10 choses que les investisseurs ignorent pour investir avec succès

10 choses que les investisseurs ignorent pour investir avec succès

Il n’est pas nécessaire d’être un expert pour investir avec succès sur le long terme. Ni d’être un économiste chevronné.

Certains investisseurs me demandent ce que je pense que le marché va faire dans l’année ou dans les 5 années qui viennent. En réalité, personne ne le sait, y compris ceux qui prétendent le savoir. Cette absence de visibilité est la raison pour laquelle il faut bien structurer sa stratégie et son portefeuille au départ.

Mon travail consiste à conseiller aux investisseurs ce qu’ils devraient faire pour réussir à investir sur le long terme. S’ils ne peuvent (ou ne veulent) pas le faire eux-mêmes, je peux le faire avec eux, ou parfois pour eux.

Cela leur permet de gagner du temps, de s’assurer d’être sur le bon chemin et d’éviter les erreurs coûteuses.

Pour les investisseurs autonomes (« do-it-yourself »), je partage mes connaissances gratuitement sur ce blog.

Cela m’amène à dresser une liste des différentes choses que, pour l’avoir constaté, beaucoup d’investisseurs ignorent, et qui leur font défaut pour réussir à gérer efficacement leurs investissements.

1. Quelle est la décision la plus importante ?

La décision la plus importante est celle qui va mettre le plus d’argent dans votre poche (ou dans celle de vos enfants après vous).

Il ne s’agit pas d’essayer de trouver la prochaine action qui va exploser dans le domaine de l’intelligence artificielle.

L’une des décisions les importantes à prendre est d’établir quelle proportion d’actions et d’obligations vous aurez en portefeuille.

Les actions constituent la partie offensive de votre portefeuille, qui va générer l’essentiel du rendement.

Les obligations représentent la composante défensive de votre portefeuille : elles apportent de la stabilité en atténuant la volatilité des actions (vous pouvez également avoir de l’or dans la partie défensive, mais j’ai simplifié en considérant ici uniquement les obligations).

Pourquoi cette décision est-elle importante ?

  • Le rendement historique moyen des obligations est de 3 à 5 % par an.
  • Le rendement historique moyen des actions est de 8 à 10 % par an, soit environ deux fois plus.

À l’échelle d’un investissement durant la vie active (environ 40 ans), investir dans des actions ou dans des obligations n’aura pas du tout la même conséquence.

Par exemple, pour 500 € investis chaque mois, le retour sur investissement sera complètement différent :

  • 452 408 € en investissant dans des obligations (en considérant un rendement annuel de 3 %).
  • 1 554 339 € en investissant dans des actions (en considérant un rendement annuel de 8 %).

À l’arrivée, la différence entre les deux est énorme.

investir en actions ou en obligations à long terme

Les fonds en euros des assurances vie ont un rendement similaire à celui des obligations, et pour cause : ils sont souvent constitués à plus de 80 % d’obligations.

Si la majeure partie de votre capital est placé dans un fonds en euros, ce raisonnement s’applique pour vous de la même manière : rester investi toute votre vie dans des obligations / fonds en euros plutôt que dans des actions pourrait vous coûter plus d’un million d’euros.

Il est donc particulièrement important de choisir son allocation de portefeuille, et notamment, la proportion d’actions.

Ajouter 10 % d’actions en plus dans votre portefeuille peut faire une différence de plusieurs dizaines ou centaines de milliers d’euros à l’arrivée.

Obligations (%)Actions (%)Rendement annuel moyen estimé (%)Capital total obtenu (€)
01008,01 554 339 €
10907,51 363 539 €
20807,01 197 811 €
30706,51 053 791 €
40606,0928 572 €
50505,5819 687 €
60405,0724 980 €
70304,5642 589 €
80204,0570 912 €
90103,5508 552 €
10003,0452 408 €
Pour 500 euros investis chaque mois durant 40 ans, en tenant compte des rendements historiques.

Chaque demi-pourcent de rendement supplémentaire que votre portefeuille sera capable de générer pourrait valoir 100 000 €, voire davantage selon la proportion d’actions ou les montants investis.

Certes, les obligations sont plus stables et moins volatiles que les actions, mais si vous n’êtes pas déjà à la retraite, ou proche de l’être (auquel cas, les obligations serviront à stabiliser votre portefeuille durant la phase de retraits), vous devriez vous focaliser sur les actions (tout en étant conscient de la volatilité qu’elles génèrent).

Investir dans des actions ne sera toutefois pas suffisant. Néanmoins, si vous êtes au début de votre vie active, que vous n’avez pas un portefeuille en place, et que celui-ci n’est pas principalement constitué d’actions, vous réduisez certainement vos performances sur le long terme.

Ce qui nous amène au second point.

2. Commencer à investir plus tôt : l’énorme impact à l’échelle d’une vie

Ce point illustre parfaitement un célèbre adage :

Le temps, c’est de l’argent.

Si vous ne profitez pas du temps qui vous est offert pour faire fructifier vos économies, vous courez le risque d’abandonner beaucoup d’argent en cours de route.

Pour en avoir parfaitement conscience, prenons un exemple simple, que nous déclinerons ensuite en deux scénarios.

Vous investissez 500 € par mois avec un capital de départ de 0 €, et obtenez un rendement annuel moyen de 8 % en phase d’accumulation (correspondant à un arrondi de la moyenne annuelle historique de l’indice MSCI World).

Une fois à la retraite (65 ans), vous entrez en phase de distribution du capital : vous réduisez le risque du portefeuille en diminuant la proportion d’actions, ce qui se traduit par une baisse du rendement (5 %).

Dans le premier scénario, vous commencez à investir à 30 ans, contre 25 ans dans le second scénario. Étudions l’impact de ce retard initial de seulement 5 petites années.

RésultatsInvestir à 30 ansInvestir à 25 ans
Contributions totales210 000 €240 000 €
Valeur du portefeuille à 65 ans (retraite)1 033 901 €1 554 339 €
Retraits mensuels moyens à 65 ans (distribution)3 446 €5 181 €
Retraits totaux (65 à 85 ans)893 104 €1 342 670 €
Valeur du portefeuille en fin de vie (85 ans)1 212 522 €1 822 873 €
Bénéfices totaux (retraits + valeur finale du portefeuille)2 105 626 €3 165 543 €

Commencer à investir 5 ans plus tôt crée une énorme différence :

  • En 5 ans, vous n’investissez que 30 000 € en plus, mais votre portefeuille comporte plus de 500 000 € supplémentaires en arrivant à la retraite.
  • À 65 ans, vous démarrez votre retraite en bénéficiant de 1 700 € supplémentaires chaque mois, avant impôts.
  • Vous pouvez retirer 450 000 € en plus durant votre retraite.
  • Vos enfants hériteront de 600 000 € supplémentaires.
  • Les bénéfices totaux (vos retraits + le capital laissé en héritage) générés en ayant commencé 5 ans plus tôt dépassent le million d’euros.

Qui aurait cru que commencer à investir avec seulement 5 ans de retard pouvait coûter jusqu’à 1 million d’euros ? Si tout le monde en était conscient, il y aurait peu de personnes qui laisseraient dormir leurs économies.

Voici une illustration de l’évolution des deux portefeuilles :

Commencer à investir avec 5 ans de retard peut coûter un million d'euros

Les premières années de vie active sont les plus importantes, car les sommes investies à ce moment-là pourront fructifier pendant bien plus de temps que celles que vous investirez à 60 ans. L’argent que vous placez à 25 ans, même s’il s’agit de petits montants, est donc bien plus important que celui que vous placerez à quelques années de votre retraite.

Imaginez maintenant commencer à investir à 20 ans au lieu de 25 ans ? Et avec un petit capital déjà constitué, parce que vos parents ont alimenté un compte pour vous depuis votre naissance ? (Ceci est un appel du pied : si vous êtes parent d’un jeune enfant, ces quelques euros mis de côté pourraient faire une grande différence pour sa retraite).

Supposons aussi que votre portefeuille puisse rapporter 1 % de rendement annuel supplémentaire, soit 9 % durant la vie active, et 6 % durant la retraite… nous verrons un peu plus loin l’impact d’avoir un portefeuille juste un peu plus performant.

Il serait trop long de présenter ici tous les scénarios possibles, mais commencer encore plus tôt, avec un capital de départ et avec un portefeuille un peu plus optimisé ne fera qu’amplifier les gains sur le long terme.

3. Les fonds indiciels (ETF) sont les seuls fonds communs de placement à offrir autant de garanties

J’ai déjà beaucoup parlé des fonds indiciels (dont les ETF répliquant des indices font partie) sur le blog, et ils sont relativement connus aujourd’hui.

Ce dont les investisseurs n’ont pas forcément conscience, ce sont les garanties qu’ils offrent par rapport à d’autres types de fonds communs de placement classiques.

Pour rappel, les fonds indiciels offrent :

  • Des frais très faibles, en moyenne de 1 % par an inférieurs aux fonds classiques.
  • Un faible turnover du portefeuille (expliquant en partie leurs frais inférieurs).
  • Une large diversification, presque inégalable.
  • Un historique de performance très ancien (le premier fonds indiciel a été créé en 1976, et il est possible de reconstituer des indices jusqu’en 1870).
  • La garantie d’obtenir le rendement du marché (pour les fonds indiciels suffisamment large), moins les frais de gestion (entre 0,1 % et 0,2 % de frais annuels).
  • Un rendement qui sera très probablement supérieur à la grande majorité des fonds gérés par des professionnels, selon l’étude SPIVA.

Aucun autre type de fonds n’offre ces garanties.

4. La diversification, c’est plus que 20 actions

Certains investisseurs pensent que leur portefeuille est correctement diversifié avec 10 ou 20 actions.

Les recherches académiques nous disent tout autre chose : plus vous avez d’actions, plus vous devriez obtenir des rendements élevés. Cela s’explique par la forte dispersion des rendements des actions :

  • 96 % des actions produisent un rendement similaire aux bons du trésor américains (soit un placement monétaire ou en fonds en euros), ce qui correspond à peu près à 3 % par an.
  • 4 % des actions seulement génèrent d’énormes profits : ce sont elles qui tirent la performance de l’ensemble du marché et des indices vers le haut, sur le long terme.

C’est ce qui ressort d’une étude du professeur Hendrik Bessembinder parue en 2018.

Si vous n’avez que 20 actions en portefeuille, comment pouvez-vous espérer en avoir une qui réalisera d’excellentes performances, si vous n’avez qu’une chance sur 25 (soit 4 % de chance) d’en trouver ?

En agissant ainsi, vous ne mettriez clairement pas les probabilités de votre côté.

Seule une large diversification en actions vous assure d’avoir en portefeuille les 4 % d’actions qui vont produire l’essentiel des rendements du marché à l’avenir.

Par large diversification, il faut entendre des centaines, voire des milliers d’actions de différentes entreprises, de différents secteurs et dans différents pays. Une telle diversification s’obtient facilement grâce aux fonds indiciels évoqués dans le point précédent.

Acheter des actions individuelles, ce n’est pas investir. C’est spéculer sur quelques titres. Souhaitez-vous faire croître votre capital, ou préférez-vous jouer au loto avec vos économies durement gagnées ?

En investissant à long terme dans un indice largement diversifié, qui inclura nécessairement des entreprises médiocres (mais aussi les futurs Apple), vous augmentez vos chances de succès.

En poussant la diversification jusqu’à combinant plusieurs classes d’actions, vous avez même de bonnes probabilités d’obtenir des rendements encore supérieurs, ou à minima, de réduire la volatilité.

5. Pourquoi le MSCI World est considéré comme le meilleur indice

Certains investisseurs se demandent quelle est la règle numéro un pour réussir.

John Bogle, qui a inventé le premier fonds indiciel en 1976, a inlassablement répété cette règle, qui tient en 3 mots : gardez le cap ! (« stay the course »).

Mais il ne s’agit pas de garder le cap sur n’importe quel investissement : les fondamentaux énoncés précédemment doivent être respectés :

  • Faibles frais
  • Large diversification

Le MSCI World est représentatif de l’ensemble de l’économie mondiale (à peu de chose près si l’on intègre également les pays émergents), sa diversification est donc absolument massive.

Certes, on ne connaît pas toutes les 1 400 ou presque compagnies qu’il contient, mais il est constitué de marques que nous connaissons tous, et dont les résultats économiques sont excellents. Nous pouvons donc nous relaxer avec une tasse de thé en nous disant qu’en le possédant, nous avons virtuellement des millions d’employés qui travaillent pour nous.

Au sein d’un indice aussi large, la faillite de quelques entreprises passe donc totalement inaperçue.

J’ai déjà montré que le MSCI World n’est peut-être pas l’investissement le plus optimisé qui soit, pour les puristes de la performance et des gains marginaux dont je fais partie.

Toutefois, si tous les investisseurs le possédaient et faisaient leur la maxime de John Bogle (gardez le cap !), alors ils feraient tous fructifier leur capital.

L’investissement peut se résumer à quelque chose de très simple : investissez dans ce qu’il y a de mieux, puis oubliez.

Avec un seul fonds, largement diversifié, facile à comprendre, accessible avec très peu de frais, il est plus facile de garder le cap.

Si l’indice devait faillir, cela signifierait une faillite de l’ensemble du système mondial. Même si la probabilité qu’un tel évènement surviennent n’est peut-être pas totalement de 0 %, nous aurions alors très probablement à faire face à d’autres problèmes, bien plus importants que celui d’avoir investi dans un indice.

Par sa simplicité, sa transparence et ses frais très bas, le MSCI World permet d’investir en gardant le cap plus facilement que tout autre combinaison de fonds, et avec des probabilités de succès bien supérieures aux actions individuelles.

Pour ces raisons, il est souvent considéré comme le meilleur indice à détenir. Toutefois, en termes de performance pure, il ne l’est pas.

6. Le champion de l’investissement : les petites capitalisations de valeur

Malgré toutes ses qualités, son côté universel et sa très grande accessibilité, le MSCI World ne constitue pas l’optimisation ultime.

Une classe d’action peut se targuer d’avoir obtenu dans la durée des performances bien supérieures : les petites capitalisations de valeur (« small cap value » en anglais).

Les petites capitalisations de valeur peuvent être considérées comme le champion de l’investissement, toute catégorie confondue :

  • Leur rendement annuel historique est de 2 % à 3 % supérieur à celui des grandes capitalisations.
  • Elles sont en partie décorrélées des grands indices tels que le MSCI World, ce qui signifie qu’elles ne montent ou ne descendent pas systématiquement en même temps.
  • Elles donnent accès à deux facteurs de performance différents : le facteur taille et le facteur valeur. Ces facteurs ont été identifiés par le prix Nobel Eugene Fama et Kenneth French comme permettant de générer un premium de performance par rapport à l’ensemble du marché. Et cela se vérifie historiquement.

Le MSCI World ne comporte que des grandes entreprises, et s’il comporte des actions de valeur (actions peu chères selon les ratios de valorisation et souvent moins connues), il comporte également des actions de croissance (valorisées à un prix élevé et souvent très connues), historiquement moins performantes.

Par leur orientation, les petites capitalisations de valeur apportent ainsi un excellent complément à l’indice MSCI World, matérialisé sur la carte factorielle suivante.

MSCI World vs Petites capitalisations valeur

Il serait évidemment bien plus risqué d’investir uniquement dans des petites capitalisations de valeur, représentant des petites entreprises méconnues, dont certaines sont de faible qualité. Toutefois, celles-ci sont très complémentaires avec un indice large, composé d’entreprises de meilleure qualité, mais relativement plus chères à détenir.

Le graphique suivant permet de montrer l’importance de la diversification, et l’intérêt de combiner plusieurs classes d’actions.

Tableau de rendement historique MSCi World vs Emerging vs Small cap value
Source des données : MSCI. Performances brutes, hors frais et taxes. La performance des Small Cap Value correspond à une moyenne reconstituée à partir des indices MSCI Europe Small Cap Value Weighted et MSCI USA Small Cap Value Weighted, à parts égales.

Pour éviter de se retrouver avec seulement deux classes d’actions, j’ai également inclus les pays émergents, qui améliorent la diversification géographique et apportent un complément intéressant au MSCI World.

On remarque que les années durant lesquelles le MSCI World est à la traîne, les petites capitalisations de valeur s’en tirent souvent bien mieux (et inversement).

Sur les 30 dernières années, le MSCI World n’a été la classe d’action la plus performante que durant 10 années (soit 33 % du temps), contre 13 années pour les Small Cap Value (43 % du temps) et 7 années pour les pays émergents (23 % du temps).

Certaines années, on observe des différences de performances importantes entre ces classes d’actions : leur décorrélation renforce la diversification. Un portefeuille qui les contiendrait toute recevrait une performance moyenne, à l’intersection de ces classes.

L’investissement est une histoire de cycle. Le MSCI World, tout autant diversifié qu’il soit, peut connaître des phases de « méforme », pendant plusieurs années, tout comme les pays émergents. De leur côté, les petites capitalisations de valeur, bien que plus performantes historiquement, ne sont pas toujours devant. Mais lorsqu’elles le sont, elles compensent parfois très bien la méforme des grands indices.

Voyons ce qu’il se passe lorsque l’on combine le MSCI World avec des petites capitalisations de valeur (SCV pour « Small Cap Value » en anglais)

Table d'allocation MSCI World et petites capitalisations valeur
Source des données : MSCI. Performances brutes, hors frais et taxes. La performance des Small Cap Value correspond à une moyenne reconstituée à partir des indices MSCI Europe Small Cap Value Weighted et MSCI USA Small Cap Value Weighted, à parts égales.

Note : les pires baisses observées le sont sur une base mensuelle, elles seraient quelque peu différentes en étant observées sur une base journalière.

Le rendement annuel moyen du MSCI World est de 8,6 % sur cette période. Lorsque l’on ajoute 10 % de petites capitalisations de valeur, on constate que le rendement moyen a augmenté de 0,4 %.

Vous pensez peut-être que 0,4 % n’est pas grand-chose. Nous verrons un peu plus bas que cela fait une grande différence.

La volatilité représente la déviation standard, qui s’exprime en pourcentage. Plus elle est élevée, plus un portefeuille fluctue de manière importante. Les petites capitalisations de valeur étant plus volatiles que le MSCI World, en ajouter augmente la volatilité. Toutefois, cette augmentation reste mesurée : jusqu’à 40 % de petites capitalisations de valeur, la volatilité n’augmente que de 1 %, ce qui est assez peu notable.

Beaucoup d’investisseurs seraient près à subir 1 % de volatilité en plus, si cela pouvait leur permettre d’obtenir 1,2 % de rendement annuel supplémentaire.

Une question se pose toutefois : à l’avenir, le premium des petites capitalisations de valeur sera-t-il moins important que par le passé ? Ou restera-t-il égal ? Personne ne le sait, ce qui nous amène au point suivant.

7. Les performances passées ne sont pas une indication fiable des performances futures

Tout investisseur a déjà lu cette phrase quelque part : « Les performances passées ne sont pas une indication fiable des performances futures ».

Cette phrase est vraie, et doit être mentionnée à côté de toute présentation de performances par les professionnels du secteur. Mais elle ne dit pas tout.

Elle est vraie, car si les investisseurs en étaient vraiment conscients, ils n’auraient pas investi dans les ETF ARK, ni dans les fonds H20, en croyant au génie (ou au père noël).

Lorsque les rendements paraissent trop beau, c'est qu'ils sont effectivement trop beau pour durer.

Lorsque les rendements paraissent trop beaux, c’est qu’ils le sont effectivement. Le retour à la normale vient tôt ou tard, que ce soit sous la forme d’un long repli ou d’une chute brutale.

Elle est aussi vraie en ce qui concerne la séquence des rendements, qui est la grande inconnue. Il ne suffit pas de savoir que le marché des actions a produit plus de 8 % par an sur les 50 dernières années pour obtenir ces 8 %. Il faut aussi un peu de chance :

  • En commençant à investir en 2000 dans le MSCI World, un investisseur aurait obtenu un rendement légèrement négatif pendant 10 ans, jusqu’en 2010, du fait des deux krach majeurs de cette décennie perdue (2001-2002 et 2007-2008).
  • En commençant à investir en 2010 dans le MSCI World, un investisseur aurait obtenu un rendement total supérieur à 300 %, du fait des très bonnes 15 dernières années.

Voici l’évolution du MSCI World durant la décennie 2000 :

décennie perdue : l'impact la séquence des rendement pour investir avec succès.

Puis à partir de 2010 :

Le point de départ et l'impact la séquence des rendement pour investir avec succès.

La période durant laquelle on commence à investir détermine souvent notre vision de l’investissement, contribuant ainsi à façonner notre stratégie.

Comment sera la décennie 2020 ? Pour l’instant, nous n’en sommes qu’à la moitié, et elle est très bonne (environ 11 % par an entre 2020 et 2025), mais la seconde moitié pourrait très bien être différente.

La plus grande erreur que font les investisseurs est de croire que ce qui s’est passé récemment va probablement continuer. Ils supposent que quelque chose qui a été un bon investissement récemment est encore un bon investissement. En général, des rendements passés élevés signifient simplement qu’un actif est devenu plus cher, et qu’il est un moins bon, et non un meilleur investissement.

Ray Dalio

Il est cependant inutile de chercher des indications dans la presse spécialisée :

  • Si vous pensez que le marché va chuter, vous trouverez des éléments pour conforter votre croyance.
  • Si vous pensez que le marché va continuer sa progression, vous trouverez aussi des éléments pour conforter votre croyance.

Tous les points de vue existent, mais personne ne peut prévoir avec certitude ce qu’il va se passer.

Si, à court terme, les performances passées ne veulent rien dire ou presque, elles nous donnent tout de même certaines indications sur le long terme :

  • Les actions sont plus performantes mais plus risquées que les obligations
  • Certains types d’actions sont plus risquées que d’autres (les actions des pays émergents et des actions des petites entreprises, ou des secteurs pris individuellement, notamment)

C’est pourquoi, malgré la phrase précitée, les performances passées devraient être connues et étudiées par tout investisseur.

La connaissance du passé ne nous renseigne pas sur les rendements à venir dans les prochaines années, mais elle nous prépare à faire face à différentes situations pouvant se présenter. Elle nous montre comment les actifs réagissent dans différentes configurations, et quel comportement on peut en attendre.

Vous ne pouvez pas prédire, mais vous pouvez vous préparer.

Howard Marks

8. Les rendements peuvent être trompeurs

Dans la plupart des cas, les rendements présentés par les fonds ne reflètent pas la réalité, pour plusieurs raisons :

  • Les rendements sont toujours présentés pour un investisseur ayant investi en une seule fois (en anglais : lump sum investing). Dans ce cadre, tout le capital est mis au travail directement, et reçoit la performance annuelle du marché.
  • Or, la plupart des investisseurs n’investissent pas en une seule fois, ils font ce qu’on appelle souvent du dollar cost averaging : ils investissent plus ou moins la même somme, et ce plus ou moins régulièrement.

A titre d’exemple, on remarque qu’un investissement régulier durant 10 ans (ce que font généralement les investisseurs) ne donne pas les mêmes performances qu’un investissement en une fois (soit la manière dont sont présentés les rendements).

Différences entre un investissement étalé (DCA) ou un une seule fois (lump sum)

Dans les deux cas, c’est bien la même somme qui a été investie (50 000 €), sur le même indice (MSCI World), mais pas au même rythme.

Mettre tout le capital au travail directement, plutôt qu’en étalant l’investissement sur une décennie, donne de bien meilleurs résultats.

Même en commençant par une décennie catastrophique (2000-2010), qui aurait fait souffrir dès le départ un gros investissement en une fois, celui-ci serait resté devant malgré tout :

Investir en une seule fois donne de meilleures résultats, même dans un contexte défavorable.

Ici aussi, la même somme a été investie dans le même indice, mais pas au même rythme (100 000 € d’un coup ou 4 000 € par an durant 25 ans).

En conclusion : les rendements présentés sont toujours bien meilleurs que ce qu’un investisseur aurait réellement obtenu dans la plupart des cas.

Mais ce n’est pas tout. Les rendements peuvent aussi être trompeurs pour une autre raison :

  • Lorsqu’on investit régulièrement, la séquence des rendements est importante : il vaut mieux vivre les plus mauvaises années au début, lorsqu’on a peu de capital investi, et les meilleures à la fin, lorsqu’on a bien plus de capital investi, que l’inverse.

Sur la période 2000-2024, l’histoire a bien fait les choses, puisqu’un investisseur qui aurait commencé en 2000 aurait connu les pires années au début, en ayant encore peu de capital investi.

Imaginons que la séquence ait été inversée, et que les années 2010-2024 aient précédé les années 2000-2009, que se serait-il passé ?

L'impact de la séquence des rendements sur un investissement

Dans cette chronologie alternative (en pointillés), en plaçant les plus mauvaises années (2000-2009) à la fin, le capital total obtenu aurait été divisé par plus de deux !

La chronologie des années peut donc plus que doubler ou diviser par deux un capital…

La séquence des rendements influe énormément sur la performance obtenue. C’est un facteur chance sur lequel nous n’avons aucune prise, mais que nous pouvons atténuer en poussant la diversification au-delà du MSCI World.

Si vous vous posez la question, la séquence des rendements n’a en revanche aucun impact sur un investissement en une seule fois.

Lorsque la séquence des rendements n'a aucun impact

Dans ce cas, en changeant l’ordre des années, le chemin emprunté diffère, mais on aboutit bien au même résultat final. La raison : le même capital subit les mêmes années de hausse/baisse. Même si les années sont appliquées dans un ordre différent, seul le cumul des rendements compte.

Note : si les courbes semblent se superposer un an avant la dernière année, c’est simplement le fait du hasard, le MSCI World ayant eu un rendement quasiment identique lors des années 2009 et 2024 (+25 % environ).

Conclusion : les rendements présentés ne reflètent donc ni la manière d’investir de la majorité des investisseurs, ni la performance qu’ils obtiennent réellement. Ils sont donc à considérer avec ces éléments en tête.

9. Un dixième de pourcent en plus, ça vaut le coup

Si l’on considère un portefeuille de 100 000 €, investi en 1995 (l’Euro n’existait pas encore, mais admettons).

En l’espace de 30 ans, 100 000 € investis à 8,6 % auraient généré 1 188 214 €, avec réinvestissement des dividendes, sans frais ni taxes.

Si, au lieu d’investir à 100 % dans le MSCI World, 10 % du montant aurait été alloué aux petites capitalisations de valeur, le portefeuille aurait obtenu 0,4 % de rendement annuel supplémentaire. Anecdotique ? Jugez plutôt.

1995-2025100 % MSCI World+ 10 % SCV+ 20 % SCV+ 30 % SCV+ 40 % SCV+ 50 % SCV
Capital initial100 000 €100 000 €100 000 €100 000 €100 000 €100 000 €
Rendement annuel moyen8,6 %9,0 %9,3 %9,6 %9,8 %10,1 %
Volatilité14,4 %14,6 %14,8 %15,1 %15,4 %15,8 %
Capital final1 188 214 €1 326 768 €1 440 804 €1 564 288 €1 652 229 €1 793 162 €
Différence obtenue0 €+138 554 €+252 590 €+376 074 €+464 015 €+604 948 €

Ces 0,4 % supplémentaires auraient ajouté 138 554 € au capital final.

Ce qui est anecdotique, en revanche, ce sont les 0,2 % de volatilité supplémentaire subie. Aucun investisseur ne peut se rendre compte d’un écart de volatilité de 0,2 % (je reviendrai sur la volatilité dans le point suivant).

 J’ai poussé l’analyse jusqu’à une allocation de 50 % de petites capitalisations de valeur, afin que vous puissiez juger des gains supplémentaires obtenus avec quelques dixièmes de pourcent de rendement en plus. J’aurais pu aller au-delà, pour l’exemple, mais il ne me semble pas raisonnable d’en détenir davantage en portefeuille.

Les petites capitalisations de valeur ne sont d’ailleurs pas le seul facteur permettant de s’exposer à plus de performance. D’autres facteurs, comme le Momentum, ont historiquement prouvé qu’ils apportaient un premium de performance sur le long terme.

Imaginez maintenant que ces premiums soient appliqués non pas sur un portefeuille de 100 000 €, mais de 1 000 000 € ou 5 000 000 € ?

Vous comprenez désormais pourquoi une partie de mon travail consiste à chercher des optimisations permettant d’obtenir des gains marginaux, qui paraissent anecdotiques à première vue.

Répercutés sur plusieurs décennies et sur un capital important, l’impact des gains marginaux est tout sauf négligeable.

À ce sujet, j’explore l’optimisation dans mon article sur le portefeuille ultime.

10. La volatilité est normale : ne paniquez pas

La volatilité a toujours fait partie du jeu. Elle était même plus importante au début du 20ᵉ siècle, car il y avait beaucoup moins d’investisseurs qu’aujourd’hui, et parce que les marchés étaient beaucoup moins liquides.

La volatilité est la raison pour laquelle votre discipline émotionnelle est plus importante que vos connaissances financières.

Si votre capital investi est important par rapport à vos revenus annuels ou à l’ensemble de votre patrimoine, l’emprise émotionnelle risque d’être d’autant plus forte.

J’aime souvent dire que l’investissement, c’est 20 % de connaissances et 80 % de psychologie.

Pour les investisseurs débutants, les connaissances sont plus importantes que la psychologie, mais pour les portefeuilles à 6 ou 7 chiffres, on est plutôt sur un ratio 5 % connaissances – 95 % psychologie.

Une petite baisse de 10 % ne fera pas paniquer un jeune investisseur qui investit ses premières centaines d’euros, alors qu’elle pourra conduire un investisseur possédant un portefeuille important à vendre au plus mauvais moment.

Je parle en connaissance de cause, pour côtoyer régulièrement différents profils d’investisseurs : je vois leur réaction en direct face aux différentes situations qui se présentent.

Le montant en portefeuille n’est pas la seule raison pour laquelle la psychologie est si importante. Si vous investissez sur le long terme, vous n’avez pas besoin d’être un expert. Vous battrez de toute façon 90 % d’entre eux en suivant tranquillement des indices.

Mais pour cela, il faut non pas des connaissances avancées, mais simplement garder le cap, une fois ma stratégie définie.

Stay the course.

John Bogle

Je répète ici cette citation entrevue au point 5, car elle fait défaut à la grande majorité des investisseurs. En fait, la plupart des investisseurs sont incapables de conserver la même stratégie. Lors de la première baisse venue, ils veulent la modifier, alors que c’est précisément la constance et la stabilité qui fonctionnent le mieux sur le long terme.

Votre psychologie et vos émotions influent directement sur votre capacité à garder le cap dans votre stratégie, malgré la volatilité et les phases de baisse que votre portefeuille connaîtra forcément.

Lorsque vous investissez, vous vivrez des périodes durant lesquelles vous perdrez de l’argent. C’est inévitable, quelle que soit la stratégie mise en place. Il faut l’accepter et garder le cap pour bénéficier des gains à long terme.

Votre psychologie est la principale raison qui fera que vous investirez avec succès, ou que vous vous prendrez tout seul les pieds dans le tapis. Dans ce cas, ce ne sera ni la faute du marché, ni celle de Trump, mais bien la vôtre.

Certains clients font appel à moi pour que je les aide à garder le cap et à maintenir la stratégie qu’on a définie conjointement en amont. Il est parfois difficile de prendre seul des décisions rationnelles lorsque la somme investie représente beaucoup et que sa variabilité est source d’émotions.

Être accompagné permet de lever les blocages à l’investissement (est-ce le bon moment pour investir ? La bonne stratégie ?), de garder le cap face aux inquiétudes (cette fois, c’est différent, faut-il vendre ?), et plus largement, de gagner en sérénité.

En fin de compte, rien ne devrait être plus important pour les investisseurs que la capacité de dormir profondément la nuit.

Seth Klarman

À partir d’un certain niveau de capital, la gestion conseillée d’un portefeuille est la meilleure solution pour garder le cap en période de volatilité, afin de préserver sa performance et d’éviter les mauvaises décisions.

Les décisions à 1 million d’euros

Toutes ces choses que les investisseurs ignorent pour investir avec succès à long terme sont autant de décisions auxquelles nous faisons tous face, consciemment ou non. Chacune d’entre elles peut vous coûter (ou vous rapporter) 1 million d’euros.

Voici un résumé des plus importantes :

  • Epargner et investir chaque mois plutôt que dépenser peut faire toute la différence entre avoir un portefeuille d’un million d’euros à la retraite, ou ne rien avoir de côté.
  • Investir le plus tôt possible : commencer 5 ans plus tard peut coûter 1 million d’euros à l’échelle d’une vie.
  • Privilégiez les actions plutôt que les obligations lorsque vous êtes en phase d’accumulation (ici aussi, la différence entre les deux est de 1 million d’euros en 40 ans).
  • Diversifiez largement plutôt que d’investir dans quelques actions : la diversification vous protège contre un mauvais choix qui pourrait ruiner votre portefeuille, ou le faire stagner alors que le marché s’envole.
  • Réduisez vos frais. Tous les frais que vous payez ont un double impact : un coût immédiat et un coût sur le long terme, correspondant à l’argent perdu qui n’aura plus jamais l’occasion de fructifier.
  • Réduisez vos taxes : investissez dans un environnement libre d’impôts, ou adoptez une stratégie d’investissement qui vous permettra d’éviter de concrétiser trop vite vos plus-values.
  • Privilégiez les fonds indiciels plutôt que les fonds communs à gestion active : la différence en termes de diversification, de frais, et au final, de performance, est énorme.
  • Ajoutez une touche de facteurs (valeur, momentum, qualité) plutôt que de suivre uniquement un indice classique.
  • Ajoutez des petites capitalisations plutôt que d’investir uniquement dans les grandes. Les petites capitalisations de valeur vous permettent de combiner avec le point précédent.
  • Privilégiez une stratégie « buy-and-hold » (achetez et conservez) plutôt que « market timing » (en multipliant les opérations), au risque de vous laisser piéger par un mauvais paramétrage, ou plus certainement, par votre psychologie.
  • Investissez dès maintenant régulièrement plutôt que d’attendre un moment plus propice.
  • « Do-it-yourself » plutôt que d’engager un conseiller non indépendant payé à la commission ou un banquier privé, qui vous chargera des frais importants et vous fera sous-performer le marché.
  • Engagez un conseiller indépendant (payé en honoraires) lorsque votre capital devient trop important ou difficile à gérer émotionnellement, ou si vous êtes perdu en ce qui concerne la stratégie à adopter.

Investir avec succès sur le long terme nécessite de prendre quelques décisions importantes, qui peuvent avoir un impact significatif sur votre patrimoine et votre avenir financier.

2 commentaires sur “10 choses que les investisseurs ignorent pour investir avec succès

  1. Encore un très bon article, Merci beaucoup. Tes conseils sont gratuits et pourtant ils valent de l’or.
    C’est toujours très intéressant.
    Mon portefeuille d’action est construit avec 3 ETFs sur la base de ton article « le portefeuille ultime » et pour l’instant son rendement à été supérieur au rendement des ETFs MSCI World classique 🙏.
    Merci encore.

    1. Bonjour et merci pour le commentaire 😉
      Le portefeuille ultime est conçu pour surperformer le MSCI World à long terme. A court terme, il y a une part de chance/incertitude, mais à long terme, les probabilités vont dans ce sens là.

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