Comment dépasser sa peur et investir sereinement

Dépasser sa peur d'investir

Cet article participe à un carnaval d’articles sur le thème « dépasser ses limites », proposé par le blog Corps et Esprit Martial. C’est un blog qui porte sur la préparation physique et mentale pour les arts martiaux et sports de combat. J’ai d’ailleurs particulièrement aimé les conseils donnés dans l’article Pourquoi devenir souple vous rend plus fort !, et dont je vous recommande la lecture !

Pour investir en bourse, il faut savoir maîtriser ses émotions.

J’ai déjà entendu cette phrase à plusieurs reprises, la dernière en date lors d’un séminaire auquel j’ai participé à l’automne dernier.

Ce qui me surprend, c’est que ce sont souvent des personnes qui n’investissent pas en bourse qui la prononcent. Cette phrase est donc la plupart du temps le reflet de croyances telles que:

Investir en bourse est très risqué, seuls ceux qui recherchent des sensations fortes, les génies en mathématiques et les personnes très peu émotives devraient investir sur les marchés, ou alors les inconscients !

Exemples de croyances qui ne font pas vraiment avancer

Ces croyances sont principalement suscitées par la peur de perdre, de se confronter à un risque inconnu, non maîtrisé, et résultant des caprices de l’économie (ou pire, des tweets de Donald Trump !).

L’origine de la peur

Cela étant, la phrase citée en début d’article laisse sous-entendre quelque chose de très vrai: agir sous le coup d’une émotion de peur peut nous inciter à entreprendre des actions qui pourraient avoir des conséquences néfastes pour nos investissements.

Qu’est-ce qui peut générer de la peur en bourse ? Les crises, et notamment la manière dont elles sont relayées par les médias, qui ont tendance à se focaliser sur les informations négatives afin de faire encore plus d’audience.

Mais comment ne pas avoir peur lorsque l’on voit la valeur de ses investissements chuter ? Ou que les médias présentent les nouvelles économiques de cette manière:

Titres de journaux sur les crises financières qui font peur

Toutes les personnes normalement constituées sont des êtres émotionnels. Comment alors ne pas être atteint par de telles informations ?

Cela veut-il dire que seuls les inconscients, les robots, et les maîtres de la Philosophie Zen investissent sur les marchés ?

Eh bien non, vous vous en doutez. Essayer de contrôler ses émotions est un paramètre hasardeux, qui ne saurait constituer une stratégie d’investissement viable sur le long terme.

Nous restons des êtres émotionnels

Nous sommes des êtres émotionnels

Nous ressentons des émotions, et c’est normal, nous sommes humains après tout. Personne n’a envie de passer sa vie à se comporter comme un robot (d’ailleurs, les robots ont souvent des émotions dans les films !), si tant est que ce soit possible.

Cependant, nous ne souhaitons pas nous exposer aux émotions négatives en matière d’investissement, car elles sont sources de décisions impulsives et souvent mauvaises.

La bourse évolue de manière cyclique: un marché baissier se présente tous les 3 ou 4 ans. Les marchés baissiers sont souvent assez tranchants: ils chutent plus rapidement que ne montent les marchés haussiers, car ils sont amplifiés par la peur des investisseurs.

Le taureau monte les escaliers, tandis que l’ours saute par la fenêtre.

Dicton commun à Wall Street

Note: Les marchés haussiers sont symbolisés par un taureau, et les marchés baissiers par un ours.

En revanche, les marchés baissiers durent beaucoup moins longtemps que les marchés haussiers. De plus, cela n’empêche pas la bourse de monter, invariablement, depuis plus de deux siècles.

Investir devrait toujours s’envisager selon des perspectives à long terme. Plus l’horizon d’investissement considéré est court, plus l’investissement sera soumis aux mouvements du marché à court terme (des mouvements relativement aléatoires), et plus il sera spéculatif.

Puisque nous parlons bien d’investissement et non de spéculation, il est nécessaire d’adopter une vision à long terme. Ce qui implique d’avoir à traverser de nombreux marchés baissiers, dont certains seront de véritables crises économiques et financières, et donc particulièrement violents (en 2001/2002 et 2008, le marché des actions a perdu à chaque fois 50% de sa valeur).

Comment ne pas ressentir d’émotions en voyant fondre son portefeuille de 50%, tandis que les médias crient panique et annoncent la fin du monde ? C’est impossible, car nous restons des êtres émotionnels. Comment alors ne pas être tenté de prendre de mauvaises décisions ? C’est également presque impossible. Qui accepterait de perdre la moitié de son argent sans rien faire ?

Alors renversons les perspectives. Plutôt que de se demander comment arriver à contrôler ses émotions (ce qui aura toujours ses limites), il serait plus intéressant de se poser une tout autre question: Comment investir tout en restant dans des situations qui ne provoquerons jamais de pics émotionnels ?

La réponse à cette question tient en un mot: diversification.

Contrebalancer les risques

Contrebalancer les risques en diversifiant

Certains actifs ont historiquement tendance à bien se comporter, et même à monter quand le marché est en baisse: ce sont l’or et les obligations.

Ces actifs sont décorrélés du mouvement des actions (ils ne suivent pas la même tendance que les actions, et évoluent même plutôt à l’inverse).

Lors d’une crise, l’argent ne disparaît pas, il change simplement de mains. Quand la bourse chute et que les actions perdent de leur valeur, les investisseurs vendent leurs actions (ce qui amplifie d’autant plus la chute) pour investir dans ce qu’ils considèrent comme des « valeurs refuges ».

Pourquoi l’or et les obligations sont-ils considérés comme des valeurs refuges ?

  • En cas d’écroulement du système capitaliste, l’or aura toujours de la valeur et pourra servir de monnaie d’échange.
  • Les obligations des États puissants économiquement sont jugées comme solides et fiables, puisque le risque de faillite de ces États est très peu probable (quand on peut imprimer de la monnaie, il est toujours plus difficile de faire faillite).

En période de crise, un mouvement de balancier se met en place. L’argent investi dans les actions se déplace vers l’or et les obligations. Ce mouvement est appelé le « Flight to quality« , la fuite vers la qualité (et vers des actifs solides, donc de qualité).

Quand la crise prend fin, le mouvement de balancier s’inverse et les actions sont à nouveau massivement investies. C’est pour cela que l’on observe souvent des marchés haussiers spectaculaires après les crises les plus violentes (en 2009, année post-crise, le marché des actions a progressé de 28,7%).

Monsieur Tout-le-monde profite d’ailleurs rarement de ces marchés haussiers d’après crise. Après une sortie paniquée des marchés, il lui faudra plusieurs années pour avoir à nouveau confiance dans la bourse, ratant ainsi les plus belles hausses. Il reviendra probablement lorsque les cours auront atteint des « plus hauts », et feront la une des journaux: une situation alors plus proche d’un futur marché baissier. Mais c’est une autre histoire…

Pour réduire, voir quasiment annuler les pertes occasionnées par les marchés baissiers, une part de notre portefeuille doit être investi dans des actifs qui vont contrebalancer à la hausse le mouvement baissier des actions. À savoir: l’or ou les obligations.

Tenir compte du comportement historique des actifs

Le comportement historique des actifs

Dans quelle mesure l’or ou les obligations vont-ils contrebalancer les actions ? Dans quelles proportions faut-il en posséder ?

S’il n’y a pas de réponse absolue pour la deuxième question (cela dépendra de chacun), la première question peut trouver de nombreuses réponses grâce au travail de Paul Merriman.

Paul Merriman est un ancien gestionnaire de fond qui, désormais à la retraite, se consacre à l’éducation à l’investissement.

Si le comportement historique d’un actif n’est pas une prévision de son comportement futur, cela reste néanmoins le meilleur indicateur possible, et le plus probable. Plus la période étudiée est longue, et plus les résultats feront sens.

Paul Merriman a étudié le comportement historique des actions et des obligations sur près d’un demi-siècle (de 1970 à 2017), ainsi que de onze portefeuilles composés d’actions et d’obligations en proportions variables (allant d’un portefeuille constitué à 100% d’actions à un portefeuille constitué à 100% d’obligations, en passant par tous les intermédiaires possibles par tranche de 10%).

Il a réuni dans un même tableau le rendement, la volatilité et la plus forte baisse historique de chacun de ces portefeuilles.

Le S&P500 représente dans ce tableau la classe des actions, et les obligations d’État à moyen terme la classe des obligations.

Que nous montre ce tableau ? Commençons par observer les extrêmes: le portefeuille 100% actions, et le portefeuille 100% obligations.

Sur une période de 48 ans, le portefeuille 100% en actions a réalisé une meilleure performance que le portefeuille 100% en obligations (avec un rendement annuel moyen de 10,4%, contre 7% pour les obligations).

En revanche, le portefeuille en obligations s’est révélé moins volatile (l’écart-type est seulement de 4,1%, contre 15,1% pour les actions) et moins risqué (la plus forte baisse enregistrée sur le portefeuille en obligations est de -4,7%, contre -51,0% pour le portefeuille en actions).

Pour plus de lisibilité, j’ai rassemblé les données des portefeuilles extrêmes ainsi que d’un portefeuille intermédiaire (50% actions / 50% obligations), pour l’ensemble de la période 1970-2017, dans le tableau ci-après:

100% obligations50/50100% actions
Rendement moyen7,0%9,0%10,4%
Volatilité (écart-type)4,1%8,0%15,1%
Plus forte baisse-4,7%-25,9%-51,0%

Je vous laisse tirer vos propres conclusions sur ce que dit ce tableau. 🙂

Définir son aversion face au risque

Définir son aversion face au risque

Choisir une allocation d’actifs en fonction de leurs risques historiques, basée sur une période de temps suffisamment longue, est une démarche cohérente.

Pourquoi se baser sur le risque, et non sur le rendement ? Le rendement est bien évidemment à prendre en compte (c’est ce qu’on recherche), mais c’est votre niveau de tolérance au risque qui déterminera votre capacité à mettre en place une stratégie qui tiendra dans le temps.

Si vous prenez plus de risques que ce que vous pouvez tolérer, vous risquez de prendre de mauvaises décisions, de vendre à perte, et « d’être sorti du jeu ».

Le tableau de Paul Merriman permet d’observer qu’à chaque fois que l’on augmente la proportion d’actions dans un portefeuille, celui-ci devient plus volatile et plus risqué.

Quelle perte maximale êtes-vous prêt à encaisser sans frémir ? Accepteriez-vous de perdre, par exemple, jusqu’à 20% de votre portefeuille, mais pas plus ? Dans ce cas, un portefeuille constitué de 60% d’obligations et de 40% d’actions constitue une bonne base de réflexion (ce portefeuille a accusé une perte maximale de 19,8% en 50 ans).

Nous avons cependant naturellement tendance à sous-évaluer notre tolérance au risque. Imaginer une perte est toujours moins douloureux que de la vivre réellement. Pour cette raison:

  • Paul Merriman conseille de choisir un portefeuille comportant 10% d’obligations de plus que le portefeuille que vous auriez choisi, en fonction du risque maximal que vous pensez pouvoir accepter. Par exemple, si vous pensez que votre portefeuille idéal comporte 50% d’obligations, il serait judicieux de porter cette proportion à 60%, afin de prendre en compte la sous-évaluation de vote propre tolérance au risque.
  • John Bogle, considéré comme l’un des quatre plus grands investisseurs du 20° siècle, conseillait également d’avoir plus d’obligations en portefeuille que ce que nous dicte notre instinct.

Pour être viable et pour ne pas provoquer de pics émotionnels, votre stratégie d’investissement devrait être en mesure de traverser des crises similaires à celles du passé, et sans que votre ventre ne se torde.

Afin de vérifier cette hypothèse, le tableau suivant représente le rendement des différents portefeuilles (selon leur proportion d’actions et d’obligations) lors des années ayant connu les plus grandes crises économiques et financières depuis 1970 (les données ont été extraites du tableau de Merriman):

Rendement des actions et obligations lors des années de crise
Les principales années de crise depuis 1970

Maintenant, demandez-vous si votre portefeuille idéal (avec sa proportion d’actions et d’obligations) aurait traversé ces années de crise sans trop souffrir ?

Il y a eu bien plus que cinq marchés baissiers depuis 1970, mais seuls ceux qui ont duré plus d’un an apparaissent dans ce tableau. Soyez conscient que d’autres crises, plus courtes mais non sans conséquences, se sont produites (le krach d’octobre 1987 en est un exemple, lors duquel les marchés ont perdu 22,5% en une seule journée).

Quel portefeuille est celui dont la perte historique maximale vous sécurise le plus, tout en vous offrant un rendement acceptable ?

Quelle est sa proportion d’actions ? Sa proportion d’obligations ?

Voilà des questions judicieuses que vous pouvez vous poser pour construire un portefeuille d’investissement à la fois solide et performant, et qui aura une faible probabilité de vous placer dans une situation émotionnellement compliquée.

Encore une fois, il n’y a pas de portefeuille idéal qui puisse convenir à tout le monde. Cela dépend de votre propre aversion au risque, et chacun fait face au risque de manière différente.

Le meilleur portefeuille d’investissement pour vous sera celui avec lequel vous resterez serein quoiqu’il se passe sur les marchés. Ce sera celui qui ne provoquera pas de pics émotionnels négatifs, et donc celui qui ne vous poussera pas à agir de façon inconsidérée, au plus mauvais moment.

Conclusion

Nous sommes beaucoup plus serein face au risque inhérent à tout investissement lorsqu’on l’a suffisamment balisé. Il est beaucoup plus facile d’investir en toute sérénité lorsque l’on sait comment son investissement s’est comporté pendant les pires phases de marché des 50 dernières années.

Maîtriser le passé n’est pas une garantie absolue de ce que sera l’avenir. Mais agir en tirant des leçons du passé est ce qu’il y a de mieux à faire.

Si la pire des pertes possibles reste cantonnée dans le domaine de l’acceptable, nous pouvons alors nous permettre de rester des êtres émotionnels (et c’est tant mieux !), tout en investissant sereinement.

Cette sérénité nous permettra de rester tranquille lorsque les médias souffleront un vent de panique, et pourquoi pas de laisser la TV et les journaux fermés.

La question à se poser pour investir sereinement n’est alors plus: Suis-je capable de maîtriser mes émotions pour être un bon investisseur ? Mais plutôt: Quel type d’investissement me permettra de rester serein, sans provoquer d’impact émotionnel négatif ?

Et si un bon investissement, c’était avant tout celui qui place l’investisseur dans les meilleures conditions émotionnelles possibles, en lui offrant suffisamment de sérénité pour prendre des décisions réfléchies ?

Sources des titres de presse: Wall Street Journal (http://economicsofcontempt.blogspot.com/2009/10/newspaper-front-pages-during-financial.html), Le Monde (https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4389), Financial Times (https://www.ft.com/content/c2d50f1c-b18c-11e8-8d14-6f049d06439c)

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