l’or peut-il être un actif intéressant ?

Les arguments précédents, qui vont contre l’or, sont réels, mais ils ne remettent pas en cause la place de l’or dans un portefeuille. Voyons pourquoi.

L’or est particulièrement intéressant en tant que composante d’un portefeuille d’investissement, ajouté aux actions et aux obligations.

Ce n’est pas pour rien si les deux portefeuilles diversifiés les plus connus (et les plus stables) comportent de l’or :

  • Le portefeuille Permanent d’Harry Browne comporte 25% d’or
  • Le portefeuille All Weather de Ray Dalio comporte 7,5% d’or
les portefeuilles Permanent et All Weather comportent de l'or

Ray Dalio, tout comme Harry Browne, n’ont pas inclus de l’or dans leur portefeuille type uniquement par hasard.

Si leur portefeuille idéal comporte de l’or, c’est parce qu’il y a de nombreux avantages à en intégrer.

Un bon outil de diversification

L’or est en premier lieu un excellent outil de diversification. La principale façon d’accroître la stabilité d’un portefeuille, et de lisser son évolution, est de le diversifier en ajoutant des classes d’actifs non corrélées.

Les actifs sont corrélés lorsqu’ils réagissent de la même manière (ils montent et baissent en même temps).

L’intérêt d’investir dans des actifs décorrélés est de toujours avoir une partie de son portefeuille en hausse, quelle soit la situation.

Cette stratégie de diversification a pour origine les travaux sur la théorie moderne des portefeuilles d’Harry Markowitz (qui lui ont valu un prix Nobel).

En incorporant des actions, des obligations, des liquidités et de l’or, Harry Browne s’est basé sur les recherches de Markowitz pour construire son portefeuille permanent.

En effet, ces différentes classes d’actifs ne sont pas corrélées entre elles.

L’or, qui nous intéresse ans le cas présent, a un indice de corrélation de :

  • 0,01 avec les actions américaines
  • 0,06 avec les obligations d’état
  • -0,02 avec les liquidités

Un indice proche de 1 correspond à une très forte corrélation, tandis qu’un indice de 0 correspond à une absence de corrélation. Une valeur négative correspond à une corrélation inverse.

L’or n’est donc corrélé, ni aux actions, ni aux obligations, ni aux liquidités. Son intérêt est donc très fort en termes de diversification.

L’or, protecteur en période de crise ?

Certains pourront objecter que face aux crises économiques et boursières, l’or n’est pas si protecteur que cela.

C’est en partie vrai, à première vue. En fait, l’or ne réagit pas systématiquement à la baisse des actions.

Si l’on observe son évolution lors des deux dernières grandes crises :

  • Il a perdu 12% pendant l’explosion de la bulle internet (2000-2002)
  • Il a chuté de 26% pendant la crise financière (2007-2009)

On ne peut donc pas dire que l’or permette d’équilibrer un portefeuille à court terme, lors des phases de crises. Ce rôle là est d’ailleurs très bien rempli par les obligations. gouvernementales.

L’or évolue selon des cycles différents, un peu plus longs (10 à 15 ans, voir le premier graphique) que les actions et les obligations (3 à 5 ans).

Il est donc plus judicieux d’observer l’or avec plus de recul, à l’échelle d’une décennie.

Et lorsque l’on parle de crise, quelle est la décennie la plus frappante depuis l’après-guerre ? La décennie 2000-2009, qui a connu deux crises majeures.

Lors de cette décennie, le S&P 500 (le principal indice d’actions américain) a progressé en moyenne de -1,03%/an. Exactement, les actions ont chuté pendant une décennie entière !

C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il est important d’équilibrer et de diversifier votre portefeuille. Sauf si vous êtes capable d’accepter de rester en perte pendant 10 ans ! (Mais cela fait quand même un peu long, non ?).

Pendant que les actions perdaient un peu plus de 1%/an, l’or a progressé de 13,91%/an sur la période 2000-2009. De quoi équilibrer un portefeuille et contrebalancer la baisse des actions !

Rendement annuel moyen des classes d’actifs :

InflationActionsObligationsOr
2000-20092,58%-1,03%7,42%13,91%

Lorsque les marchés sont fortement secoués sur une période prolongée, les investisseurs commencent à douter que les actions puissent un jour repartir à la hausse.

Ils ne sont plus seulement dans une panique à court terme, mais aussi dans le doute à plus long terme. Ils commencent à perdre confiance dans l’ensemble du système financier et dans la capacité de l’économie à produire des richesses.

On commence à parler de crise systémique. Lorsque les investisseurs perdent confiance dans à peu près tous les actifs, vers quoi se tournent-ils ?

Les investisseurs se tournent alors vers l’or, principale valeur refuge, et qui réagit très positivement à ce type d’environnement.

Face aux dépréciations monétaires, l’or ne perd pas sa valeur

Depuis que les devises ne sont plus adossées à l’or, elles fluctuent les unes par rapport aux autres, et peuvent subir des dévaluations.

Historiquement, toutes les grandes devises ont déjà subi des dépréciations ou des dévaluations : le Dollar, le Mark, le Franc…

Si une forte dépréciation du dollar, de l’Euro ou du Franc suisse apparaît peu probable aujourd’hui, ce risque n’est pas de zéro.

C’est arrivé dans certains pays moins forts économiquement comme l’Argentine, qui a vu la valeur du peso argentin être divisée par 20 face à l’euro en une quinzaine d’année.

Dépréciation du Peso argentin face à l'Euro

Face à ce type de risque, l’or peut être salvateur.

Investir dans l’or pour résister à l’inflation

Historiquement, l’or réagit très bien à l’inflation.

Dans les années 70, qui ont connu une forte inflation, la valeur nette d’inflation des actions et des obligations a chuté.

Contrairement à ces deux classes d’actifs, l’or a connu une évolution bien supérieure à l’inflation.

Rendement annuel moyen des classes d’actifs :

InflationActionsObligationsOr
1972-19798,11%4,55%3,92%36,08%

Aujourd’hui, l’inflation est relativement faible (entre 0 et 2%/an), mais l’or pourra constituer une bonne protection en cas de retour d’une période inflationniste.

Quelle place pour l’or dans un portefeuille ?

Malgré ces nombreux avantages, l’or ne devrait pas figurer en première position dans un portefeuille, ni même dans des proportions trop importantes.

Le portefeuille d’Harry Browne accorde la même importance à l’or qu’aux actions et aux obligations (25% du portefeuille chacun). C’est, à mon sens, peu logique, car ces trois actifs n’ont ni le même rôle, ni les mêmes rendements, ni la même volatilité, ni le même comportement historique.

Cependant, il faut reconnaître que le portefeuille d’Harry Browne, avec ses 25% d’or, est historiquement très stable, et deux fois moins volatil qu’un portefeuille constitué à 100% d’actions.

Cette stabilité ne se fait pas au détriment de la performance, qui reste très correcte : 8,4%/an depuis 50 ans. Cela montre qu’un portefeuille constitué d’or (même en quantité importante) peut afficher un bon rendement.

Quant à lui, le portefeuille All Weather de Ray Dalio tient compte des caractéristiques des différents actifs (rendement, corrélation, volatilité) pour définir une répartition plus fine en portefeuille. La place accordée à l’or est alors beaucoup plus petite (7,5% du portefeuille).

En conclusion, à la question : « Faut-il détenir une part d’or en portefeuille ? », la réponse qui me plait être la plus logique est la suivante : « Oui, car l’or a son utilité ! ».

L’or reste cependant un actif assez volatil. De plus, ce sont les actions qui génèrent, en premier, le plus gros de la performance d’un portefeuille.

Ainsi, une proportion d’or modérée, située entre 5% et 15% de votre portefeuille devrait probablement être suffisante.

Avez-vous de l’or en portefeuille ? Si non, comptez-vous désormais en acheter ?

Si cet article vous a convaincu d’accorder une certaine place à l’or dans votre portefeuille, vous pourriez être intéressé par la vidéo suivante, qui vous montre comment investir dans l’or avec des ETF (j’y dévoile ma sélection d’ETF pour investir dans l’or).

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