La Psychologie de l’Argent

La Psychologie de l'Argent - Leçons intemporelles sur la richesse, l'avidité et le bonheur

La Psychologie de l’Argent – Leçons intemporelles sur la richesse, l’avidité et le bonheur. De Morgan Housel, 2020.

Titre original : The Psychology of Money – Timeless lessons on wealth, greed an happiness.

Introduction : Le plus grand spectacle du monde

Bien gérer son argent a peu de choses à voir avec votre intelligence mais beaucoup avec la manière dont vous vous comportez. Et le comportement est difficile à enseigner, même aux gens très intelligents.

Ronald James Read était un modeste mécanicien auto et concierge dans une petite ville. Il est mort en 2014, à l’âge de 92 ans. N’ayant jamais hérité ni gagné au loto, sa valeur nette à son décès était pourtant de 8 millions de dollars. Il en légua la majorité à un hôpital et une bibliothèque.

Comment a-t-il pu accumuler autant d’argent ? Il n’y a pourtant aucun secret. Read a simplement vécu modestement en économisant ce qu’il pouvait pour l’investir dans des blue chips (des actions de grandes sociétés bien établies).

Richard Fuscone est un ancien directeur général chez Merrill Lynch, qui a pris sa retraite dans sa quarantaine après une brillante carrière. Il était l’opposé de Ronald Read : il s’endetta massivement pour agrandir une maison hors de prix, mais ses dettes et des actifs illiquides le conduisirent à faire faillite suite à la crise de 2008. Ses biens furent saisis puis vendu au quart de leur valeur.

Les connaissances sont moins importantes que la manière dont vous agissez. La psychologie de l’argent est une « soft skill ». On considère souvent les finances personnelles et l’investissement comme des mathématiques simples : « mettez de côté 6 mois de salaire puis épargnez 10% de votre salaire pour l’investir ».

Ces choses sont utiles, mais que se passe-t-il dans votre tête lorsque vous les mettez en place ? En ce qui concerne l’argent, les soft skills sont plus utiles que la technique.

Étudier la finance ne nous rend pas meilleur pour gérer notre argent. Il s’agit plus de psychologie et d’émotions que de lois physiques.

La physique n’est pas controversée. Elle est guidée par des lois. La finance est différente. Elle est guidée par le comportement des gens.

En 2018, j’ai écrit un rapport intitulé « La Psychologie de l’Argent », qui souligne les 20 principaux biais, failles et mauvais comportements des gens en ce qui concerne l’argent.

Ce livre va plus loin, avec 20 courts chapitres qui abordent les différents aspects de la psychologie de l’argent, mais qui peuvent être lus séparément.

1. Personne n’est fou

Votre expérience personnelle avec l’argent représente peut-être 0,00000001 % de ce qui s’est passé dans le monde, mais peut-être 80 % de la façon dont vous pensez que le monde fonctionne.

Selon notre époque, là où nous vivons et qui sont nos parents, nous expérimentons tous le monde de l’argent différemment.

Nous avons donc des opinions différentes sur la manière d’investir notre argent, sur la notion de risque, etc. Nous pouvons apprendre de l’histoire, mais nous ne pouvons pas expérimenter la peur et l’incertitude de certaines époques.

Certaines leçons doivent être vécues avant de pouvoir être comprises.

Michael Batnick

En 2006, des chercheurs ont mis en évidence que la façon dont nous agissons et investissons est directement liée à notre histoire personnelle et non à notre intelligence. Car c’est lorsque que nous sommes jeunes que nous développons notre vision du monde.

Par exemple, si vous êtes né en 1970, vous avez vu la valeur du S&P 500 ajustée à l’inflation être multipliée par dix en 20 ans. Mais si vous êtes né en 1950, vous avez vu les actions ne rien donner en 20 ans. Vous avez donc une opinion très différente du marché.

Même chose avec l’inflation, selon que vous soyez né en 1960 (vous avez très bien connu l’inflation) ou en 1990 (l’inflation est pour vous une inconnue).

C’est pourquoi nous avons tous une vision différente des choses, selon notre vécu.

Chaque décision que les gens prennent avec l’argent est justifiée en prenant les informations dont ils disposent à ce moment-là et en les insérant dans leur modèle mental unique sur la façon dont le monde fonctionne.

L’argent reste globalement un sujet nouveau : par exemple, le concept de retraite existe depuis deux générations seulement. Avant ça, la plupart des gens travaillaient jusqu’à la mort.

Ainsi, les plans 401(k) (aux États-Unis), permettant d’investir pour la retraite, n’existent que depuis 1978. Investir pour la retraite est donc quelque chose de relativement nouveau : il y a peu à apprendre des décennies passées. De même, les fonds indiciels n’ont pris leur essor que depuis 25 ans (et depuis 10 ans seulement en Europe).

Nous faisons donc des choses folles avec l’argent, tout simplement parce que le système financier moderne est nouveau pour nous, et parce qu’il s’agit d’un sujet particulièrement influencé par nos émotions.

2. Chance et risque

Rien n’est aussi bon ou aussi mauvais qu’il n’y paraît.

Nos résultats ne sont pas uniquement le fruit de nos efforts. La chance et le risque ont aussi leur part.

Bill Gates et son camarade Paul Allen ont été élèves dans l’une des seules écoles au monde à disposer d’un ordinateur en 1968 : Lakeside, dans la région de Seattle.

Les deux élèves se sont alors pris de passion pour les ordinateurs. Gates reconnaît aujourd’hui volontiers que s’il n’avait pas été dans cette école, Microsoft n’existerait peut-être pas.

En réalité, ils étaient trois : leur ami Kent Evans était aussi passionné qu’eux. Il était même meilleur à l’école. Peut-être que Kent Evans aurait aussi été l’un des fondateurs de Microsoft, s’il n’était pas mort dans un accident en montagne.

Bill avait probablement aussi peu de chance de trouver un ordinateur à l’école que Kent de se tuer en montagne.

La chance et le risque expriment le fait que tout résultat dans la vie est guidé par des forces autres que l’effort individuel.

Si nous vivons un échec, est-ce uniquement lié à une erreur, ou y a-t-il une part de risque qui s’est matérialisé, par malchance ? La chance et le risque sont difficiles à quantifier.

Souvent, nous préférons attribuer les échecs des autres à des erreurs, et les nôtres au risque. Les magazines célèbreront les entrepreneurs aux décisions hasardeuses mais finalement chanceux, mais jamais ceux qui ont pris de bonnes décisions mais qui ont joué de malchance.

Nous cherchons à reproduire le succès, mais sans pouvoir distinguer les actions reproductibles menant au succès du rôle aléatoire de la chance et du risque.

Cornelius Vanderbilt était un entrepreneur du rail prospère. Seulement, les lois d’alors n’étaient pas accommodantes avec les chemins de fer. Vanderbilt a choisi d’ignorer la loi, et a connu beaucoup de succès.

Sa compagnie aurait-elle pu être démantelée avant de réussir ? Certainement. Rockefeller était également connu pour contourner et ruser la loi. Pour eux, la limite entre « le génie qui réussit » et « le criminel qui échoue » est assez mince.

Benjamin Graham, père fondateur de l’investissement par la valeur et mentor de Warren Buffett, a reconnu que son succès était dû en grande partie au non-respect de sa règle d’or, la diversification, alors qu’il détenait une large portion d’actions GEICO.

La frontière entre « l’audace inspirante » et « l’imprudence insensée » peut avoir un millimètre d’épaisseur et n’être visible que rétrospectivement.

Tirer des conclusions en étudiant la réussite ou l’échec d’une seule personne est dangereux, car plus la réussite et grande ou l’échec retentissant, plus la chance et le risque peuvent avoir influencé les choses.

À la place, cherchez des modèles communs conduisant à la réussite, qui seront plus applicable dans votre vie.

Une bonne manière de gérer le risque est de faire en sorte qu’un mauvais investissement ne vous élimine pas, de sorte que vous puissiez continuer jusqu’à ce que la chance vous soit plus favorable.

3. Jamais suffisant

Quand les gens riches font des choses insensées.

Rajat Gupta, jeune orphelin démuni en Inde, a connu un succès phénoménal, en devenant dans sa quarantaine le PDG de McKinsey, une prestigieuse firme de consulting. Lorsqu’il se retira en 2007, sa fortune était estimée à 100 millions de dollars.

Mais il voulait plus : il voulait devenir milliardaire. Pendant la crise de 2008, il apprit que Warren Buffett était sur le point d’investir 5 milliards de dollars pour aider Goldman Sachs. Gupta décida d’acheter 175 000 actions de la banque, avant que l’information ne devienne public, pour profiter d’un rebond haussier.

Il gagna 17 millions grâce à cette information, mais fut ensuite poursuivi pour délit d’initié, et sa réputation fut ruinée.

Bernard Madoff, connu pour son incroyable chaîne de Ponzi, qui a escroqué ses clients pendant 20 ans, fut avant ça un talentueux market maker (un teneur de marché, qui s’assure que l’offre et la demande puissent se rencontrer).

Son entreprise exécutait 9 % des échanges de la Bourse de New York, et générait entre 25 et 50 millions de dollars par an.

Madoff et Gupta n’ont pas fraudé pour survivre. Ils étaient déjà multimillionnaires. Pourquoi tout risquer pour avoir plus ?

Le hedge funds LTCM n’a de son côté fraudé personne, mais c’est bien la cupidité de ses dirigeants qui est à l’origine des risques énormes qui ont été pris (note : un effet de levier gigantesque), et qui ont conduit à sa faillite en 1998, en plein marché haussier.

Il n’y a aucune raison de risquer ce que vous avez et ce dont vous avez besoin pour ce que vous n’avez pas et dont vous n’avez pas besoin. C’est une de ces choses qui est tellement évidente qu’elle est négligée.

Si vous vous trouvez un jour dans la situation d’avoir suffisamment d’argent pour couvrir vos besoins raisonnables, rappelez-vous que :

  1. La compétence financière la plus difficile est de faire en sorte que la ligne d’en-but cesse de bouger : vos attentes ne doivent pas s’élever en même temps que vos résultats, car vous finirez par prendre de plus en plus de risque.
  2. La comparaison sociale est le problème : comme il y aura toujours quelqu’un qui gagnera plus que vous, il vaut mieux accepter d’avoir assez.
  3. « Assez » n’est pas trop peu : au contraire, l’appétit insatiable de ne pas savoir renoncer à un seul dollar finit par conduire aux regrets.
  4. Il y a beaucoup de choses qui ne valent pas la peine d’être risquées, quel que soit le gain potentiel : la réputation, la liberté, la famille, les amis, le bonheur.

4. Déconcertante accumulation

La fortune de Warren Buffett n’est pas seulement due au fait d’être un bon investisseur, mais au fait d’être un bon investisseur depuis qu’il est enfant.

En 2020, la fortune de Buffett s’élevait à 84,5 milliards de dollars. Sur cette somme, 84,2 milliards ont été accumulés après ses 50 ans, et 81,5 milliards l’ont été après ses 65 ans.

Buffett investit depuis plus de 3/4 de siècle, ayant commencé à 10 ans. S’il avait commencé à investir à 3O ans, et pris sa retraite à 60 ans, avec le même rendement annuel (soit 22 % / an), il n’aurait accumulé que 11,9 millions de dollars au cours de sa vie. Soit seulement 0,1 % de sa fortune actuelle.

Sa compétence est d’investir, mais son secret est le temps. C’est comme ça que les intérêts composés fonctionnent.

Warren Buffett n’est d’ailleurs pas le plus grand investisseur de tous les temps (il est néanmoins le plus riche) : Jim Simons a obtenu un rendement bien supérieur à la tête du hedge funds Renaissance Technologies. Seulement, Jim Simons a commencé bien plus tard que Buffett, vers ses 50 ans, raison pour laquelle Buffett est bien plus riche.

Les intérêts composés fonctionnent de manière exponentielle, ce qui est contre-intuitif pour notre cerveau, qui raisonne mieux de manière linéaire.

Les phénomènes exponentiels nous surprennent toujours. Par exemple, l’espace de stockage des disques durs s’accroit chaque année. Mais qui pourrait s’imaginer que ceux d’aujourd’hui sont 30 millions de fois supérieurs à ceux des années 50 ? C’est pourtant le cas.

Bien investir ne consiste pas nécessairement à obtenir les meilleurs rendements (…). Il s’agit d’obtenir des rendements assez bons que vous puissiez soutenir et qui peuvent être répétés sur la plus longue période de temps.

5. Devenir riche vs Rester riche

Jess Livermore était l’un des plus grands traders de son époque. Il s’enrichit considérablement en shortant le marché (parier à la baisse) le 29 octobre 1929, alors que les cours s’effondraient. Dans le même temps, plusieurs spéculateurs se suicidaient, ruinés.

Malheureusement pour Livermore, son pari réussi en octobre 1929 provoqua un excès de confiance qui le poussa à prendre des paris des plus en plus gros. Quatre ans plus tard, il finit par tout perdre, et également par se suicider.

Jesse Livermore était très bon pour devenir riche, mais très mauvais pour le rester. Or, il s’agit de deux compétences bien différentes.

Devenir riche nécessite de prendre des risques et d’être optimiste. Rester riche nécessite de la frugalité, de la peur et l’humilité de se dire qu’une partie du succès est dû à la chance, et qu’il ne peut pas être reproduit à l’identique.

Buffett ne s’est jamais endetté, n’a jamais paniqué lors des récessions, n’a jamais sali sa réputation, ne s’est jamais épuisé. Il a survécu suffisamment longtemps pour que les intérêts composés produisent leurs résultats.

Avoir un « avantage » et survivre sont deux choses différentes : la première nécessite la seconde. Vous devez éviter la ruine. À tout prix.

Nassim Taleb

Voici comment appliquer la mentalité du survivant :

  1. Être financièrement indestructible : détenir des actifs qui peuvent vous empêcher de revendre vos actions au pire moment est plus important que de choisir les futurs grands gagnants.
  2. Prévoir que le plan ne se déroulera pas comme prévu : si tout doit absolument se passer comme prévu dans vos calculs, vous êtes fragile financièrement. Si vous prévoyez une marge de sécurité suffisante (budget, rendements, temporalité), vous augmentez vos chances de survie.
  3. Avoir une double personnalité : optimiste sur l’avenir, mais paranoïaque sur ce qui peut vous empêcher d’y arriver, afin de rester en vie. La croissance est réelle à long terme (notre niveau de vie a été multiplié par 20 depuis 1850), mais a été entrecoupée de phases difficiles (on compte 48 années de récessions cumulées sur 170 ans).

6. Pile, vous gagnez

Vous pouvez vous tromper la moitié du temps et faire quand même fortune.

Dans le business comme dans l’investissement, un petit nombre d’évènements sont responsables de la majorité des résultats :

  • Disney a produit plus de 400 dessins animés qui n’ont presque rien rapporté, avant de connaître un immense succès avec un seul d’entre eux : Blanche Beige et les Sept Nains.
  • Une étude a montré qu’entre 2004 et 2014, 65 % des firmes de capital-risque ont perdu de l’argent, tandis que 0,5 % d’entre elles ont vu leur capital multiplié par 50.
  • JP Morgan a estimé que depuis 1980, 40 % des entreprises de l’indice Russell 3000 (un indice américain très large) ont perdu au moins 70 % de leur valeur. Pourtant, le Russell 3000 a vu sa valeur multipliée par plus de 73. JP Morgan a calculé que la totalité des rendements de l’indice étaient dues à seulement 7 % des entreprises qu’il contenait, et à leur performance extraordinaire.

Compter sur la minorité extraordinaire est d’ailleurs ce qui permet aux fonds indiciels de si bien fonctionner. En 2018, Amazon et Apple ont été à elles deux responsables de 13 % du rendement du S&P 500.

En ce qui concerne votre carrière d’investisseur, ce qui compte le plus est ce que vous faites pendant les 1 % de jours où tout le monde devient fou.

Pour Napoléon, un génie était simplement quelqu’un capable de faire des choses ordinaires lorsque tout le monde semble perdre la tête.

Ainsi, la manière dont un investisseur a agi entre fin 2008 et début 2009 est bien plus importante que ce qu’il a pu faire entre 2000 et 2008.

Votre succès en tant qu’investisseur sera déterminé par la façon dont vous réagissez aux moments de terreur ponctuels, et non par les années passées sur le régulateur de vitesse.

L’investissement et le business sont des mondes à part où il est possible de se tromper régulièrement, tout en ayant raison globalement. Les entreprises qui réussissent le mieux sont celles qui multiplient les tests (et donc les échecs), afin de faire émerger un produit hors du commun.

Les meilleurs investissements de Warren Buffett sont très souvent connus et repris en exemple. Mais sur les 400 ou 500 actions qu’il a détenues dans sa vie d’investisseur, seules 10 d’entre elles ont fait son succès.

L’important n’est pas d’avoir raison ou tort, mais de savoir combien d’argent vous gagnez quand vous avez raison et combien vous perdez quand vous avez tort.

George Soros

7. Liberté

Contrôler son temps est le meilleur dividende que l’argent puisse payer.

En 1981, le psychologue Angus Campbell a mis en avant que le fait d’avoir le contrôle sur sa vie est un indicateur fiable de sentiments positifs et de bien-être.

Autrement dit, l’argent, le prestige et les biens matériels ne sont pas ce qui compte le plus pour être heureux.

L’argent est ce qui permet de contrôler votre vie et d’avoir plus d’indépendance. Il permet d’acheter du temps et fournit davantage de possibilités, sans devoir craindre les aléas de la vie (perte d’emploi, problème de santé…).

Le sentiment de bonheur vient lorsque nous sentons que nous contrôlons notre temps (ce que nous faisons, où, avec qui, quand et pendant combien de temps).

Depuis les années 50, nos conditions matérielles se sont considérablement améliorées, mais nous ne sommes pourtant pas plus heureux aujourd’hui.

Le développement des services a fait que nous avons de plus en plus de jobs dans lesquels il s’agit de penser, décider, manager, plutôt que de fabriquer, assembler ou réparer.

Le résultat est que nous travaillons dans notre tête sans nous arrêter, même lorsque nous ne sommes plus au travail. Les travailleurs de la connaissance peuvent et doivent être productifs partout et tout le temps.

Nous sommes donc plus riches sans nous sentir plus heureux, car nous maîtrisons de moins en moins notre temps. Nous sommes bien sûr tous différents, et il s’agit d’abord de savoir ce qui peut nous rendre heureux.

Mais d’après Karl Pillemer, voici ce que 1 000 personnes âgées interrogées considèrent comme ayant le plus de valeur à leurs yeux :

  • Avoir des relations de qualité.
  • Faire partie de quelque chose de plus grand que soi.
  • Passer du temps de qualité avec ses enfants.

8. Le paradoxe de l’homme en voiture

Personne n’est impressionné par vos possessions autant que vous ne l’êtes.

Les gens veulent conduire une belle voiture pour que les autres apprécient leur succès et leur côté cool. Mais en vérité, les gens se moquent du conducteur, c’est la voiture qu’ils regardent. Ils imaginent ce que les autres penseraient d’eux s’ils étaient au volant.

Il en va de même pour tous les signes de richesse (maison, vêtements…). Nous pensons que la richesse nous apportera l’appréciation et le respect des autres. Mais les signes de richesse renvoient simplement aux autres leur propre désir d’être reconnu et admiré.

L’humilité, la gentillesse et l’empathie vous apporteront plus de respect que la puissance des chevaux ne le fera jamais.

9. La prospérité est ce que vous ne voyez pas

Dépenser de l’argent pour montrer aux gens combien d’argent vous avez est le moyen le plus rapide pour avoir moins d’argent.

Tous les gens qui conduisent de grosses voitures ne sont pas prospères. Beaucoup y consacrent en fait une énorme partie de leur budget.

Nous jugeons le succès d’après ce que nous voyons, et le capitalisme nous pousse à faire comme si (fake it until you make it).

En vérité, la prospérité est invisible : ce sont des actifs qui n’ont pas été convertis en choses à montrer.

Lorsque Rihanna frôla la faillite, et qu’elle poursuivit son conseiller financier, celui-ci déclara : « Était-il vraiment nécessaire de lui dire que si on dépense de l’argent dans des choses, on finit par avoir des choses et non de l’argent ?

Les personnes qui veulent être millionnaire veulent en réalité pouvoir dépenser un million d’euros, ce qui est à l’opposé d’être millionnaire.

La seule façon de devenir prospère est de ne pas dépenser ce que vous n’avez pas.

On confond richesse et prospérité. On peut être riche avec un revenu qui permet de s’acheter une belle voiture ou une grande maison. Contrairement à la richesse, la prospérité est cachée. Elle est un revenu non dépensé, elle offre des options pour plus tard (y compris de pouvoir dépenser plus qu’aujourd’hui).

Nous ne voyons jamais les comptes en banque et les comptes d’investissement des gens prospères, ni les choses qu’ils auraient pu s’acheter. C’est pour cela qu’il est difficile d’apprendre à devenir prospère : les modèles de prospérité ne sont pas visibles.

Le monde est rempli de personnes qui ont l’air modestes mais qui sont en réalité riches (dans le sens « prospères ») et de personnes qui ont l’air riches mais qui vivent sur le fil du rasoir de l’insolvabilité.

10. Économisez de l’argent

Le seul facteur que vous pouvez contrôler génère l’une des seules choses qui comptent. C’est merveilleux.

Votre capacité à vous enrichir dépend moins de votre revenu et du rendement de vos investissements que de votre taux d’épargne.

Vous pouvez bâtir votre richesse sans avoir de revenus importants, mais c’est impossible si vous n’épargnez pas.

Or, la plupart des gens se concentrent sur l’augmentation de leur revenus ou la recherche d’un meilleur rendement, plutôt que d’essayer de dépenser moins en premier. Or, il est plus facile d’améliorer sa frugalité et son efficience que le rendement de ses investissements.

Une fois que vos besoins essentiels sont assurés, et que vous jouissez d’un certain confort, vos dépenses seront dirigées par votre ego.

Le moyen le plus efficace pour augmenter vos économies n’est pas d’augmenter vos revenus. C’est d’augmenter votre humilité.

Considérez vos économies comme le gap entre vos revenus et votre égo. Si vous avez moins de désirs et vous préoccupez moins de ce que pensent les autres, vous économiserez davantage.

Il s’agit bien plus d’une affaire de psychologie que de finance. Votre capacité à économiser est donc sous votre contrôle.

Économiser est une protection contre l’inévitable habileté de la vie à vous surprendre au pire moment.

Économiser vous donne du temps, de la flexibilité et la capacité de saisir les opportunités qui se présentent à vous : changer de carrière, partir plus tôt à la retraite, saisir une occasion d’investissement…

Dans le monde très compétitif d’aujourd’hui, cette flexibilité vous permet de prendre le temps de développer vos « soft skills  » , de décider sans urgence et de faire les choses à votre rythme.

Avoir plus de contrôle sur son temps et ses options devient l’une des monnaies les plus précieuses au monde.

11. Raisonnable > rationnel

Essayer d’être plutôt raisonnable fonctionne mieux que d’essayer d’être froidement rationnel.

Être raisonnable est beaucoup plus réaliste que d’être rationnel, même si être rationnel semble bien mieux sur le papier.

Le portefeuille d’investissement d’Harry Markowitz, le pionnier de la théorie moderne du portefeuille, était construit pour « minimiser ses futurs regrets » (son portefeuille était composé de 50 % d’actions et de 50 % d’obligations). Or, il ne s’agit pas là d’une stratégie mathématiquement optimale. Markowitz était donc plutôt raisonnable que rationnel.

Les investisseurs sont des personnes avec des émotions, et ce qui peut sembler être une stratégie rationnelle peut s’avérer inadapté au monde réel.

En 2008, des chercheurs de l’Université de Yale ont démontré que les jeunes investisseurs avaient intérêt à investir avec un levier de deux, quitte à risquer de couler leur portefeuille, sachant qu’ils auraient tout le temps de se refaire.

Toutefois, cette vérité mathématique n’est pas raisonnable si elle est appliquée à des investisseurs normaux, qui ne supporteraient sans doute pas de voir leur portefeuille couler, ni d’accepter de recommencer avec la même stratégie.

Les chances de gagner de l’argent sur le marché des actions sont de 100 % sur une période de 20 ans. L’objectif est donc d’arriver à rester assez longtemps dans la partie.

Si le fait de suivre une stratégie imparfaite, mais que vous aimez, augmente vos chances de rester dans la partie lors des périodes creuses, alors cette stratégie imparfaite est la plus raisonnable pour vous.

Ainsi, une stratégie irrationnelle mais raisonnable peut inclure de :

  • Pratiquer le day trading sur une fraction de votre capital, si vous aimez ça (même si cela réduit considérablement vos chances de succès).
  • Posséder des actions individuelles plutôt que des fonds indiciels, si vous souhaitez posséder des entreprises directement.

John Bogle, qui a passé sa vie à promouvoir les fonds indiciels à faible coût, a pourtant investi dans le fonds actif à frais élevés de son fils : une décision irrationnelle, mais raisonnable pour des raisons familiales.

12. Surprise !

Des choses qui ne sont jamais produites auparavant arrivent tout le temps.

Scott Sagan

Les investisseurs et économistes utilisent souvent l’histoire et les données passées comme guide pour le futur, alors que le monde est en perpétuelle évolution.

De plus, l’investissement n’est pas une science dure comme la physique. Les investisseurs prennent des décisions imparfaites, sur la base de leurs émotions changeantes.

Lorsque vous vous basez excessivement sur les données historiques :

  1. Vous manquerez probablement les événements aberrants qui font le plus bouger les choses : les dépressions, guerres, attentats, découvertes scientifiques et innovations technologiques sont impossibles à prédire, car ils n’ont aucun précédent. Nous n’y sommes pas préparés, et c’est pourquoi leur impact est très fort. Les experts qui se basent sur les crues et les tremblements de terre passés peuvent avoir des surprises. Le monde est par nature surprenant, et nous devons admettre que nous ne savons pas ce qu’il va se passer.
  2. L’histoire peut être un guide trompeur, car elle ne tient pas compte des changements structurels : par exemple, le S&P 500 ne comptais à l’origine aucune entreprise financière ni technologique, alors qu’elles représentent aujourd’hui près de 40 % de l’indice. De même, chaque récession était espacée de 2 ans en moyenne à la fin du 19° siècle, contre 8 ans aujourd’hui. Les choses évoluent constamment.

Benjamin Graham est l’un des investisseurs les plus reconnus de tous les temps. Son classique, « l’Investisseur Intelligent  » , est considéré comme l’un des tout meilleurs livres sur l’investissement, rempli de sagesse et de bons principes.

Sauf que les instructions de Graham (par exemple, éviter les actions qui se négocient à plus de 1,5 fois leur valeur comptable) ne s’appliquent plus au monde d’aujourd’hui, car les données ne sont plus les mêmes qu’en 1972 (date de la dernière édition du livre).

Vers la fin de sa vie, il déclara même qu’il ne croyait plus aux techniques de sélection d’actions individuelles pour trouver des opportunités de valeur. Pour lui, ce qui marchait il y a 40 ans (lors de la publication de son premier livre, « Security Analysis », en 1934) n’était plus adapté car la situation avait évolué.

En fait, au moins deux choses ont considérablement changé :

  • L’information est plus facilement accessible, accroissant la compétition entre ceux qui cherchent des opportunités de valeur.
  • L’économie est passée de l’industrie à la technologie, dont les cycles économiques et l’utilisation du capital sont très différents.

Plus on remonte dans le temps, plus les conclusions doivent être générales.

L’histoire peut être une source d’enseignement pour étudier le comportement des gens avec l’argent (avidité, stress, peur…), qui ne change pas, mais pas pour des questions spécifiques (marchés, tendances, secteurs…).

13. Marge d’erreur

La partie la plus importante de tout plan est de prévoir que votre plan ne se déroulera pas comme prévu.

Nous n’aimons pas l’incertitude, ni penser au fait que notre plan peut dévier. Pourtant, adopter une marge d’erreur permet d’endurer suffisamment longtemps une situation défavorable, jusqu’à ce que qu’elle redevienne favorable.

Les meilleurs joueurs de blackjack sont capables d’estimer la probabilité qu’une carte soit tirée par le croupier. Et pourtant, ils intègrent une marge d’erreur dans leurs paris pour survivre à une malchance prolongée.

Buffett et Gates ont adopté leur propre marge d’erreur, en conservant assez de cash dans leurs entreprises (Berkshire Hathaway et Microsoft), afin de faire face à une éventuelle absence de rentrées d’argent.

En investissant, on néglige souvent de considérer une marge d’erreur entre le niveau de volatilité que l’on pense pouvoir supporter, et celui qu’on peut réellement supporter.

Vous pouvez vous baser sur les rendements passés du marché pour estimer ce à quoi vous attendre pour votre compte de retraite. Mais prendre en compte une marge d’erreur en économisant plus peut vous permettre d’éviter une catastrophe, si les rendements s’avèrent moins élevés que prévus.

Le biais d’optimisme dans la prise de risque peut vous conduire dans une situation statistiquement favorable, mais dont un seul revers vous mènera à la ruine. Par exemple, le levier est une roulette russe, qui pourrait vous enrichir bien plus vite, comme vous ruiner définitivement en vous rendant incapable de saisir les futures opportunités.

Adopter une marge d’erreur vous protège contre tous les évènements impossibles à prévoir, et pourra vous permettre de survivre.

Une bonne règle de base pour beaucoup de choses dans la vie est que tout ce qui peut se casser finira par se casser.

Il s’agit donc d’éviter que tout ne repose sur un unique élément qui puisse subir une défaillance. Les avions et les ponts sont construits pour pouvoir résister à plusieurs défaillances. L’objectif étant qu’un ou plusieurs éléments défaillants ne puissent pas causer de catastrophe.

En ce qui concerne l’argent, un point de défaillance critique habituel est de dépendre de votre prochain chèque de paie pour financer vos prochaines dépenses, sans avoir de marge de sécurité.

Économiser pour parer à l’imprévu est tout aussi important qu’économiser pour des projets bien identifiés.

Peu de plans financiers qui ne se préparent qu’aux risques connus ont une marge de sécurité suffisante pour survivre dans le monde réel.

14. Vous changerez

La planification à long terme est plus difficile qu’il n’y paraît car les objectifs et les désirs des gens changent avec le temps.

La carrière que l’on imagine avoir à 20 ans est souvent très différente de celle dans laquelle on s’est engagé à 30 ans. Ainsi, seulement 27 % des diplômés d’université aux États-Unis ont un travail lié à leur spécialité.

Nous prenons des décisions, puis nous revenons dessus quelques années plus tard. Dans ce contexte, il est difficile de maintenir un plan financier à long terme.

L’effet cumulé fonctionne mieux lorsque vous pouvez donner à un plan des années ou des décennies pour se développer. Cela vaut non seulement pour l’épargne, mais aussi pour les carrières et les relations. L’endurance est la clé.

Une solution pourrait être d’éviter de tomber dans les extrêmes, qui sont toujours synonymes de regrets : travailler trop pour gagner plus, et ne jamais profiter des siens, ou profiter de la vie tout en risquant de manquer d’argent.

Conserver un équilibre et ne jamais sacrifier notre capacité à économiser, à avoir du temps libre, un travail acceptable, etc, accroit nos chances de nous en tenir à un plan sur le long terme, tout en évitant les regrets.

La fin de l’histoire est l’illusion de croire que vous êtes arrivé à votre stade définitif : vous continuerez à changer quoiqu’il arrive. Soyez conscient du danger du biais des coûts irrécupérables, ne restez pas bloqué sur des décisions passées pour la simple raison que vous vous êtes trop engagé dans une direction.

Accepter l’idée que les objectifs financiers fixés lorsque vous étiez une personne différente doivent être abandonnés (…) peut être une bonne stratégie pour minimiser les regrets futurs.

15. Rien n’est gratuit

Tout à un prix, mais tous les prix n’apparaissent pas sur les étiquettes.

Quelle que soit l’activité, le prix est les challenges sont parfois cachés. Pour un dirigeant d’entreprise, il y a le poids des responsabilités. Pour un investisseur, il y a le doute, l’incertitude et les regrets.

Pour obtenir les 11 % de rendement annuel, dividendes inclus, produits par le Dow Jones pendant 70 ans, il aura fallu passer par de nombreuses périodes de fortes baisses : c’est un prix élevé à payer.

Pour l’éviter, vous pouvez trouver un actif moins volatil, et donc avec une récompense potentielle moins élevée. Certains pensent qu’il est possible d’éviter la volatilité, en essayant d’entrer/sortir du marché au bon moment.

Les dieux de l’argent ne voient pas d’un bon œil ceux qui cherchent une récompense sans en payer le prix.

Plusieurs études montrent cependant que ça ne marche quasiment jamais, ni pour les fonds communs de placement tactiques, ni pour les investisseurs individuels, qui achètent puis revendent, au lieu d’acheter puis de conserver.

Selon une étude de Morningstar, les investisseurs sous-performant en moyenne leurs fonds de 0,5 % / an en tentant d’entrée/sortir au bon moment.

L’ironie est qu’en essayant d’éviter le prix, les investisseurs finissent par payer le double.

Pendant plusieurs années, General Electrics a tenté d’éviter de faire payer le prix de résultats moins florissants à ses actionnaires en maintenant une croissance continue de son dividende. Mais le prix a finalement été payé lorsque l’action du groupe s’est complètement effondrée.

Les frais liés à la volatilité et à l’incertitude – le prix des rendements – constituent le coût d’entrée pour obtenir des rendements supérieurs à ceux des (…) liquidités et des obligations.

16. Vous et moi

Méfiez-vous des conseils financiers donnés par des personnes qui jouent un jeu différent du vôtre.

L’éclatement des bulles, comme la bulle Internet des années 2000, est souvent dévastateur pour les investisseurs et les ménages.

Elles surviennent car l’avidité fait partie de la nature humaine, mais aussi parce que les investisseurs suivent les conseils des personnes qui jouent à un jeu différent du leur.

Une règle d’or de la finance est que l’argent recherche le rendement dans la mesure où il peut le faire.

Tout actif ayant un Momentum peut attirer des traders ayant une vision court terme, qui en alimentant la hausse, attireront d’autres traders. Ainsi, la bulle s’autoalimente.

La bulle Internet est connue pour son optimisme irrationnel, mais aussi pour des volumes de transaction records observés dans une même journée, signe d’une forte activité de traders opérant à court-terme.

Ainsi, les bulles ne sont pas tant liées à un comportement irrationnel qu’à la présence de traders rationnels raisonnant à court terme, qui viennent profiter d’une tendance haussière.

Les traders à court terme opèrent dans un domaine où les règles régissant l’investissement à long terme – notamment en matière d’évaluation – sont ignorées, car elles ne sont pas pertinentes pour le jeu en cours.

Le piège est alors de chercher à imiter les autres aveuglément, alors qu’ils n’ont ni la même vision du monde, ni les mêmes objectifs, et qu’ils ne jouent pas au même jeu (court terme vs long terme). C’est autant valable pour l’investissement que pour la façon de dépenser son argent.

Commencez par vous demander à quel jeu vous jouez et selon quel horizon d’investissement. Lorsque votre mission sera claire, vous serez moins tenté d’imiter les autres et de dévier de votre plan.

17. la séduction du pessimisme

L’optimisme ressemble à un discours de vente. Le pessimisme ressemble à quelqu’un qui essaie de vous aider.

Les optimistes sont souvent vu comme étant inconscients des risques, tandis que les pessimistes semblent plus intelligents. Nous prêtons ainsi davantage attention aux discours pessimistes qu’aux discours optimistes.

Les journaux financiers l’ont bien compris et n’hésitent pas à publier des articles de prophètes de l’apocalypse, alors que le marché boursier a vu sa valeur être multipliée par 17 000 au siècle dernier. Cela se vérifie dans tous les domaines.

Tous les groupes de personnes que j’interroge pensent que le monde est plus effrayant, plus violent et plus désespéré – bref, plus dramatique – qu’il ne l’est en réalité.

Hans Rosling

La prévalence du pessimisme s’explique en partie par notre évolution : ceux qui prêtaient davantage attention aux menaces avaient de meilleures chances de survivre. Mais il y a d’autres raisons :

  1. L’argent est omniprésent et nous concerne tous : les systèmes économiques et financiers sont interconnectés et une mauvaise nouvelle en un lieu donné peut potentiellement tous nous affecter.
  2. Les pessimistes extrapolent souvent les tendances actuelles sans tenir compte de la façon dont les marchés s’adaptent : en 2008, l’épuisement des réserves de pétrole était annoncé à cause de la demande chinoise toujours croissante, mais la flambée des prix et la technologie ont rendu possible l’extraction de larges réserves difficiles d’accès. Les pessimistes oublient que le nécessité et les problèmes encouragent les inventions et les solutions.
  3. Les progrès sont trop lents pour être remarqués, et les revers sont trop rapides pour être ignorés : les premiers pas de l’aviation ont été moqués et ignorés, parce qu’ils étaient lents et difficiles à suivre, tandis que les catastrophes aériennes ont toujours fait les gros titres.

La croissance est alimentée par la capitalisation, qui prend toujours du temps. La destruction est due à des points de défaillance uniques, qui peuvent survenir en quelques secondes, et à la perte de confiance, qui peut survenir en un instant.

Les lents progrès de la médecine sont éclipsés par les attaques terroristes ou les catastrophes naturelles. De même, un marché haussier de 140 % en six ans passera inaperçu en comparaison d’un déclin de 40 % en six mois.

18. Quand vous êtes prêt à croire n’importe quoi

Des fictions attrayantes, et pourquoi les histoires sont plus puissantes que les statistiques.

La principale différence entre 2007 et 2009 est un changement de récit. Le récit selon lequel les prix de l’immobilier augmentent s’est soudainement arrêté, entrainant des défauts de paiement d’hypothèques, puis des faillites bancaires, du chômage, une baisse de la consommation, etc.

Les fictions vous impactent autant, sinon plus, que les conditions économiques réelles, parce que :

  1. Plus vous voulez que quelque chose soit vrai, plus vous êtes susceptible de croire une histoire qui surestime les chances qu’elle soit vraie. Il suffit simplement qu’il existe une minuscule probabilité de gains énormes pour croire aux prédictions boursières d’un charlatan, ou à la belle histoire d’un escroc comme Bernie Madoff. Si vous croyez à une récession prochaine, vous en verrez les signes et agirez en ce sens, simplement parce que vous y croirez. C’est pourquoi se laisser une marge d’erreur est si important.
  2. Nous avons tous une vision incomplète du monde, et nous formons un récit complet pour combler les trous. Nous ignorons comment fonctionne une bonne partie du monde, alors nous tentons de trouver des explications avec les modèles mentaux que nous avons forgé. Nous nous racontons des histoires basées sur notre expérience limitée pour trouver du sens dans ce que nous voyons.

Il est difficile d’accepter que ce qu’il se passe dans le monde est hors de notre contrôle, alors nous écoutons les prévisions des personnes qui font autorité. Cela répond à notre besoin de contrôle.

L’illusion du contrôle est plus persuasive que la réalité.

L’économie, l’entreprise, l’argent et l’investissement sont des domaines incertains par nature, qui contrairement à l’astrophysique, ne peuvent pas être expliqués avec quelques formules mathématiques.

Ainsi, selon Daniel Kahneman :

  • Nous négligeons dans nos plans les plans et les capacités des autres.
  • Nos tentatives d’explications des évènements négligent le rôle de la chance.
  • Nous sommes trop confiants car nous négligeons l’impact de ce que nous ignorons.

Par exemple, les fondateurs de start-ups pensent que leurs résultats dépendent à 80 % de leurs actions. Ils surestiment leur propre impact, et négligent ce qu’ils ne contrôlent pas : leurs compétiteurs, les changements sur le marché, la disponibilité des financements, etc.

19. Tout ensemble maintenant

Quelques leçons courtes et exploitables qui peuvent vous aider à prendre de meilleures décisions financières.

Je ne vais pas vous dire ce que vous devriez faire avec votre argent, car je ne vous connais pas, et ne sais rien de vos objectifs.

Les conseillers financiers connaissent les probabilités de ce qui a tendance à fonctionner, les lois universelles de l’argent. Mais vous seuls tirez les conclusions sur ce que vous devriez faire.

Néanmoins, voici quelques recommandations pouvant vous aider à prendre de meilleures décisions avec votre argent :

  • Cherchez l’humilité quand les choses vont bien, et la compassion quand elles vont mal : le monde est complexe, et la chance comme le risque jouent un rôle important.
  • Moins d’ego, plus de richesse : vos économies sont l’écart entre votre égo et vos revenus, et la vraie prospérité est invisible.
  • Gérez votre argent d’une manière qui vous aide à dormir la nuit : certains dormiront bien en prenant des risques, d’autres en étant prudent.
  • Augmentez votre horizon temporel : le temps est la force la plus puissante en investissement.
  • Acceptez que beaucoup de choses se passent mal. Vous pouvez vous tromper la moitié du temps et faire quand même fortune. Il est normal d’avoir de bons et de mauvais investissements, concentrez-vous sur l’ensemble de votre portefeuille.
  • Utilisez l’argent pour maîtriser votre temps : pouvoir maîtriser votre temps est un facteur puissant qui influe sur votre niveau de bonheur.
  • Soyez plus gentil et moins tape-à-l’œil : vous obtiendrez plus de respect et d’admiration en étant gentil et humble qu’en achetant des choses pour impressionner les autres.
  • Économisez, tout simplement. Vous n’avez pas besoin d’une raison particulière pour épargner : il s’agit de votre meilleure protection contre les imprévus pouvant survenir au pire moment.
  • Définissez le prix du succès et soyez prêt à le payer : ce qui en vaut la peine a toujours un prix, parfois non monétaire (incertitude, doute…).
  • Une place pour l’erreur : une marge d’erreur entre vos prévisions et la réalité vous donne l’endurance pour rester dans la partie et profiter des intérêts composés.
  • Évitez les décisions financières extrêmes : nos buts changent, et les décisions passées ne doivent pas vous bloquer.
  • Vous devriez aimer le risque, parce qu’il est rentable à long terme, mais tout en évitant les risques pouvant vous conduire à la ruine.
  • Définissez le jeu auquel vous jouez, et ne vous laissez pas influencer par des personnes jouant à un autre jeu.
  • Respecter le désordre : il peut y avoir plusieurs réponses justes en finance, trouvez simplement celle qui fonctionnera pour vous.

20. Confessions

Il n’y a pas de vérité universelle. Il n’y a que ce qui fonctionne pour vous et votre famille, (…) qui vous permette d’être à l’aise et de bien dormir la nuit.

Pour moi, l’important n’est pas d’atteindre les rendements les plus élevés, mais la liberté pour notre famille de faire ce que nous voulons. L’objectif est d’avoir un degré d’indépendance suffisant pour avoir un travail plaisant, sans en subir les conditions.

L’indépendance s’obtient en vivant en dessous de vos moyens. Bien que depuis le début de notre carrière, nos salaires aient augmenté, ma femme et moi avons conservé le même style de vie, ce qui nous a permis d’augmenter considérablement notre taux d’épargne.

Pour autant, nous n’avons pas l’impression d’être trop frugaux, nous avons simplement arrêté de vouloir de plus en plus de choses. Nos loisirs (lire, se promener) ont un faible coût, et nous ne subissons pas la pression sociale de suivre les autres dans leurs achats.

Le véritable succès consiste à sortir d’une sorte de course de rat pour moduler ses activités afin d’avoir l’esprit tranquille.

Nassim Taleb

Certaines de nos décisions font peu sens sur le papier, et je ne vous les recommanderai pas :

  • Acheter notre maison sans crédit. Le sentiment de posséder notre maison entièrement dépasse l’envie d’accroitre notre patrimoine avec l’effet de levier d’un emprunt à faible taux.
  • Conserver 20 % de nos actifs sous forme de liquidités, pour ne pas être obligé de revendre nos actifs en cas de dépense imprévue. Cela permet aussi de nous assurer de pouvoir laisser nos actions fructifier sur le long terme.

La première règle de l’intérêt composé est de ne jamais l’interrompre inutilement.

Charlie Munger

Les bonnes décisions, qui marcheront pour vous et qui vous rendront heureux, ne seront pas toujours les plus rationnelles.

Concernant nos investissements, nous ne détenons que des fonds indiciels d’actions à faible coût, dans lesquels nous investissons régulièrement.

Les fonds indiciels nous offrent de bonnes probabilités d’atteindre nos objectifs d’indépendance, sans ajouter de risque supplémentaires liés à la gestion active.

De toute façon, battre le marché avec des actions individuelles ou via un fonds commun actif est difficile (85 % des gestionnaires d’actifs échouent à battre le S&P 500 sur 10 ans).

Nous alimentons ainsi nos comptes d’épargne-retraite et les plans d’épargne-études de nos enfants. Notre valeur nette est donc uniquement constituée d’une maison et de quelques fonds indiciels. Nous aimons garder les choses simples.

Ma stratégie d’investissement (…) repose sur un taux d’épargne élevé, la patience et l’optimisme que l’économie mondiale créera de la valeur au cours des prochaines décennies.

Cette stratégie simple nous permet d’avancer vers notre objectif d’indépendance, et de bien dormir la nuit.

Mon avis sur « La psychologie de l’argent »

Ce livre est un recueil de leçons sur l’argent, qui peuvent se lire indépendamment les unes des autres, mais formant un tout cohérent.

Morgan Housel parle assez peu techniques (épargne, investissement, business), assumant dès le début que l’essentiel à savoir pour bien gérer son argent est déjà connu.

Selon l’auteur, le problème des gens avec l’argent n’est pas qu’ils ne savent pas comment bien le gérer, mais en quoi ce qu’il se passe dans leur tête influe sur la manière dont ils le gèrent réellement.

Il s’agit donc davantage de nos biais psychologiques, de nos émotions et de notre histoire personnelle (qui a façonné notre vision du monde selon l’environnement dans lequel nous avons grandi), que de nos connaissances.

La psychologie est probablement la raison pour laquelle tant de gens échouent à bien gérer leur argent, alors que les mathématiques des finances personnelles sont très simples.

C’est sans doute aussi la raison pour laquelle ce livre a réussi à se démarquer en ayant autant d’impact : la majorité des livres sur l’argent parlent principalement de techniques, alors que la psychologie est ce qui impact le plus l’investisseur/épargnant.

Aborder différents phénomènes financiers à l’aune de la psychologie offre des angles de vue souvent très intéressants :

  • Personne n’est fou, nous agissons tous selon notre vision du monde et notre expérience, qui varie énormément. Si nous pensons tous agir de manière parfaitement rationnelle, nous nous basons sur une vision incomplète de la réalité.
  • Les bulles se forment lorsque les investisseurs à long terme finissent par imiter les spéculateurs à court terme, par appât du gain, alors qu’ils jouent à un jeu différent dont ils ne comprennent pas les règles.
  • Arriver à économiser n’est pas une histoire de revenu, mais d’égo : plus votre égo est fort, plus votre train de vie suivra (voir dépassera) vos revenus. Plus vous êtes humble, plus vous arriverez à créer un écart entre vos revenus et vos dépenses, ce qui vous permettra d’économiser.
  • Les meilleures décisions à prendre avec notre argent ne sont pas forcément les plus rationnelles. Il vaut donc mieux chercher à suivre une stratégie qui soit raisonnable, soutenable et qui fasse sens pour nous, plutôt qu’une stratégie purement rationnelle avec laquelle on ne se sent pas en accord.
  • Nous avons du mal à prévoir l’imprévisible (normal jusqu’ici), et à nous en protéger. Ainsi, nous ne sommes pas assez prêts pour faire face aux évènements négatifs, car nous sous-estimons la probabilité qu’ils nous frappent. Nous devrions donc aussi épargner pour faire face à l’inattendu.

Dans le dernier chapitre, l’auteur nous présente de quelle manière il gère son propre argent et comment il investit. Sa psychologie de l’argent est à la fois anticonformiste (le raisonnable prévaut sur le rationnel), et conforme aux idéaux présentés dans le livre (le bonheur, la simplicité et la tranquillité d’esprit priment sur le rendement).

En postface, Morgan Housel nous offre une histoire fascinante sur la manière dont le consommateur américain se comporte depuis la fin de la seconde guerre mondiale, ainsi que sur les conséquences qui en découlent.

Si vous avez lu « La Psychologie de l’Argent », n’hésitez pas à partager votre avis en commentaire.

2 commentaires sur “La Psychologie de l’Argent

  1. Bonjour,

    Bonne synthèse et de préciser que le livre a été traduit en français sous le titre « La psychologie de l’argent » aux éditions Valor.

    Franck

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.