Mary Callahan Erdoes, première puissance féminine de la finance

Mary Callahan Erdoes, première puissance féminine de la finance

Voilà un article un peu à part puisque je souhaite vous présenter un personnage qui jouit aujourd’hui d’une très grande renommée dans la finance. Ce personnage est une femme, ce qui n’est pas peu dire dans un milieu très majoritairement masculin.

Vous allez découvrir non seulement un parcours exceptionnel, mais aussi et surtout un mental et un état d’esprit hors du commun, au fondement de sa réussite.

David Swensen, le gérant de fond de l’Université de Yale, nous dit que pour réussir, il faut faire appel à « une sagesse non conventionnelle ». Autrement dit: savoir se démarquer de la masse en adoptant une vision à part, pour tailler sa propre route vers l’excellence.

C’est le chemin qu’a suivi Mary Callahan Erdoes et que je vous propose de découvrir.

Un parcours de major de promo

Elle obtient un baccalauréat spécialisé en mathématiques (la seule fille à l’obtenir à ce moment là), puis un MBA à la Harvard Business School en 1993.

Pourtant, sa carrière commence modestement dans la salle de tri du courrier d’une société de services financiers. Elle obtient ensuite un poste dans une banque d’affaires où elle travaille dans la finance d’entreprise et la souscription d’obligations à haut rendement.

Elle poursuit sa carrière avec davantage de responsabilités dans une société de conseil où elle gère la recherche de crédit, le trading et la gestion de portefeuilles individuels.

Mary Callahan rejoint JP Morgan en 1996 et grimpe rapidement les échelons: de responsable des titres à revenu fixe pour les particuliers fortunés, les fondations et les fonds de dotations, elle devient directrice générale de JP Morgan private bank en 2005, puis PDG de la division gestion des placements de JP Morgan en 2009.

Son poste consiste à gérer l’ensemble des solutions d’investissement ainsi que la stratégie d’investissement de la banque. JP Morgan Chase est tout simplement la première banque d’investissement américaine, avec non moins que 2,6 billions de dollars sous gestion (soit l’équivalent du PIB de la 5ème puissance mondiale, le Royaume-Uni). Elle détient ainsi le troisième plus gros Hedge Fund au monde.

À côté de cela, elle œuvre dans plusieurs fondations de bienfaisance et de coopération économique: à la fondation Robin Hood (qui lutte contre la pauvreté à New York), à l’UNICEF et au conseil de commerce Chine – États-Unis.

En 2010, Forbes la classe parmi les 100 femmes les plus influentes au monde.

Chaque année depuis 2013, elle est considérée comme la femme la plus influente dans le monde de la finance.

Travailler dur et pour les autres

Lors d’une interview donnée au magazine Forbes, elle explique comment elle a pu grimper les échelons aussi rapidement dans un monde d’hommes:

Vous devez gagner le respect de vos pairs, des personnes dans votre industrie, de vos clients. Pour y arriver, il n’y a pas de substitut au travail acharné. Il y a un peu de chance le long du chemin, mais il n’y a pas de substitut à travailler vraiment très dur: premier arrivé, dernier parti. Il y a des moments dans votre carrière où vous devez le faire pour devenir un expert en la matière, et être capable de développer les compétences dont vous avez besoin.

Elle ne semble avoir eu aucune difficulté à percer dans un milieu masculin, ayant été bercée dans ce milieu depuis son enfance (elle jouait dans le bureau de son père qui était banquier) et éduquée très tôt au pouvoir de la capitalisation (sa grand-mère lui a offert une action quand elle avait sept ou huit ans). Elle affirme que le monde de l’investissement est en réalité égalitaire:

Étant axée sur la performance, la gestion de fonds est une industrie qui favorise l’égalité. Une bonne performance se traduit par la réussite.

Dans un milieu où le juge de paix est la performance réalisée, elle n’a donc pas été confrontée aux problèmes d’égalité hommes/femmes.

Sa conception du rôle d’un dirigeant et sa vision du leadership sont à l’inverse de ce à quoi on pourrait s’attendre:

Je crois sincèrement que je travaille pour les employés de JP Morgan, et non le contraire, et à cause de cela, j’essaie de voir au-delà de ce que les gens voient eux-mêmes.

Si tous les PDG et directeurs d’entreprises adoptaient cette attitude, les entreprises seraient probablement plus efficaces et leurs employés plus épanouis dans leur travail.

Échecs, résilience et apprentissages

Dans une autre interview, elle revient sur l’une de ses erreurs les plus coûteuses et
comment cela a façonné la manière dont elle a abordé les crises tout au long de sa carrière.

Elle était alors gestionnaire d’obligations, pendant la crise de 1998. Les obligations marchaient fort (les obligations prennent habituellement de la valeur pendant les crises économiques). Mais leur valeur a soudainement chuté de 20%, ce qui était assez imprévisible pour cet actif jugé très stable.

Cette chute a fait perdre 20 millions de dollars à l’un de ses clients, dont elle gérait l’argent. Comment a-t-elle réagi, à votre avis ?

J’ai eu le courage de monter dans un avion. J’ai volé jusqu’en Louisiane, je me suis assise devant lui et je lui ai dit: « Je suis désolée, voilà comment c’est arrivé, et voilà pourquoi c’est arrivé ». Nous sommes allés de l’avant. C’est probablement la meilleure des leçons apprises. Cela a changé à jamais tout ce que j’ai ensuite pu faire. Nous avons toute sorte de problèmes qui arrivent tous les jours. Vous continuez alors droit devant, et vous vous dîtes: « Vous m’avez engagé pour faire ce travail et je vais faire le meilleur job possible. C’est arrivé (l’erreur qui a coûté 20 millions à un client), mais je vais toujours faire de mon mieux les jours suivant. » Vous continuez droit devant, vous ne fuyez pas.

Les financiers ont la réputation de ne pas assumer leurs erreurs. Voici donc un magnifique contre-exemple !

Avoir le courage d’assumer la responsabilité de ses actions sans baisser les bras a permis à Mary Callahan Erdoes de développer un mental à toute épreuve, et de faire preuve de résilience face à n’importe quel problème.

JP Morgan et le monde des services financiers

Beaucoup de grands investisseurs prêchent la gestion passive (David Swensen, John Bogle, Warren Buffett, Ray Dalio…). Mais pour Mary Callahan, certains des gestionnaires de fonds de JP Morgan ont prouvé qu’ils pouvaient battre le marché et faire « une énorme différence dans un portefeuille »:

C’est pour cette raison que nous avons sous mandat 2,6 billions de dollars que les gens nous demandent de gérer pour eux.

La directrice des placements de JP Morgan est consciente que la crise de 2008 a été en partie causée par l’apparition de produits trop complexes et que les choses devaient évoluer pour redonner confiance aux gens dans le système financier. Elle croit pourtant fermement au rôle positif de la finance pour le monde:

L’industrie des services financiers apporte beaucoup au monde. Nous fournissons des capitaux à des entreprises pour assurer leur croissance, ce qui en retour crée de l’emploi. Nous aidons les individus à épargner et à investir l’argent qu’ils ont durement gagné de manière qu’ils puissent s’acheter une maison, offrir une éducation à leurs enfants et prendre une retraite plus confortable.

Ces propos font sens, mais ils pourraient choquer en Europe, où la finance est souvent accusée de tous les maux. Il faut être conscient que les Américains ont davantage la culture de l’investissement sur les marchés financiers que nous, européens.

Sa vision de l’investissement

Mary Callahan Erdoes met en garde les investisseurs individuels qui essayent d’anticiper le marché:

Les gens commencent avec un plan diversifié, mais dès que le marché fluctue, ils essaient de l’anticiper de manière à obtenir un meilleur potentiel de croissance. (…) Mais c’est très dangereux, car il est impossible de prévoir tous les scénarios.

Le chemin de l’enrichissement est pourtant très simple pour elle:

Un portefeuille bien diversifié aidera l’investisseur à contrer ces risques extrêmes, et s’il respecte son plan, il pourra accumuler une énorme fortune à long terme.

L’investisseur individuel ne doit donc pas chercher à anticiper le marché, mais simplement choisir un portefeuille diversifié, et s’y tenir quoi qu’il arrive.

Concernant la répartition idéale d’un portefeuille d’investissement, il n’en existe pour elle aucune:

La composition précise d’un portefeuille peut varier d’un individu l’autre.

Si une personne me dit: « je veux uniquement des bons du Trésor, comme ça je dormirai tranquille », eh bien c’est probablement la meilleure chose à faire pour elle. (…) Pourquoi placerais-je la moitié du portefeuille de cet individu dans le marché boursier si c’est pour lui une source de stress qui mine sa qualité de vie ?

La plus grande leçon que peut nous apprendre Mary Callahan est peut-être là: dans les choix que nous faisons pour répartir nos actifs, le rendement ne devrait jamais être le seul objectif à avoir en tête. Choisir ses actifs (et donc son niveau de risque) ne doit pas se faire au détriment de notre qualité de vie, et de notre bien-être émotionnel.

Le secret d’une carrière au sommet

Mais quel est le secret qui se cache derrière sa réussite, avec une carrière menée jusqu’aux sommets de la première banque des États-Unis ? Dans une Interview à CNBC, elle recommande de se spécialiser dans un domaine, plutôt que de rester généraliste.

Plongez vraiment très profondément dans un sujet. Sachez-en plus que quiconque en saura sur ce sujet. Faites-en une obsession.

Elle prend son propre cas en guise d’exemple:

J’étais une spécialiste de la recherche d’obligations municipales (note: il s’agit d’obligations émises par les collectivités territoriales, une spécificité américaine). Je pouvais tout vous dire sur chaque petit défaut du monde municipal: ce qui marchait, ce qui ne marchait pas, pourquoi, quand, les leçons apprises.

En conclusion, son dernier conseil est sans équivoque:

Vous devez être un expert en la matière dans quelque chose. Pas dans tout, mais dans quelque chose.

Une grande diversification pour vos investissements, et une ultra-concentration dans un domaine d’expertise pour votre carrière. Tel est le secret du succès selon Mary Callahan Erdoes.

Qu’en pensez-vous ? Pour moi son parcours est vraiment inspirant, et son état d’esprit est vraiment hors norme.

Sources complémentaires: extraits de son interview par Tony Robbins dans son livre
«L’argent: l’art de le maîtriser», Wikipédia.

Cet article participe à l’événement inter-blogueurs “Les femmes qui font l’histoire” du blog Prince.sse si je veux. Découvrez d’autres histoires inspirantes sur www.princessesijeveux.com.

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